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The Kadane Brothers

+ Acetate Zero
Mains d'Oeuvres (Saint-Ouen)
vendredi 12 novembre 2004

La musique de nos amis les mollusques connaît en ces contrées un culte certain. Personnellement, je suis plus Hex (1993) de Bark Psychosis, In The Afternoon (2002) de l’Altra, One Bedroom (2003) de Sea and Cake, trois disques infiniment plus riches que toutes la scène softcore (endormie ?) américaine des années 90. L’événement, ce soir, était le retour dans nos parages d’un des leaders de cette scène, les (jeunes) survivants frères Kadane, la trentaine dans le rétroviseur, deux anciens tenanciers du dortoir Bedhead. Tout de suite, une précision. Que les absents ne se lamentent pas, sur scène, il n’y avait rien à voir, deux mecs inexpressifs, deux guitares, ça me rappelait les vidéos des groupes qui faisaient du shoegazing. Par contre, en position allongée, les yeux fermés, c’était l’extase pour les oreilles.

Retour sur une épuisante soirée entre post rock, avant rock (et futur rock ?).

C’était Acetate Zero qui déclarait les hostilités, le quartet venait d’être rejoint par un nouveau guitariste et expérimentait tout juste sa nouvelle configuration scénique. Une précision : ce (bon) groupe de seconde division voudrait rejoindre l’élite (le nouvel album est imminent) mais il fait encore des erreurs de débutants qui massacrent une partie du boulot. Je m’explique. Quand on prétend jouer dans la catégorie noisy rock instrumental, on apprend à réussir ses enchaînements entre deux morceaux. Comme des bleus, Acetate Zero a foiré tous ses enchaînements, j’espère au moins qu’ils l’ont remarqué. Deuxio, on se connaît un peu ma petite Elsa, alors si tu parlais dans le micro ça ferait moins amateur. Ces précisions mises à part, l’interprétation de chaque morceau était plutôt bien exécutée, avec un petit problème de larsen récurrent, et (le) Mogwaï (des débuts) pouvait être fier de ses rejetons frenchies. Elsa, Stéphane, Joël, Fabrice et le petit nouveau assuraient comme en juin lors du Mo'Fo festival en ces mêmes lieux, et disposaient, cette fois, de plus de temps pour faire vivre live leurs compos. Donc, un batteur, un bassiste, trois guitaristes, chacun pouvant être chanteur par intermittence. Mélopées silencieuses, mélodies anémiques, déchaînement sonique rageur. Les guitares se répondent les unes aux autres comme par un système de vases communicants et c’est cette (multi)dialectique électrique qui nous faisait plaisir. Quelques nouveaux morceaux, deux ou trois plages plus contemplatives mais tendues et leur fétiche reprise des Beckets, le brûlot anti-Thatcher, Burn, Margaret, Burn, pour finir.

Et donc Bubbah et Matthew Kadane, ex-Bedhead, dans le désordre, un barbu et un imberbe. La répartition des tâches (minimales) était simple, l’un faisait office de bassiste, dos au public, l’autre chantait (pas très bien) et jouait inlassablement les mêmes accords avec quelques variantes. Presque de la musique contemporaine, les gars. On sentait une filiation ligne claire new-yorkaise Velvet Underground, Television, Luna et aussi des affinités avec la post pop de Low, Hood et Mark Kozelek. Les guitares pleuraient, la voix gorgée d’amertume, la bile aux lèvres. Une esthétique (sûrement étudiée) du silence, des pauses et des respirations, plombée par un chant chétif, désabusé et des voix trop ternes. Malgré ces défauts gênants, leur rock hypnotique produisait son effet et leur petite musique malsaine s’insinuait en nous, nous enveloppant de sa brume mortelle. Prisonniers du sortilège, nous capitulions par lassitude et nous laissâmes porter sur des rives habituellement réservée aux morts. Rêverie flottante, rythmiques anémiques puissantes, chansons lentes, un low rock de revenants. Un peu macabre et déprimant, fallait tout de même être d’humeur taciturne.


perso.wanadoo.fr/acetatezero/
www.arbouserecordings.com

auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 16/11/2004

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