23/05/2019  |  5195 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 23/05/2019 à 08:15:03
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Encre

+ My Jazzy Child
+ Matt Elliott
Point Ephémère (Paris)
samedi 15 janvier 2005

Autant vous prévenir d’entrée, cette soirée fût exceptionnelle. Après Animal Collective, Idaho et bientôt David Ivar & André Herman Düne en compagnie de Jeffrey Lewis, le Point Ephémère, inauguré en septembre 2004 continue, sur le versant rock, sa précieuse programmation.
Il y eut trois concerts en tout : le premier, celui de Matt Elliott, et le dernier, celui d’Encre, furent au-delà de leurs promesses.
Une fois n’est pas coutume, je vais vous relater dans le détail la performance de l’ex-Third Eye Foundation (TEF), pour que vous puissiez apprécier les possibilités permises par la technologie pour produire un folk dub du futur.

Il est neuf heures passé, Matt se tient debout, guitare en bandoulière, devant son i-book posé sur une table noire. Les lumières sont parcimonieuses, tons chaud en jaune orangé et froid en bleu. Matt produit son premier riff, le sample, chante faiblement et sample également son filet de voix. Il continue sur cette lancée, accumulant les couches, son mille-feuilles sonore prenant des allures de litanie liturgique (du moins sur ce premier morceau). Puis il pousse sa voix crescendo, progression émotionnelle, et la folle folk transe subit les assauts de ses minimales variations. Par comparaison, Joseph Arthur est un petit joueur quand il se sample une fois pour rejouer par-dessus. Silence, court répit. Le son se fait plus brut et décharné. Le morceau est difficile, Matt doit s’y reprendre à plusieurs fois pour le lancer. Cette fois, ça s’apparente plus à une version dub, grand amour de Matt avec TEF. Il se saisit d’un mellotron, petit piano où l’on souffle dedans pour produire un son daté un peu cheap (souvent utilisé par Gonzales pour ses anciens concerts déjantés). La composition naissante évoque plus un cabaret d’entre-deux guerres. La voix, plus grave et assurée, rejoint la mélopée, et Matt reprend le même processus de se sampler au fur et à mesure. Ca produit un effet hypnotique déconcertant, fascinant de par la sérialité (infinie mais en vérité très contrôlée de la mélodie). La troisième étape est plus bruitiste, le son plus métallique et la méthode plus expérimentale, presque un finale martèlement de guitare à la Marc Sens. Pendant ce morceau, je regarde le public : beaucoup vivent une transe intérieure, d’autres, comme moi, se sentent bousculés par l’énergie insoupçonnée dont fait preuve Matt Elliott pour nous faire tripper. L’annoncé « dernier morceau », plus club, réconciliera les amateurs d’électronica et d’Aphex Twin et les partisans de Windsor For The Derby. Can et Neü sont encore une fois passés par là, ça devient un habitude. Matt démarre assis avec sa guitare sur les genoux, et fait apparaître des drones et des boucles insensées, puis il joue sur les effets de ses pédales, distillant son électronica saturée pour la transformer en machine groovy sonique. Et nous, on danse sur les décombres, on applaudit et on en redemande. Mais c’est déjà fini.


Matt Elliott

Sur My Jazzy Child (comme une MJC, drôle non ?), trio basse guitare batterie, faisant au rock ce qu’Abstrakt Keal Agram fait subir au hip hop, mais en moins bien, pas grand chose à signaler. Assurément pas ma tasse de thé (même si un voisin me dit qu’il y a quand même de bonnes choses). En fait il joue du folktronica neurasthénique et du rock noisy en même temps. Du coup, c’est trop rock guitare hero et un peu n’importe quoi. Passons.

Encre, enfin. Je connaissais le premier disque sublime, DJ Shadow chanté par un Miossec des débuts, mais je n’avais pas encore vu Yann Tambour et son groupe à l’œuvre. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu. Cinq musiciens sur scène, dont la précieuse Sonia, violoncelliste, assise au centre, un batteur, en retrait, comme le bassiste, le guitariste Raphaël, à l’origine d’Erich Zahn, groupe signé chez Clapping Music, comme Encre et MJC. Au début, la belle voix âpre est un peu noyée dans les effets, mais ça va en s’arrangeant. On pense à Experience pour la rage exorcisée de certains morceaux mais aussi à Godspeed You! Black Emperor (GYBE) pour des constructions plus post-rock que trip hop. Le son est devenu plus riche, plus étoffé, moins étouffé. Traduction : les cordes (violon, guitares) émeuvent, les basses (rythmique) remuent, l’ensemble enlace et nous fait succomber. Comme une fille qui nous draguerait alors qu’on n’en aurait pas envie, mais qu’on s’abandonnerait quand même au plaisir du moment éphémère.
Conclure sur cette puissance émanant d’une des meilleures formations françaises, encore trop peu connue, corrosive est l’encre d’Encre, délivrant un rock sans entrave, mélange tonique.


www.encreweb.com
myjazzychild.free.fr
www.thirdeyefoundation.com

auteur : Stanislas de Guillebon - stan@foutraque.com
chronique publiée le 19/01/2005

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