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Pixies

Parc de Saint-Cloud (Paris)
jeudi 25 août 2005

Les Pixies, Jean-Paul Huchon… et moi.

Les Pixies et moi, c’est une longue histoire d’amour… Commencée en 1991, elle se poursuit encore aujourd’hui sans qu’aucun nuage ne soit venu assombrir cette idylle musicale. Bien sûr, au cours des années, il y eut quand même des hauts et des bas, voire des débats houleux avec ceux qui trouvent que les Pixies ne bougent pas assez sur scène, que le soi disant « benêt » Black Francis écrit des chansons qui le dépassent, que l’unique responsable du génial son du combo de Boston est le guitariste lead Joey Santiago, que Frank Black et Kim Deal sont devenus trop gros, que l’argent est leur seule motivation, que la carrière solo de Mr Black est sans intérêt aucun etc etc. Contre vents et marées, je défends les Pixies car ils m’ont permis de découvrir les joies d’un musique chaotique prenant sa source dans le punk rock des Ramones et d’Iggy Pop, la pop des Beach Boys, des Kinks et des Beatles, la folk music de Bob Dylan et Donovan, le hardcore d’Hüsker Dü, le country folk rock de Neil Young, le rock expérimentalo arty de Pere Ubu et David Thomas et la surf music des Surftones. Cerise sur le gâteau, les références aux films de David Lynch et Luis Buñuel, à la subculture, au sexe, à la bible, au surréalisme et aux extraterrestres présentes dans les textes décuplent l’impact de la musique et de la voix... Le divorce teinté d’aigreur n’est donc pas pour demain : les liens sont ténus entre eux et moi. Comment pourrait-il en être autrement après des retrouvailles aussi réussies qu’à Paris – au Parc de Saint-Cloud –, à l’invitation du principal bailleur de fonds du festival Rock en Seine, Jean-Paul Huchon, l’inénarrable président de la région Ile de France - après un an et deux mois d’abstinence scénique depuis ce mémorable show aux Eurockéennes 2004 (disponible en dvd début octobre, oh yeah !) ?

1991 : je tombe amoureux de l’intégrale des Pixies.

Retour rapide en arrière : 1991, le sémillant Bernard Lenoir décide de diffuser le titre U-Mass, un extrait de l’album Trompe le monde, sur les ondes de France Inter. En 30 secondes, je tombe sous le charme de cette chanson acide et nerveuse illuminée par un énorme riff punk rock. Le lendemain, je fais l’acquisition de Trompe le monde malgré des critiques qui font leurs chochottes, parce que c’est trop violent. J’ai bien fait de ne pas tenir compte des avis extérieurs : ce disque extrêmement virulent est très bon, et il se réécoute avec joie 14 ans après. Quelques jours plus tard, n’y tenant plus, trépignant comme un malade, je décide d’un commun accord avec moi-même que la discographie complète des Pixies sera mienne… C’est magnifique, le début d’une histoire d’amour : je me réveille avec les Pixies, je roule en voiture avec les Pixies, je danse sur les Pixies, je m’endors avec les Pixies, je rêve des Pixies (je suis Black Francis et je joue de la guitare comme un forcené tout en vociférant avec frénésie Rock music - la chanson la plus énervée des Pixies - devant un public en transe). Quelques années plus tard, je ferai l’acquisition d’une guitare dans l’unique but de former un duo de reprises (très) approximatives des Pixies et de Frank Black (dont Gouge away, Where is my mind ?, Debaser, Monkey’s gone to heaven, Czar, Los Angeles, Men in black et bien d’autres) avec un ami chanteur/bassiste imitant à la perfection le pourtant insurpassable Charles Thompson. A ce jour, ce brillant duo (Lo Fi par la force des choses) ne s’est toujours pas produit en public… Il s’est contenté de jouer (fort) dans des salles de séjours, des cuisines, des caves, voire des couloirs tous plus vides les uns que les autres. Au grand soulagement des deux protagonistes, désireux de ne pas se ridiculiser outre mesure.

Frank Black et Kim Deal en solo, c’est pas mal non plus.

Mais revenons au début des années 90 : c’est avec tristesse que j’apprend la fin des activités d’un de mes groupes préférés, sans avoir eu l’occasion de le voir sur scène. C’est le drame… Fort heureusement, Frank Black a la bonne idée de publier en 1993 un excellent premier album solo qui me redonne goût à la vie ; juste après, Kim Deal déboule avec Cannonball et le deuxième album des Breeders truffé de délicieux hymnes grunge pop. Tout cela me met du baume au cœur jusqu’à mon départ (forcé) pour l’armée de février à décembre 1994. C’est sous les drapeaux (que je conchis) que j’apprends avec un immense désarroi le suicide de Kurt Cobain, le plus grand fan des Pixies… Le plus doué aussi. C’est la loose totale, je sombre dans les affres de la dépression en essayant de jouer à la guitare sèche (et désaccordée) l’intégrale de Nirvana. C’est alors qu’un miracle survient. Enfin dégagé des obligations militaires, je me rends dans un magasin de disques de Clermont-Ferrand (où j'habite, personne n'est parfait... ) Et là, que vois-je avec mes yeux éberlués ? Frank Black viendra jouer pour moi tout seul le 31 janvier 1995 à la Maison du Peuple de Clermont-Fd. Je fais illico presto l’acquisition du billet numéro 00001 et pas peu fier de moi, je me prépare au grand moment en comptant les heures (j'exagère à peine). Le fameux jour J, après avoir été pris des fous rires ininterrompus en découvrant les textes des navrants Diabologum en première partie, le grand moment arrive enfin vers 21 h 45 : il monte sur scène. Et même si la première chanson que me gueule à l’oreille mon héros est Hate me, je sais désormais que j’aime ce bonhomme au physique ingrat. Inutile de préciser que je passe une heure et vingt minutes sur un tapis volant,Mr Black et son combo enchaînant à une ramoniaque vitesse les titres des excellents albums Frank Black et Teenager of the year. Du grand art ! En sortant de la salle, sans doute à cause d’une consommation excessive de breuvages à base de houblon, j’ai même une révélation : Dieu existe, je l’ai vu sur les planches, il est gras, chauve, peu communicatif, il possède une voix surpuissante, son guitariste porte un carton sur la tête et ses chansons rageuses déchirent la sono avec une force peu commune. Puis les années passent, Kim Deal vient me rendre une visite au même endroit et provoque en moi le même sentiment incontrôlable de joie ; l’ex leader des Pixies sort, quant à lui, des disques incendiés par la critique, mais qui tiennent en fait parfaitement la route (à une ou deux exceptions près).

Déjà dix ans de love story…

Avance rapide jusqu’à mars 2001 : Frank dévaste la scène de la Coopérative de mai avec un show alternant entre country rock bien envoyé (des extraits du bon album Dog in the sand) et reprises jouissives des Pixies. M’étant adonné à des libations excessives (ayant entraîné des pogos ininterrompus et autres hurlements possédés pendant le concert), je décide pour montrer mon bonheur à mes amis – un peu inquiets – de me lancer dans un saut sur toute la longueur du bar. Las, je n’arrive à atteindre que la moitié dudit bar, je m’arrache une main et m’attire un commentaire furieux du barman… C’est malin ! Ce qui est encore moins malin, c’est d’avoir voulu communier une nouvelle fois avec Frank à l’occasion d’un festival de bikers organisé par des Hells Angels à une heure de Clermont-Ferrand (et fréquenté par des beaufs, malheureusement). En ce soir étoilé d’août 2001, les 50 minutes du concert ne reçoivent que quelques rares applaudissements (ceux de mes cinq amis et les miens) et surtout des quolibets voire des doigts d’honneur… En rentrant tout penaud, je me se dis que les 15 ou 20000 personnes présentes sont des crétins congénitaux doublés de fieffés incultes. Une opinion confirmée par le triomphe réservé par le même public, chauffé à blanc à ce moment-là, au consensuel et démagogue Eagle Eye Cherry… Ce très mauvais souvenir est effacé fin 2003, quand Mr Black – fort de son excellent disque Show me your tears (où une chanson s’intitule Massif centrale, juste pour me faire plaisir) – revient jouer à la Coopérative de mai à Clermont-Fd avec ses fervents Catholics. Le concert est très bon (même si certains goûtent peu le virage countrysant), il fait la part belle aux nouveaux titres stoniens du Monsieur et… aux tubes indestructibles des Pixies, dont on évoque à demi mots la reformation imminente. Une bonne nouvelle qui en entraîne une mauvaise : agacé par les rumeurs et ne voulant pas s’expliquer avant d’avoir finaliser l’affaire, les interviews en tête à tête sont annulées. Moi qui avais prévu des questions sacrément pertinentes en prévision d’un entretien, je suis déçu. Mais alors vraiment déçu.

Orgasmes soniques grâce aux prestations scéniques 2004/2005 des Pixies.

J’y pense et puis j’oublie, car – Alléluia ! – la reformation (seulement scénique malheureusement, un nouvel album ne semblant toujours pas être à l’ordre du jour) est confirmée… Je me prépare donc fébrilement à faire mes bagages pour les Eurockéennes de Belfort. Brillante idée : les Pixies donnent début juillet 2004 un concert d’anthologie devant un public conquis par une set list de rêve, un son excellent et une attitude réservée, mais cordiale. Ce show, sans doute le meilleur donné depuis la reformation (c’est mon avis et je le partage) bénéficiera d’une sortie dvd sous peu (je sais, je l’ai déjà dit mais j’ai un très mince espoir de le recevoir gratuitement dans ma boîte aux lettres pour mon anniversaire, le 27 septembre, alors j’insiste). Après avoir pris pendant une heure et trente minutes le motorway to heaven et atteint l’orgasme sonique sur la planète of sound, la nuit sera agitée par les soubresauts provoqués par le film du concert passé en boucle sur l’écran de ma toile de tente.
Presque un an après ces instants magiques, j’allais me faire une raison, les Pixies sur scène et (a fortiori) sur disque c’est bel et bien fini cette fois, snif snif… Quand « l’homme politique le plus rock n’ roll de France » (sic), j’ai nommé Jean-Paul Huchon – qui déclare sans rire dans un article lénifiant intitulé « Huch’on the wild side » dans le quotidien 20 Minutes (qui tient semble-t-il beaucoup à ses pages de pub financées par le conseil général d’Ile de France), avoir beaucoup écouté Trust (!), être fan de Hawkwind (?) et organiser des mini conférences chez lui pour montrer à ses proches que le rock a autant de valeur que le classique (sic) – , décide d’inviter par le truchement des programmateurs zélés du festival Rock en Seine la rock star la moins rock ‘n roll des Etats-Unis, en apparence (il ne bouge pas une oreille sur scène, ne se drogue pas ou plus, vote ouvertement à droite et mène une vie tranquille de père de famille). Huchon invitant Frank Black Francis, ça ne fait pas très envie, c’est indéniable. Mais putain, c’est plus fort que moi, il faut que je retourne voir les Pixies ; c’était tellement bon la première fois que je ressens un besoin impérieux de recroiser leur route… Je ne veux plus revivre ce sentiment persistant de gâchis provoqué par les concerts de Frank Black malencontreusement manqués (Montauban, Bourges avec la divine PJ Harvey, il y a longtemps ; Le Batofar en solo plus récemment)...

Les Pixies au Parc de Saint-Cloud.

Et c’est reparti pour un tour : direction Paris, le 25 août 2005. Après avoir apprécié les prestations des géniaux canadiens de The Arcade Fire (grands fans des Pixies), des virevoltants Hot Hot Heat et des imparables Queens Of The Stone Age (Josh Homme – de goût – dédicace sa chanson préférée, Burn the witch, à l’un des groupes qu’il affectionne le plus : les… Pixies !), j’assiste à un excellent concert de Frank Black Francis, Kim Deal, Joey Santiago et David Lovering. Une apparition de nature à ravir les fans (et les autres !), malgré quelques imperfections. Lors de cette prestation suivie par une foule considérable, le son est moins bon qu’à Belfort, Kim Deal est à la peine sur la fin du show (pourtant amputé de 10 minutes, damned !) mais je retrouve néanmoins mes Pixies comme je les aime : alternant avec maestria les caresses pop folk surf et les féroces gifles hardcore pop punk chères à mon cœur. Certains ont jugé bon de décrire le spectacle des Pixies au Parc de Saint-Cloud comme un « best of » mou du bide (très fine référence à l’embonpoint de Frank et Kim)… Je souhaite à ces sinistres pisse froid de s’ennuyer devant beaucoup de concerts de cet acabit dans leur vie ! Pour ma part, j’ai effectué une jubilatoire montée en puissance jusqu’à l’explosion avec aboiements hystériques de chien andalou et sauts de singe cherchant à atteindre le paradis sur U-Mass. Comment rester de marbre devant un tel déferlement de morceaux de bravoure enchaînés sans temps morts ? Des tubes en veux-tu en voilà (Where is my mind ?, Monkey gone to heaven, Wave of mutilation, Gouge away, Caribou, Gigantic etc), des reprises bien senties (In Heaven de Peter Ivers et David Lynch, Head on de The Jesus and Mary Chain), des titres mythiques (Vamos et son solo de guitare bruitiste, le terrifiant Nimrod’s son, le survolté Tame, l’ultra violent The sad punk), une drôle de rareté (La la love you chanté par David Lovering), des compositions délicieusement barrées (Hey, Broken face, River Euphrates) : c'est confirmé, il n’y a vraiment rien à jeter dans la discographie des Pixies ! Alors, on dit merci qui ? Merci les Pixies… et merci au rockeur-rebelle-révolté-président de région (ouf !) : Jean-Paul Huchon, bien sûr.

Set list :

Wave Of Mutilation (UK Surf)
In Heaven (Lady In The Radiator Song)
Where Is My Mind?
Here Comes Your Man
La La Love You
Nimrod's Son
The Holiday Song
Vamos
Subbacultcha
I Bleed
Monkey Gone To Heaven
Stormy Weather
The Sad Punk
Hey
Is She Weird?
Allison
River Euphrates
Head On
Isla De Encanta
U-Mass
Broken Face
Caribou
Planet Of Sound
Alec Eiffel
Gouge Away
Tame
Debaser
Wave Of Mutilation

Gigantic

A lire également : les chroniques des albums Complete B sides, Wave of mutilation, the best of, Pixies, Frank Black Francis, Devil’s workshop et Black letter days, ainsi que des comptes rendus des prestations scéniques des Pixies à Paris (au Zénith puis au Parc des Princes) et en Espagne, dans le cadre du festival Festimad.

A signaler : la parution ces jours-ci chez Castor Music d’un livre très complet d’Emmanuel Dazin sur la carrière des Elfes, de leurs débuts à aujourd’hui. L'ouvrage - chroniqué sur Foutraque - est sobrement intitulé Pixies (190 pages, 9 Euros), il est disponible partout.


www.frankblack.net
www.pixiesmusic.com/
www.ilovepixies.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 31/08/2005

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