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Baby Shambles

Parc de Saint-Cloud (Paris)
vendredi 26 août 2005

Foutage de gueule intégral ? Performance brillamment déjantée ? Concert très moyen d’une icône sur le déclin ? Prestation tout juste correcte annonçant néanmoins un disque de bonne tenue ? Rock show people machine à fantasmer pour le commun des mortels ? On hésite entre divers sentiments après avoir assisté à la demi heure de concert des Baby Shambles de l’ex Libertines Peter Doherty, au Parc de Saint-Cloud.

Pour une sombre histoire d’avion manqué, ou tout simplement pour emmerder le monde en faisant monter la sauce, il faut d’abord supporter The Departure (qui en plus, se font brièvement passés pour ceux qu’ils remplacent au pied levé) pendant le créneau horaire initialement prévu pour les Baby Shambles. Et ce n’est pas une sinécure : une sorte de disco punk sans âme, à des années lumières de ce qu’on attend des Baby Shambles : du punk rock abrasif… Quand, enfin, Pete Doherty et son combo daignent se présenter sur scène avec un quart d’heure de retard sur leur nouvel horaire (sans doute pour faire bonne figure), c’est la catastrophe… Même si l’énorme foule amassée dans le but de voir la vedette du jour bruisse de bonheur, crie et pogote de joie, ce n’est pas la peine d’être Philippe Manœuvre ou Patrick Eudeline (venus faire un pèlerinage aux sources de la défonce ?) pour constater que le son est monstrueusement mauvais, que le groupe est une bande de seconds couteaux et que Peter est dans un sale état. C’est une véritable mascarade à laquelle assiste le public, malgré tout ravi et hystérique ! Quand on est beau gosse, qu’on sait s’habiller comme il faut, qu’on bénéficie de la meilleure crédibilité rock ‘n roll du moment et qu’on a participé à deux chefs d’oeuvre de punk rock clashien avec l’aide de Carl Barât (Up the bracket, The Libertines), on peut visiblement tout se permettre. Même de s’écrouler fréquemment sur scène en gueulant comme un fou furieux ayant trop forcé sur les produits et la bouteille… Et l’on se dit que ce serait une bonne idée de se réconcilier avec son ex acolyte (moins déjanté mais tout aussi doué pour composer semble-t-il), car sur scène les morceaux des Baby Shambles sonnent comme du sous Libertines, mal sonorisé en plus.

Mais on finit par s’habituer au désastre… Après tout, Baby Shambles c’est quand même mieux que The Departure (tenir tout un set avec une idée, mauvaise en plus, c’est assez fort), Robert Plant (qui en plus de ressembler à une Barbara Streisand défraîchie de loin, patauge dans un world rock sans intérêt aucun), Goldfrapp (du sous Blondie électro glam mal chanté par une meneuse de revue secondée par des danseuses en petites tenues, passionnant !) ou les Foo Fighters (du hard rock FM lourdingue, sans idées, sans titres dignes de ce nom et sans voix), quelques uns des autres artistes programmés dans le parc de Saint-Cloud en ce vendredi 26 août. Respecter son public, c’est à dire se présenter à l’heure, en forme et jouer correctement ses morceaux sans âme (comme les quatre têtes d’affiche précitées) ne suffit pas à faire un bon concert pour le fan de rock ‘n roll. Surtout si l’on intègre que le masochisme est une des petites faiblesses des aficionados de rock. Il faut en effet vraiment être maso pour aimer se faire gueuler dans les oreilles par des stars égocentriques, subir des volumes sonores déraisonnables (c’est normal, avec des ingénieurs du son sourdingues), être ébloui par des lumières trop fortes (tout le monde sait que les lighteux sont aveugles), se faire pousser ou carrément marcher dessus par une foule de moutons de Panurge suivant toujours le plus idiot, accepter d’attendre des heures, entassés comme des veaux dans un espace clôt pour boire de la pisse d’âne en guise de bière, qu’il faudra ensuite uriner dans des WC bouchés et en nombre trop faible… Mais arrêtons là (il ne faudrait pas décourager les jeunes lecteurs trop sensibles) et revenons au dernier quart d’heure du concert de Baby Shambles. Après un temps d’adaptation, il faut avouer que l’énergie déployée (certes maladroitement) sur scène commence à faire son petit effet, que certains morceaux ressortent du lot (ce tubesque Fuck forever), que cette atmosphère sulfureuse et tendue n’est pas pour nous déplaire, que cet incroyable je m’en foutisme est plutôt rare de nos jours et qu’au moins il y a du suspense. Est-ce de la pose ou de la vrai déjante ? Va-t-il tomber ou pas ? Sait-il où il a balancé son micro ? Les musiciens et leur leader ont-ils des retours sur scène ? Jean-Paul Huchon est-il fan ? Sur disque, est-ce que ces morceaux vont mieux sonner ? Tout cela va-t-il finir par tourner à l’émeute ? On n’en saura rien : le groupe quitte précipitamment la scène pour permettre au programme des réjouissances de se poursuivre… C’est un peu court pour la foule, qui gueule sa frustration. Pete Doherty reste pour serrer les mains tendues de son très nombreux fan club, si nombreux qu’une barrière de sécurité s’écroule sous la pression du public, sans faire de blessés heureusement. On en restera là.

Philipe Manœuvre repart serrer des mains, signer des autographes et prendre la pose pour les appareils photo de ses fans, Patrick Eudeline s’éloigne d’une démarche approximative et nous, on reste là, avec la terrible sensation de s’être joliment fait entuber… et d’avoir aimer ça, un peu. Puisse Pete Doherty comprendre assez tôt qu’avec son talent, il serait plus intelligent de consacrer son énergie à écrire des chansons (et à les jouer correctement sur scène) plutôt que de chercher à être la prochaine rock star à finir crucifiée par la célébrité. Non contente d’être maso, une partie de son public semble souffrir d’une fascination aussi morbide que pathétique pour le drame annoncé. Certains voyeurs viennent même se rincer l’oeil dans l’espoir d’une overdose sur scène ou de je-ne-sais quel accident « croustillant » pouvant être relaté à ses amis… Inutile de dire qu’on espère ardemment revoir Doherty dans de meilleures dispositions, dans le cadre d’une tournée française par exemple. Et avec un nouveau disque de bonne qualité à défendre. C’est loin d’être gagné, mais on peut rêver, non ?


www.babyshambles.net/
www.thelibertines.org.uk


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 19/09/2005

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