18/07/2019  |  5211 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 16/07/2019 à 22:02:07
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Sufjan Stevens

+ My Brightest Diamond
Point Ephémère (Paris)
mercredi 26 octobre 2005

Salle bien remplie pour accueillir le petit gars du Michigan qui finira bien par avoir son nom dans l’encyclopédie des grands hommes américains. En effet, il parait de plus en plus probable, s’il tient le rythme et le niveau qualitatif de ses compositions, que s’il arrive au terme de son projet d’un album par Etat américain, la somme de ses travaux devrait finir par représenter la Grande Symphonie Américaine que nombre de compositeurs avant lui n’ont pas réussi à accomplir (de Gershwin à Guthrie).

Rappel des courses, nous en somme à la deuxième étape de sa réécriture musicale de l’histoire de son pays, nommément, nous sommes maintenant dans l'Illinois (Chicago) et Sufjan Stevens est accompagné (comme c’est pratique) des Illinoise Makers. En guise de mise en bouche, une formation extraite des Illinoise Makers (My Brightest Diamond), présentée par Stevens himself, attaquera en grande forme avec une reprise de Nina Simone en solo, chanteuse qui s’accompagne à la guitare. Frissons garantis. La suite du set aura du mal à atteindre le même niveau émotionnel, mais reste intéressant.

Fin du set, et pendant que le backing band s’autorise une pause pipi et enfile sa tenue de gala (ah ah), Stevens lui-même va contrôler le matériel sur scène… Perfectionniste.

Tout le monde est en tenue et le concert peut commencer : voilà donc les Illinoise Makers, 7 jeunes musiciens lookés à mi-chemin entre le marching band et les pom pom girls, gadgets inclus. Tous les interludes seront ainsi très « à l’américaine », avec hymnes stupides à la gloire de l’Illinois accompagnés d’une chorégraphie millimétrée (bien mieux que Kamel Ouali, si vous voulez mon avis) qui sera ensuite un gimmick pendant les morceaux à proprement parler. Toute cette mise en scène est finalement la bienvenue pour détendre l’atmosphère, en contrepoint des histoires souvent tristes, toujours empreintes de sensibilité, que Stevens a à nous raconter. Il s’en excusera, néanmoins, à moment donné, après que sa guitariste parte dans une chorégraphie improvisée en faisant l’andouille avec le bassiste : « Je suis désolé, ces gens là sont des musiciens très sérieux. Vous voyez ce qu’il se passe sitôt que vous leur mettez des habits ridicules sur le dos ? ». En fait, on pourrait aussi mettre cet esprit potache sur le compte d’une fatigue qui semble accabler le groupe à l’issue d’une longue tournée. Fatigue qui affectera parfois la voix du chanteur sans rien enlever à la beauté générale de l’ensemble.

Le groupe, pour être plus précis et pour rassurer ceux qui se demandaient ce que pouvait donner l’écriture très symphonique de Stevens sur scène (et qui comme moi s’inquiétaient qu’il puisse s’agir d’une version light, après avoir appris que lors de son prochain set parisien, lors du festival des Inrocks (10 jours plus tard), Stevens serait supposément accompagné d’instruments à cordes, ), était donc composé de 7 personnes qui se partagent deux guitares, un banjo, une basse, deux claviers, un piano droit, deux xylophones, une trompette et un trombone à coulisse plus toute une gamme de petits instruments à percussion.

Et bien rassurez-vous, sept personnes et cet arsenal suffisent amplement à rendre justice à l’écriture méticuleuse de Stevens. Tout était réuni pour mettre au mieux en valeur les vignettes naturalistes du jeune prodige, souvent introduites par un petit point d’histoire ou de géographie permettant de situer le contexte du titre, mais racontant chaque fois une histoire personnelle, toujours touchante, de l’auteur. Ce cruel personnage arrivera même à faire pleurer ma compagne sur Casimir Pulaski Day

Bref, les Illinoise Makers sont parfaitement rôdés pour vous projeter en tout confort dans l’Amérique rêvée, introduite par Stevens lui-même en début de concert (« Nous allons vous parler de l’Amérique, la vraie ») et au cours du set on se sent forcément ramené à toute une gamme de rêves générés dans notre enfance par ce fameux rêve américain qu’on a un peu oublié depuis.

La setlist balaiera une bonne (et belle) partie d’Illinois, et fera un détour par Michigan et Seven Swans (morceau splendide) pour se conclure, en rappel, sur deux tubes du dernier album : Chicago et Man of Steel, pour lequel un Superman gonflable sera convié sur scène (vous n’avez plus le droit pour des raisons légales de voir Superman voler sur la pochette de l’album ? Il vous attend sur scène !). De quoi nous faire repartir avec des étoiles pleins les yeux et un sourire d’enfant qui vient d’ouvrir ses cadeaux de Noël sur le visage.


www.sufjan.com
www.mybrightestdiamond.com
www.pointephemere.org

auteur : Danger Mo - danger_mo@foutraque.com
chronique publiée le 28/10/2005

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