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Heavy Trash

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
jeudi 8 décembre 2005

« Yeaaaahhhhhhhh baaaabyyyyyyyy !!!!!! »

« Si je pouvais changer d’identité, j’aimerais bien être Jon Spencer ! », voilà ce que déclarait un certain Jean-Louis Murat en octobre 2004, et il y a fort à parier que la forte tête auvergnate (qui enregistre actuellement son nouvel opus) maintiendrait ses propos en décembre 2005… Pour notre part, on aurait seulement aimé se mettre dans la peau de Jon Spencer l’espace d’un instant pour lui souffler de venir donner un concert au pied des volcans d’Auvergne. Car même si nos rendez-vous avec lui s’étaient plutôt bien passés, malgré des lieux et des conditions peu adaptés (Bourges 2002, Saint-Malo 2004 et Paris 2005), on rêvait secrètement de voir le membre fondateur de Blues Explosion à domicile, et surtout dans un petit club bondé ! Il faut croire que tout vient à temps à qui sait attendre : alors qu’on commençait à désespérer, notre homme récemment acoquiné avec Matt Verta-Ray décide - à notre grande joie ! -, de poser son micro et sa guitare à Clermont-Fd le temps d’un concert d’anthologie avec Heavy Trash… Tous les fans de Jon Spencer qui font la queue dans le froid à 23 heures pour acheter une place (Thomas Fersen jouait dans la grande salle à 20 H 30) ont une sacrée envie de hurler un tonitruant « Yeahhhhhhhh babbyyyyyyyy !!!!!! ». Mais ils se réservent pour le concert… et ils ont bien raison !





« It’s Heavy Traaaaaaaaaashhhh !!!!!!!! »


Car si notre homme est capable d’être renfrogné sur scène (on se souvient d’un récent concert en première partie des Hives où l’indifférence du public à son encontre l’avait un peu refroidi) et avec les journalistes (voir l’interview dans le journal local La Montagne dont il ne ne reste que deux phrases lâchées du bout des lèvres), quand il est sur scène devant un public bouillant, il est tout simplement inarrêtable. Le concert du 8 décembre, prévu pour se prolonger pendant soixante minutes, en a carrément duré 25 minutes de plus parce que notre homme et ses acolytes se sentaient bien sur les planches et avaient en face d’eux un public des grands soirs. Après avoir présenté une heure durant leur excellent et varié album (rockabilly, ballades country rock fifties, folk, punk n’ blues, psychobilly) en hurlant force « It’s Heavy Traaaaashhhh !!!!!!!! » entre les morceaux, les quatre hommes regagnent brièvement les loges... pour mieux revenir avec le sourire pour un rappel mémorable. Jon Spencer avec son micro distordu et sa guitare électro acoustique, Matt Verta-Ray et sa Gretsch magique, sans oublier un contrebassiste échappé des convaincants Power Solo, un batteur habité par le démon du rythme minimaliste et un ingénieur du son jouant de la guitare, des claviers et des percussions derrière sa console (!) enchaînent les titres avec des mines réjouies qui en disent long sur leur bonheur de faire ce métier. Cet enthousiasme juvénile (on a l’impression d’avoir en face de soi des gamins s’amusant à jouer le meilleur du rock) est communicatif : la petite salle de la Coopé (quasi complète) vit un de ses plus grands moments. C’est une véritable cure de jouvence : après avoir vu Heavy Trash sur les planches, impossible de ne pas ressentir une passion inébranlable pour la musique du diable pendant les 40 prochaines années !





« Rock ‘n roll will never die... »


Le disque d’Heavy Trash et sa brillante déclinaison scénique sont deux arguments de plus à mettre au crédit de la thèse défendue par Neil Young : « Rock ‘n roll will never die ». En puisant dans le meilleur de la musique des années 50 à nous jours, Jon Spencer et son acolyte remettent au goût du jour les inestimables Jerry Lee Lewis (auquel on pense très fort sur le titre Yeah Baby), Johnny Cash (cette voix grave à forte teneur en testostérone), Carl Perkins (ces éclairs électriques décochés au moment opportun pour illuminer une chanson), Link Wray (ces riffs et rythmiques psycho surf imparables), Chuck Berry (ce côté accrocheur dans chaque morceau), Elvis Presley et ses plus fervents fans les Cramps (pour les hoquettements lubriques). Après avoir assisté à une demonstration scénique d’Heavy Trash on a très envie de se replonger dans les mythiques titres que sont Whole lotta shakin’ goin’ on, Folsom prison blues, Rumble, Great balls of fire, Roll over Beethoven, Blue suede shoes, Hound dog, Human fly ou Jailhouse rock. Et forcément, tout cela nous donne une petite idée derrière la tête : une séance de Boogie Woogie à deux ne serait pas de trop… C’est malin, nous qui avions des pensées pures, nous voici avec les plus inavouables envies ! Et tout ça à cause de Jon Spencer, une sorte d’Elvis souffrant d’un persistant priapisme musical ; le rock n’ roll le fait toujours bander alors qu’il est dans le circuit depuis une éternité. Cette ardeur est rafraîchissante au regard de la bande de blasés snobinards qui fréquente le milieu, aussi bien sur les planches que dans les rangs du public, des programmateurs ou des rédactions. Mr. Spencer ne fait pas partie de ces détestables personnages, ce gars-là transpire la passion et la générosité quand il sent que son public n’est pas là par pose mais par nécessité (manquer un concert de Jon Spencer, ça ne se fait pas, c’est tout). Il mérite donc parfaitement la horde de fans qui l’acclame à chacune de ses sorties. Quand les lumières se rallument, on se dit que Jean-Louis Murat avait raison : ça doit quand même être quelque chose d’être Jon Spencer !







A lire également, des comptes rendus de concerts d'Heavy Trash à Paris, de Blues Explosion à Evreux et à la Route du rock en 2004, ainsi qu'une critique du dernier disque du trio de Jon Spencer.


www.heavytrash.net
www.blues-explosion.com
www.yeproc.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 15/12/2005

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