25/08/2019  |  5227 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/08/2019 à 13:53:53
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The Naast

+ Plastiscine
Le Triptyque (Paris)
vendredi 9 décembre 2005

Un vendredi soir de décembre devant le Triptyque, un intrus de vingt-trois ans se retrouve au milieu d’une nouvelle tribu rock grandie in vitro dans les pages de Rock&Folk. Jeunes, ils le sont ; seul un couple de quadragénaires venu jouer les chaperons me fait sentir me moins vieux. Va-t-on me demander ma carte vermeille à l’entrée ? Lookés, on ne vous ment pas. Ces gosses semblent évadés d’une boutique de Camden ou Soho. Un clone de Pete Doherty période printemps/automne 2003 échange une clope avec son homologue époque Up The Bracket. Un autre avec une chemise rose me prévient que c’est la couleur dress code pour une soirée d’après concert. Les filles, souvent ravissantes, donnent envie de relire Nabokov. Dire qu’au même âge, un cinéma ou un bowling dans un centre commercial périurbain passaient pour un sommet de branchitude... L’adolescence ce n’est donc pas vivre comme un ermite dans sa chambre, porter des pulls difformes, avoir une coupe de gland, attendre que ça passe et se croire seul au monde à écouter le Velvet et les Smiths.
A une époque pas si lointaine (les années 90), mon aversion pour le rap et ma dévotion pour Jarvis Cocker me condamnaient à un exil prolongé sur les bancs de l’impopularité. Dans l’imaginaire collectif, le rocker était un anachronisme, un Dick Rivers voué à moisir dans un musée. Puis le rap variétoche est parti en fumée, les tympans ont voulu se reposer de la techno et le blouson de cuir, les Converse et les guitares sont redevenus les cadeaux préférés pour les enfants des classes moyennes et aisées.
Réducteur, peut être, mais le revival rock passe par les fringues, les pauses de petites frappes et les filles qui se trémoussent. Une fois les fripes de Saint-Ouen épuisées et Pete Doherty réincarné en chanteur folk pour trentenaires apaisés, on passera à autre chose.


Plastiscine à la Flèche d'or - octobre 2005 (Photo : Robert Gil)

Je m’égare. Pour l’instant des groupes au niveau technique rudimentaire jouent dans des conditions inaccessibles à des aînés plus talentueux. Le JT de France 2 en parle, Libération s’enflamme, les maisons de disques rôdent et Philippe Manœuvre couve la portée. Arrivent d’abord les Plastiscine, quatre demoiselles à peine majeures, un girl’s band à guitares pour leurs détracteurs. Réducteur et injuste ; avoir un joli minois et de longues jambes ne fait pas forcément de vous des produits prêts à la consommation. C’est sûr que ça aide. Les Plastiscine sentent l’approximation, se contentent de gimmicks, ne disent pas grand chose dans un Anglais de collégiennes (elles ont dû faire Allemand en LV1), même si leurs titres n’ont rien d’infamant. La chanteuse blondinette minaude avec un certain talent, la guitariste plus fougueuse porte le groupe, la bassiste est divine (techniquement moins), de son côté la batteuse doit être une bonne camarade. Conscientes de leurs limites, elles préfèrent en rigoler, reprennent avec une maladresse touchante This Boots are made for Walking, capables de provoquer un début de gaule chez Lee Hazelwood. Voilà ce qui manque à ces jeunes filles, un petit moustachu irascible capable de leur claquer les tubes pervers qu’il faut.

Annoncés avec une moyenne d’âge de quinze ans, les Naast s’emparent de la scène, mais un truc cloche. A l’exception du chanteur Gustave Rambali, les autres musiciens affichent au moins dix ans de plus que prévu. Pas con le jeune Rambali, une fois le buzz lancé avec ses potes de Troisième B: "Adieu les gars, je passe aux choses sérieuses pour griller les étapes." Fils du critique de Rock&Folk Paul Rambali, le garçon a du sauter sur les genoux d’Eudeline, prendre sa première cuite avec Géant Vert et découvrir les Stooges avec tonton Manœuvre. Un enfant de la gratte ou un pistonné de première, à vous de choisir. Du haut de ses seize ans, le garçon possède une certaine classe sur scène et son groupe tient franchement la route. Le problème c’est que tous cela sent déjà la naphtaline ou la Kro déjà ouverte, les références rabattues (Ramones, Iggy, Stones) et le rock conservateur de Jack White. Il manque le romantisme des Libertines, autre modèle omnipotent de cette scène. La bande à Doherty et Barât sonnait immédiate, bancale et pas déférente. Le rock ce n’est pas un exercice de style, aussi correct soit-il. Reste que des jeunes gens forment des groupes en France, ce qui n’est déjà pas si mal.

(Photo des Naast : Sophie Jarry)

A lire également, une chronique du concert naze des Naast à la Coopérative de mai en novembre 2006.


www.myspace.com/lesnaast
www.myspace.com/plastiscine
www.rocknfolk.com


auteur : Alexandre Pedro - pedro.alexandre@wanadoo.fr
chronique publiée le 23/12/2005

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