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Hyperclean

Théâtre Le Mery (Paris)
mercredi 8 juin 2005

De l’amour, de l’art et du cochon…

Le théâtre Le Méry est un ancien cinéma porno situé place de Clichy à Paris. Un cadre idéal pour présenter à un public complètement éberlué (et le plus souvent mort de rire) l’excellent premier album du groupe Hyperclean, qui regorge de morceaux hésitant toujours entre le lard et le cochon , mais aussi entre la pop variété kitsch, les envolées psyché et le punk rock abrasif... Sans faire de concessions et à des années-lumière du politiquement correct, Hyperclean veut tout avoir : le beurre, l’argent du beurre… et le cul de la crémière. Et si l’on en juge par sa prestation hallucinante du 8 juin 2005, il pourrait effectivement rafler la mise car les morceaux - entre pop yéyé fleur bleue et rock grinçant avec des passages planants - sont accrocheurs, les textes sont excellents et l’ensemble est immanquablement surprenant.

Habillés en costards et maquillés, Frédéric Jean et ses musiciens semblent jubiler à l’idée de séduire en chantant l’amour sur des musiques inoffensives. Mais, fort heureusement, ils n’arrivent jamais à tenir ce cap très longtemps... Hyperclean aime plus que tout choquer les bien pensants un peu coincés du cul, tout autant que la ménagère de moins de cinquante ans désireuse d’élever sa progéniture dans le respect des us et coutumes du beau monde. Et alors que ces deux catégories de public sont irrémédiablement prises dans les filets du groupe grâce à de belles mélodies et à des paroles mielleuses, Monsieur Jean gâche tout : après quelques secondes, il est pris de soubresauts incontrôlés, puis comme un Iggy Pop né rive gauche (et biberonné aux œuvres corrosives de Gainsbourg, Dutronc et Lanzman), il fait n’importe quoi, lâche un solo de guitare idiot en proférant des grossièretés jubilatoires, se roule par terre, jette des bouteilles d’eau dans le public, improvise des discours incroyablement hilarants et osés… Parfaitement mis en orbite par ses camarades - toujours prompts à durcir le ton en arpentant des chemins aventureux -, cet artiste méchamment iconoclaste se sent pousser des ailes pour déraper gravement dans un n’importe quoi extrêmement jouissif… Dans ses chansons, notre homme peut tout aussi bien fumer des cigarettes américaines en écoutant un air de Nirvana, prendre sa secrétaire par derrière, danser pour faire du sport dans une boîte en faillite, se faire caresser le sexe avec le chat qui dort à côté, regretter de ne pas avoir un pistolet pour pouvoir tirer au hasard dans les rues ou encore faire creuser des tunnels pour permettre aux "gens de la Chine" (sic) de s'évader !

Le nombreux public réuni dans le Théâtre Méry pour une des soirées du festival Le Bus est conquis... et se souviendra longtemps de sa soirée. Devant cette version très trash d’Au Théâtre ce soir, le fou rire est général. Mais le one man show avec groupe présenté sur scène par Hyperclean n’est pas que drôle, il est également subversif - les conventions en vigueur dans la chanson française sont sauvagement passées dans la moulinette, très tranchante, du groupe -, tendre - même si les « histoires d’amour » contées ici finissent assez mal : par un « ta gueule », à grands coups de flingue ou dans une maison close - et tout à fait apte à séduire les fans de musique non formatée. Dans Hyperclean, il y a de l’amour, de l’art et du cochon, et c’est très bien comme ça…

Sites Internet : www.hyperclean.net (les dates de la tournée 2006 sont consultables ici), www.microberecords.com, www.maisondrole.com, www.le-bus.com.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 24/01/2006

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