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Morning Star

Point Ephémère (Paris)
lundi 6 février 2006

C’est la deuxième fois, en quelques mois, que je vois Morning Star passer en première partie d’un autre groupe, et c’est la deuxième fois qu’ils font presque oublier qui est passé après eux.
En décembre dernier, c’était à la Maroquinerie, avant John Parish. Pas même annoncé sur le billet, Morning Star était passé tôt ; juste le temps, en arrivant à la Maroquinerie vers 21h, d’apercevoir le groupe pour deux ou trois chansons, expédiées avec une fraîcheur et un enthousiasme communicatifs. Morning Star, c’est Jesse D. Vernon, à la guitare et au chant, qui compose les chansons et porte souvent une casquette, et Kate Stables, qui l’accompagne au banjo et au chant.
Le groupe déroulait ce soir-là ses chansons folk avec élasticité et instinct : Jesse, très habile à la guitare, s’amuse à tourner autour des motifs rythmiques et mélodiques de ses chansons, les interrompant à la faveur d’un solo ou d’un a cappella avec Kate puis les relançant, sans jamais perdre le petit groove qui les habite et nous fait hocher la tête. On croirait voir une sorte de troubadour (comme Adam Green ou Jean-Louis Murat dans un style voisin !) qui jouerait de la guitare toute la journée, d’abord dans le metro puis le soir dans un troquet et, ayant intégré chaque note des chansons qui l’accompagnent, se plairait à jouer autour de leur trame mélodique, en y insufflant ses états d’âme du moment, pour finalement en révéler, en creux, la vraie substance : une matière libre et instinctive, sans beaucoup de valeur marchande, qui prend la forme émotionnelle de l’instant.


The opposite is true (Microbe Records - 2005)

C’est dire si Morning Star fait l’effet d’un souffle d’air frais, à côté de certaines carrosseries rutilantes du retour du rock. Jesse Vernon n’a visiblement retenu de ses influences (Jonathan Richman, Leonard Cohen, Nina Simone ou le Velvet Underground d’après sa page Myspace) que la sève la plus vivace : assez loin du degré de référencement poussiéreux sur lesquels certains ont bâti leur fortune donc. A l’écart de ces berlines clinquantes et chromées que se paient les riches pour faire jeune et frimer sur l’autoroute, Morning Star évoque plutôt un vieux coupé stylé, patiné par le temps, avec beaucoup de classe dans ses lignes, qui sillonnerait les routes de campagne. La musique du groupe fait d’ailleurs constamment penser à la nature, à l’image du dessin figurant sur certains exemplaires de l'album The opposite is true : une naïveté, une simplicité, un côté bucolique qui rappellent Joanna Newsom, très agile aussi pour tisser des mélodies à la fois délicates et rayonnantes, sensibles et fulgurantes.


The opposite is true, pochette alternative

Le groupe, revu en février au Point Ephémère en première partie de Clogs, est étoffé d’un bassiste et d’un batteur. Jesse Vernon cisèle cette fois ses mélodies à la guitare électrique, et sa musique évoque un country-folk joué comme du rockabilly, avec certains moments limite funky carrément irrésistibles. Autour de lui, visiblement, tout le monde est entraîné par ce tourbillon mélodique jubilatoire, à commencer par Kate Stables, qui l’accompagne en chantant avec un sourire et une sincérité qui font plaisir à voir. Le bassiste oscille en phase avec le rythme, avec une intensité qui confine parfois à la transe. En fait tout le groupe semble en osmose, animé par les lignes de guitare du chanteur. Des lignes mélodiques complexes et denses, souvent éblouissantes, où la technicité (impressionnante) de Jesse Vernon ne se fait pourtant jamais prétentieuse, trouvant ses limites dans une pédale d’effet nonchalamment appuyée produisant un son approximatif ou dans un solo un peu bancal, éléments qui redonnent à la chanson une trajectoire ivre, irrégulière.
Il y a quelques concerts qui, comme ça, électrisent, donnent un accès libre, pendant 1h, à des émotions non frelatées, décapant la routine du quotidien, loin de la gestuelle convenue de certains groupes revivalistes. Cette année, pour l’instant, il y eut pour ma part le réjouissant concert des Subways (autre groupe formé autour d’un duo masculin-féminin à la compréhension intuitive), et celui-ci. Les membres de Morning Star résident actuellement à Paris et multiplient les concerts dans les petites salles : autant d’occasions de découvrir le groupe !

Sites web :
www.morningstarsmallorchestra.org.uk / www.myspace.com/jessedvernon
www.microberecords.com
www.thisisthekit.co.uk / www.myspace.com/thisisthekit
www.pointephemere.org

(Photo : David Didier - Taste of Indie)


auteur : Guillaume - guillaume@foutraque.com
chronique publiée le 08/03/2006

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