19/08/2019  |  5224 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 18/08/2019 à 16:59:18
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique concert
Inrocks Indie Club #7 : Architecture in Helsinki + Field Music + Vanessa & the O's

La Maroquinerie (Paris)
jeudi 20 avril 2006

Nouveau rendez-vous Inrocks Indie Club à la Maroquinerie : numéro 7, numéro porte-bonheur. En effet, il s’agissait certainement là de la meilleure affiche depuis le lancement de ces soirées, qui permettent de vérifier sur pieds le potentiel scénique de jeunes pousses indie.
A l’affiche donc, une belle et ses bêtes, des rats des champs bien plus malins que ceux des villes et une fanfare australe dopée à la bière !

Vanessa & the O’s
Alors que sort leur premier album, Vanessa (la belle) et ses O’s (les bêtes) investissent la scène (6 personnes quand même !). Si vous n’avez pas eu l’occasion d’entendre le disque, vous pouvez toujours aller jeter un œil sur la page MySpace du groupe, pour vous faire une idée de ce qu’il y avait à voir et ce qu’il n’y avait pas :
- il y avait un sosie (capillaire et vocal) de Brigitte Bardot, 5 types bien habillés, un guitariste échappé d’un OK Corral d’opérette (apparemment mascaré, un foulard cow-boy noué sur le cou, un casque hi-fi sur les oreilles) ;
- il n’y avait pas James Iha (certainement en train de négocier ses futurs royalties pour la reformation des Smashing Pumpkins), ni ce petit truc en plus qui aurait pu transformer un concert somme toute rafraîchissant mais un peu creux en 40 minutes de glamour-pop dansante…

Field Music
Vous trouvez que je suis un peu vache avec Vanessa ? Je m’en excuse, mais c’est la faute aux rats des champs Field Music… Que voulez-vous, vous regardez la jeune frenchie et ses acolytes dérouler à 6 sur scène des chansons en ondulant mécaniquement du bassin, en sirotant votre bière et juste après arrivent 3 types qui en un morceau, emballé en 2 temps trois mouvements, parviennent à vous foutre plus de rythme, plus de mélodies, plus d’harmonies, plus de puissance que les précédents en 40 minutes ! Et pour le coup, vous laissez tomber le sirotage de bière, et c’est tout votre corps qui instinctivement bat le rythme des petites bombinettes lâchées par ces joailliers de Newcastle. Le concert se déroulera ainsi, pas de temps morts, les morceaux s’enchaînant avec fluidité (à l’exception des petits réglages de guitare qui permettent aux deux guitaristes/batteurs/chanteurs permutables de disserter et faire partager au public leur bonne humeur et leur simplicité). Bref, La Fontaine avait raison dans sa fable inédite (La Musique des Villes et la Musique des Champs) en donnant le mot de la fin aux artisans pastoraux de Field Music. A surveiller de très près !

Architecture in Helsinki
Grand ménage sur la scène de la Maroquinerie pour faire la place nécessaire aux 8 membres d’Architecture in Helsinki. Une troupe, une bande de jeunes, un gang, une fanfare pop… Au moment où je gratte ces quelques lignes, quelques jours sont déjà passés et un sale bruit de fond est remonté à mes oreilles : des spectateurs auraient été déçus par le manque de lyrisme, une carence dans l’épique… Allons bon, on sort les grands mots ! Je précise, pour ceux qui n’ont pas suivi, que le nouveau terme à la mode, le nouveau label qu’il faut citer, est le « rock épique ». Un terme développé à la suite du succès toujours pas démenti des Canadiens d’Arcade Fire et appliqué à nombre de groupes qui sont apparus dans la foulée ; groupes ayant pour trait commun de développer des morceaux sur la longueur dans des architectures alambiquées, en diversifiant les instruments et de préférence avec plus de 5 personnes sur scène… Maintenant il faut être « épique » ! Malheureusement, le succès écrasant d’Arcade Fire a aussi installé chez certains une notion un peu arrêtée de ce que devrait être un concert épique. Dieu (et le Diable) sait que j’ai été époustouflé par Arcade Fire sur scène, mais un groupe n’a pas nécessairement besoin d’avoir un trublion casqué ou des simulacres de baston sur scène pour être épique. En l’occurrence, le concert des Dears au Nouveau Casino l’année dernière était épique et celui des Architecture in Helsinki à la Maroquinerie l’était tout autant. 8 filles et garçons, pas glamour pour un sou, totalement habités par les sons qui sortent de leurs instruments, qui dès qu’ils n’ont pas de cordes à gratter, de cuivres à faire résonner, de clavier à tambouriner, de percussions à martyriser se retrouvent instinctivement à battre des mains, à sautiller sur place, à encourager leurs copains, un chanteur à l’air possédé par les ritournelles qu’il susurre, déclame ou hurle. Je ne vois que de la mauvaise foi chez ceux qui se sentaient soudainement moins seuls en regardant se dérouler ces petites symphonies foutraques - tout le monde est invité à la fête avec ces Australiens -, mauvaise foi chez ceux qui n’avaient pas envie de sauter partout lors du rappel ouvert sur une reprise du Soulfinger des Bar-Kays (quand on a une bonne section de cuivre, on devrait toujours reprendre ce morceau), mauvaise foi finalement chez ceux qui n’ont pas eu un début de chair de poule sur le magnifique What’s In Store qui clôture leur dernier album In Case We Die. Leur précédent opus, Fingers Crossed, parfois plus opaque, n’est pas oublié, notamment au travers de leur interprétation de deux des sommets de ce dernier, Owls Go et Fumble en version raccourcie (une perle pop guitare/cuivres en rotation dans les soirées parisiennes de Foutraque).

Bref, de la musique en veux-tu en voilà, de la générosité à la tonne et quelques convertis à la cause architecturale à la sortie : un succès donc !


www.architectureinhelsinki.com
www.field-music.co.uk
www.vanessaandtheos.com

auteur : Danger Mo - danger_mo@foutraque.com
chronique publiée le 28/04/2006

Partager


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire