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Belle and Sebastian

Le Bataclan (Paris)
samedi 6 mai 2006

C’est parfois pas mal la première fois aussi ! Je me suis longtemps refusé à courir des kilomètres et vider mon portefeuille pour voir les Ecossais de Belle and Sebastian sur scène… Faut dire que leur musique se suffisait largement à elle même et qu’à l’écoute de leurs albums, je n’arrivais pas à me persuader qu’il y ait un intérêt quelconque à rester debout comme un con, forcément planté devant un type plus grand que moi... En finissant par rentrer avec un torticolis (puisque les types plus grands devant vous aux concerts ne bougent jamais, c’est prouvé scientifiquement), en me disant que c’était finalement aussi bien de les écouter dans le confort feutré de ma chambre… D’un autre côté, ils l’ont bien cherché à leurs débuts : musique pour jeunes gens bien éduqués, bronzés à l’ombre de posters des Smiths, pas de visibilité à proprement parler, pas de photos dans la presse… La (bonne) musique et rien que la (bonne) musique ! Cependant, occasionnellement, ils décidaient de s’adresser plus directement à mon cerveau reptilien et commandaient à mon corps de se déhancher furieusement sur les dancefloor. Legal Man par exemple… Mais ces poussées torrides étaient confinées aux singles et introuvables sur album. J’eus vite fait d’en déduire donc que tout ceci restait le côté obscur (ou flashy ?) d’un groupe autrement plus précieux…

Tout ceci était vrai jusqu’à Dear Catastrophe Waitress, leur avant-dernier album, où la production au moins autant que l’écriture faisaient envisager une attaque imminente du groupe sur les charts les plus funky (I'm a cuckoo, c’est vachement bien quand même…) Changement de tactique plus que confirmé par leur dernier opus, The Life Pursuit, truffé de pépites étonnantes et dansables (spécial dédicace). De plus, deux émissaires foutraque ayant eu la chance d’interviewer deux membres du groupe la veille, le consensus semble être que oui, le groupe ne s’est jamais senti aussi bien, que les membres ne se sentent plus ni inhibés par une étiquette, ni moroses pour cause de quelque tension qu’il y ait pu avoir entre d'anciens et actuels membres du groupe. Cette euphorie, ajoutée à la production décidément très festive du dernier album, nous permettent donc de retrouver sur scène 8 artistes HEU-REUX !!! (les 7 membres du groupe et leur violoncelliste de tournée… Ces histoires de violoncelliste-fusible commencent d'ailleurs à me faire penser que la violoncelliste est l’équivalent pour les groupes pop du batteur dans les groupes de heavy metal… Si si, regardez Spinal Tap pour vous en convaincre !).

Une heure quarante minutes de plaisir donc, un mix de magnifiques compositions et de franche énergie. Le public semble s’être élargi avec le dernier album. Alors que de très vocaux fans de la première heure réclament des morceaux bien précis (à chacun sa chapelle), une grosse majorité de fans continueront de s’embrouiller de belle manière sur des salves d’applaudissement mal placées (la palme sur je ne sais plus quel ancien morceau qui voyait une majorité de spectateurs applaudir à tout rompre chaque fois que Stuart Murdoch faisait une pause, ce qui donna à l’arrivée 4 salves de « bravos » sur un seul morceau, record à battre). Aucune méchanceté dans mes propos, car ces mêmes fans seront par contre hyper réactifs sur les nouveaux titres du groupe, qui méritent presque tous leur litre de sueur sur le dancefloor, de Yukie in the Graveyard à l’excellentissime We are the Sleepyheads (alors franchement, celui là, si ils ne le sortent pas en single juste avant l’été, c’est qu’ils ont encore du travail à faire en plan marketing… Vous DEVEZ réclamer ce morceau à tous les bars, boîtes de nuit, bal de camping de toutes les stations balnéaires du monde si vous avez la chance d’être dans un endroit ou le port de tongues n’est pas passible d’une nuit au poste). Les morceaux « plus classiques », ainsi que les famous-hits des précédents albums seront quant à eux restitués avec toute la déférence qui leur est due (encore ces histoires de chapelle, le fan hardcore de B&S peut parfois être un petit animal très nerveux à l’idée que l’on touche à son précieux, en témoignent les petits cris de dégoût plaintif enregistrés chez certains fans intransigeants à la sortie du dernier album… Je ne vais pas revenir sur une critique de Life Pursuit, mais franchement les gars, Murdoch et les siens n’écrivent pas moins bien qu’avant, ils le font juste dans un état d’euphorie qui leur permettra sûrement de porter la bonne parole vers plus de gens… Vous seriez pas égoïstes au moins ?).

Sur scène donc, personne ne démérite, le groupe semble être de plus en plus cela, un groupe, et pas seulement la créature enfantée par Murdoch dans la chambre qu’il occupait dans une paroisse de Glasgow, certainement un symptôme en même temps qu’une cause de la couleur générale du dernier album. Même si parmi les membres les plus récents Mick Cooke impose une présence sonore et physique assez imposante, les deux qui attirent le plus d’applaudissement restent Murdoch et Stevie Jackson… Au point que je me surpris à penser aux Pop Brothers, une version pop des Blues Brothers… Comprenez un duo de types atypiques épaulés par d’excellents musiciens dédiés à la grande musique, l’un directement charmeur et très expressif (Murdoch), l’autre se donnant des airs plus taciturnes mais jouant d’une (fausse) gaucherie pour faire adhérer la majorité à son programme (Jackson)… Je vous le dis sans ambages, en 2007, votez Action Jackson, c’est lui le vrai roi du cool !!!! Il faut le voir improviser de petites danses, murmurer deux mots en français (« Elvis » et « Costello », vous comprenez pas la blague ? Fallait y être !) ou tout simplement faire des moulinets de guitare empruntés aux swingin’ sixties… GRRRRR ! Même avec des années de travail ardu, jamais vous ne pourrez avoir l’air si cool…

Le résultat est là : un converti de plus qui devra surveiller les dates de tournée de Belle and Sebastian pour se rafraîchir la tête et les pieds. Prochaine étape, La Route du Rock cet été. J’y serai, et vous ?


www.belleandsebastian.com
www.jeepster.co.uk/belleandsebastian/

auteur : Danger Mo - danger_mo@foutraque.com
chronique publiée le 10/05/2006

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