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Greg Aguilar Trio - Concert Club du Festival Jazz sur son 31

Le Mandala (Toulouse)
samedi 21 octobre 2006

On avait vu des affaires mieux embarquées : vers 22h30 ce samedi, dans les derniers instants avant le début du concert, alors qu’un illustre foutraquiste opportunément infiltré parmi le personnel du Mandala tâchait moyen de faire passer le chroniqueur du vestibule à la salle surpeuplée sans que ça fasse trop désordre vis-à-vis des groupes piaffant sur le trottoir, c’est toute la sono du groupe qui défaillit en deux ou trois couinements pas beaux dans les enceintes. Sur ces entrefaites on avait gagné sa place de haute lutte, tassé avec Didier entre le mur du fond et une table de boutonneux bataillant autour d’une unique blondinette, qui probablement ne terminerait la nuit avec aucun des présents, et pour un premier set totalement acoustique. Dans ces cas-là, vous savez ce que c’est : on n’entend en gros que le batteur. Fort heureusement ce dernier s’avéra fort bon, comme on les aime tout particulièrement : proche de ses fûts comme un boulanger de son pétrin, caressant et ferme pour bien malaxer la pâte rythmique, l’arrondissant ou l’aplatissant pour mieux l’étirer dans des directions toujours curieuses mais juste. Et précis dans son métier avec ça, à dérouler les rides de la main droite avec cet air de dire « Savourez, bonnes gens, je sais ce que je fais ».

Et puis à la pause ça s’arrangea : les boutonneux partirent ailleurs finir leur fratricide mais platonique soirée, et même s’ils furent remplacés par une autre blondinette et une autre paire de galants se livrant une bataille tout aussi impitoyable, on put s’asseoir avec Didier et même Stéphane arrivé entre temps. On avait des pressions devant nous, et surtout, surtout, quelques connaisseurs avaient fait ressusciter la sono. On put alors savoir de quoi il retournait vraiment, et on s’aperçut pour commencer que ce bougre de batteur, s’il continuait à jongler avec le temps et ses recoins, était bien aidé en cela par ses deux complices, toujours prompt à reprendre les idées jaillies de ses fûts et à y verser d’autres au besoin. Le Greg Aguilar Trio c’est avant tout du collectif et de l’écoute. On y privilégie le son d’ensemble, le travail sur la couleur, plutôt que les morceaux de bravoure individuels. Les arrangements, que ce soit sur des standards de Thelonious Monk ou des compos originales, sont toujours pleins d’idées confinant à de véritables narrations. On ne citera comme exemple que ce passage envoûtant de « Métro, boulot, dodo », une composition de Sylvain Darrifourcq, où la section rythmique joue à accompagner à tombeau ouvert un soliste imaginaire, alors qu’au piano on leur oppose des lignes claires, mélodiques, quasi-mozartiennes. Un spectacle de conteurs, toujours captivant.

Puis ce fut fini, la salle se vida, et comme le chroniqueur allait prendre congé de Mathieu et de Nico (qui n’avait pas manqué de lui réclamer le présent papier, qu’on lui devait bien, dont acte), voilà que les gars Darrifourcq et Aguilar se réattèlent à leurs engins respectifs, qu’un autre gaillard jovial, rond et noir empoigne le manche de la contrebasse tandis que deux derniers gaziers de passage ont monté leurs sax (altos). C’est un bœuf, que personne ne sorte. On pourrait retenir de cette sympathique réunion les deux titres traités : « Les feuilles mortes » et « Softly, as in a morning sunrise » ; cet art toujours stupéfiant qu’ont les musiciens à ce niveau-là pour s’écouter, se comprendre et se suivre dans le langage universel des grilles, des renversements d’accords et des pêches rythmiques / panneaux indicateurs ; la vastitude du panorama harmonique du chorus de piano dans « Softly, … »… Sauf qu’elle n’était pas que sympathique, la réunion : on ne peut s’empêcher de repenser à la façon dont le vétéran des saxos bouta hors de scène le plus jeune, ne lui accordant ni un regard ni une parole après son premier et seul chorus, s’efforçant au contraire de forcer toujours plus le son et le débit de notes pour bien le dissuader de reprendre jamais la parole. Pourtant il avait l’air d’avoir des choses à dire, ce jeune homme, moins fort et moins vite peut-être, mais, qui sait, peut-être plus sincèrement.

« Mais alors ça fighte comme ça, dans le jazz ? » s’étonnait Mathieu après coup. Eh oui mon gars, et pas qu’un peu…

Grégoire Aguilar : piano
Yvan Gélugne : contrebasse
Sylvain Darrifourcq : batterie


www.lemandala.com
www.jazz31.com

auteur : PhV - phvl@free.fr
chronique publiée le 29/10/2006

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