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Phoenix, Pony Pony Run Run

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
lundi 16 novembre 2009

Soirée midinettes à la Coopérative de Mai avec deux groupes invités par Virgin Radio et Toyota (!?), Pony Pony Run Run et Phoenix, qui ont pu jouer dans une salle clermontoise remplie à ras bord de cohortes de groupies en totale pâmoison. Et prêtes à pousser des cris stridents à la moindre occasion "valable" : l’arrivée d’un groupe sur scène, une connaissance que l’on croise, un nouveau message vidéo sur son i-phone ou un déhanché suggestif du chanteur… Alors que Virgin Radio – diffusée au bar, sinon on n’écoute jamais cette sinistre radio archi commerciale – annonce une assistance de 2000 personnes – dans une salle de 1500 places, il faut le faire… –, tout en ironisant sur la capacité du public provincial à rester jusqu’à la fin du concert, qui débute à 21 heures (marre des animateurs de radios parisianistes qui découvrent la "jungle" arverne ! Radio Nova et le Mouv’, ça suffisait bien comme ça !), on constate que le public attiré par cette station peu recommandable est habillé comme pour une soirée en boite de nuit… C’est la fête un lundi soir, et après tout, tant mieux si les spectateurs sont d'humeur festive ! En pénétrant dans la salle, on se demande quand même un peu où étaient tous ces gens en habits de lumière pour les récents concerts de Fredo Viola, Jay Reatard et Akron/Family, qui se sont déroulés devant une poignée de spectateurs dans le club de la Coopé. Et l’on se souvient d’ailleurs que Phoenix avait donné un – mauvais – concert devant moins de 100 personnes ici-même dans la grande salle en mars 2001. Cela prouve qu’à force de persévérance (et de matraquage publicitaire), on peut arriver à avoir du succès…

Pony Pony Run Run, Un "super groupe" évoquant une rencontre entre les Killers et Boney M, avec Emile et Images à la production !

Justement, à propos de matraquage, les très insignifiants Pony Pony Run Run (dont le premier disque est "super super naze naze") font étalage de la totale vacuité de leur répertoire en première partie, devant un public qui ne veut écouter que Phoenix ou à la rigueur le tube Hey You des Nantais (il sera repris en chœur par l’assistance, émoustillée, à la fin de ce désespérant concert, beurk… ). Le groupe nantais super looké déroule son show comme à la parade, avec autant d’enthousiasme qu’un ouvrier Michelin travaillant en "trois huit" à l’heure de l’embauche. Ces musiciens-là font seulement leur boulot en jouant leur disque à la note près, point barre. Ce "super groupe" (dixit le chanteur de Phoenix plus tard sur la scène de la Coopé) propose un set qui nous évoque de manière absolument terrifiante une rencontre en studio entre les Killers et Boney M, avec Emile et Images à la production. C’est juste ridiculement daté eighties, honteusement putassier, très lassant et super FM variétoche. Conseillé en fond sonore pour passer l’aspirateur, pour agrémenter un séjour prolongé aux WC… ou aux auditeurs de Virgin radio, cela va sans dire.

Phoenix, Un bon groupe de scène… pour les midinettes !

Si l’on avoue humblement n’être pas un grand fan Phoenix (qui nous a fait plusieurs fois fuir lors de festivals ou concerts), on voulait voir ce que le groupe français valait sur scène en 2009, avec des titres de la trempe de Lisztomania, le premier extrait de l’album Wolfgang Amadeus Phoenix (dont le visuel trône fièrement en fond de scène). Sous un déluge de cris hystériques et de stroboscopes décérébrants, les Parisiens entament leur set par ledit Lisztomania ; avec un gros son, ça a tout l’air d’un tube à la Beatles/Strokes. Ce petit piano catchy, cette voix bien assurée et ces arpèges de guitare font de l’effet… Et l’on se dit qu’on va passer un bon moment avec les désormais superstars françaises. Las, dès le deuxième morceau, on commence à observer ce que l’on observera pendant tout le concert : les bons titres sont souvent suivis de près par des morceaux dispensables. Des morceaux qui ont ce côté pop formatée pseudo funky qui séduit tant les jeunes filles en fleur… et nous irrite sacrément. C’est donc parti pour une séance de montagnes russes : un titre classe, un titre insipide... La palme en la matière étant atteinte avec les instrumentaux avec solo sur une corde joués à deux à l’heure (pas exactement des chefs d'œuvre à la Wolfgang Amadeus Mozart, hein !) et les deux slows interprétés en rappels, entrecoupés de passages où l'on fait taper dans ses mains le public, qui n’a pas besoin d’une invitation pour le faire.

C’est la Phoenixmania ou quoi ?

Au cours de ce show réglé au millimètre – à l’américaine, quoi ! –, chorégraphié pour être percutant et faussement rock ‘n roll (vas y que je me frotte au public ou que je slamme, rhooooo la la, quel exploit inédit mes amis !!!), le groupe semble prendre un pied incroyable à recevoir l’enthousiasme de ses fans (c’est la Phoenixmania ou quoi ?), après des années à jouer dans des ambiances normales, voire confidentielles. Le chanteur, Thomas Mars, remercie ainsi de nombreuses fois le public d’être venu – il croyait sans doute qu’à "ploucland" personne ne viendrait, mais ici on a quand même Virgin Radio pour s’informer "des dernières tendances", et toc ! –, tout en évoquant le concert de 2001 "où il y avait quarante personnes". On est bien contents que les quatre membres du combo versaillais, renforcé sur scène par un super batteur et un très bon percussionniste/claviériste, soient ravis de cette courte escapade auvergnate au milieu de leur tournée allemande ; mais il faut avouer que malgré l’interprétation de cinq ou six tubes en puissance par un groupe maîtrisant parfaitement son sujet, on s’emmerde quand même assez ferme la plupart du temps. En tout cas, ce ne sont pas les (mini) hits du back catalogue du groupe (Too Young, If I Ever Feel better, qu’on a toujours détesté car trop "soft rock inoffensif" et "easy listenning FM") qui nous feront changer d’avis. Phoenix est un bon groupe de scène… pour les midinettes, qui a néanmoins le potentiel pour hausser son niveau général à l’avenir et ainsi atteindre celui de ses morceaux les plus marquants. Il faudra sans doute pour cela éviter de caresser constamment les fans dans le sens du poil…

Sites internet : www.myspace.com/wearephoenix, www.wearephoenix.com, http://ponyponyrunrun.net, www.myspace.com/ponyponyrunrun, www.lacoope.org.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 24/11/2009

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