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The Magnetix, Jack Of Heart, Left Lane Cruiser

La Boule Noire (Paris)
vendredi 30 octobre 2009
Bien chaude la soirée avec The Magnetix, Jack Of Heart et Left Lane Cruiser dans la fournaise de la Boule Noire à Paris, le vendredi 30 octobre 2009 ! Alors qu’il fait un froid de canard dehors, cette affiche est sans aucun doute une très bonne occasion de se réchauffer en regardant briller la flamme du rock ‘n roll non aseptisé et pas consensuel pour un sou. Pas de baby rockers pourris gâtés dans la salle ce soir donc, ouf ! Cerise sur le gâteau, l’accueil de la Boule Noire est convivial et sympa : si l’on est déshydraté on a le droit de boire un verre d’eau gratuit, on peut aller fumer dehors quand on veut et la sécurité est aussi discrète que courtoise. Chronique d’une soirée réjouissante…

Left Lane Cruiser, Blues rock ‘n roll survolté.

C’est un bluesman de l’Indiana armé d’une guitare très électrique, d’un bottleneck et de cordes vocales bien rocailleuses (ce gars là a l’air d’avoir un énorme matou dans la gorge !) qui se produit en ouverture de programme, accompagné par un batteur d’humeur castagneuse… Les morceaux sont basiques - ils évoluent entre le blues le plus cradingue et le rock ‘n roll le plus salace - et les deux musiciens sont en osmose totale ; ils jouent parfaitement ensemble, sans faire de chichis et ne cherchent pas à prétendre qu’ils ont inventé quoi que ce soit. Clairement, ça fait tout simplement du bien par où ça passe ! De plus, la virtuosité du guitariste n’est jamais gênante, elle se met même plutôt au service des titres de Left Lane Cruiser. Qui du coup font taper du pied, donnent la banane et autorisent à penser très fort qu’il faudrait retourner fissa aux USA voir des petits concerts sans prétention. Car chez Left Lane Cruiser comme chez Scott H. Biram ou chez une foule de groupes ricains, on joue du blues rock ‘n roll survolté par passion, sans prendre la pose ou chercher à être hype. Après une reprise de Leadbelly (le fameux Black Betty), le duo laisse la place pour la suite du programme, non sans avoir fait une excellente impression.

Jack Of Heart, "ça arrache la gueule ? Cool !!!!"

On ne s’attendait pas à un concours de justesse et à un show propret de Jack Of Heart, mais on était quand même loin d’imaginer une interminable balance sur scène et un show aussi bordélique, foutraque et déjanté de la part des Français amis des Black Lips (certains titres sont d’ailleurs assez proches de ceux du groupe d’Atlanta)… Quelle joyeuse bande de hooligans ! Ici on cherche à sonner le plus fort possible, le désaccordage forcené est obligatoire et le fait de mal jouer est une qualité recherchée… Cela donne un style pour le moins rock ‘n roll… Et l’ingé son a toutes les peines du monde à faire baisser le volume des guitares, qui défoncent réellement les trompes d’Eustache. L’androgyne chanteur déclare alors "ça arrache la gueule ? Cool !!!!" Vous voyez le genre… Même en hurlant dans son micro normalement réservé à la communication groupe/sondier pendant les balances "Baissez ces putains de guitares !" (réponses aimables : "C’est pas une putain de guitare, c’est une Jaguar ! On peut quitter la scène si tu veux aussi..."), le pauvre homme n’aura pas gain de cause et devra baisser les bras devant les quatre furieux, pas exactement bien élevés. C’est donc dans un grand fracas de distorsion et de rythmes broyés que le chant (entre hurlements déments et interventions graves) essaye de se frayer un passage : une authentique boucherie sonore ! Il faut en effet aimer le son bien saignant dans les oreilles, sinon il vaut mieux penser à prendre ses jambes à son cou… Mais force est de constater qu’à part un ou deux titres un peu faibles, la majorité des morceaux joués par Jack Of Heart font énormément d’effet. Cette sorte de punk mélangé à du rock psyché et à de la pop droguée donne envie de se mettre dans des états pas possibles et de franchir les limites de la décence… Yes you Know, Pony Crap (extraits de l’album récemment sorti chez Born Bad) et autres perles défoncées se succèdent à un rythme effréné, avant le final apocalyptique : un concerto de larsens pour détraqués. Alors qu’on se réfugie en catastrophe vers le fond de la salle, on constate avec effarement que le volume est à 113 décibels, belle performance ! On comprend mieux maintenant le gars qui a gardé son casque de scooter sur la tête…

The Magnetix, Pas loin d’entrainer une mort clinique !

Déjà passablement poussé dans le rouge, le système auditif de l’auditoire (un aréopage de rockers ultra lookés et très énervés) sera encore une fois soumis à rude épreuve avec le set stratosphérique de The Magnetix, le toujours impeccable groupe bordelais, auteur de l’excellent Positively Negative... La formule est simple, immuable et ultra percutante : un gros costaud très excité hurle comme un damné tout en lacérant sa guitare thermonucléaire de riffs assassins, sa petite amie toute fluette, quant à elle, joue à Cruella avec son kit de batterie tout en prenant son pied (elle sourie)… Cette rencontre entre deux musiciens très en colère entraine la création d’une enfilade de titres tous plus jouissivement hystériques les uns que les autres : Living in a box et autres hits garage Crampsiens ne sont pas loin d’entrainer une mort clinique par arrêt du cœur (provoqué par trop de bonheur sonique). Tels de sales gosses ravis de faire un raffut de tous les diables, les deux ados attardés semblent s’éclater comme des bêtes sur les planches, et ça fait franchement plaisir à voir ! D’un enthousiasme très communicatif (ça slamme et ça pogote à tout va), The Magnetix possède également le sens de la mise en scène qui tue la mort : juste avant de quitter la scène et de revenir pour les rappels, le chanteur guitariste torture sauvagement sa six cordes, qui finit accrochée au plafond et violemment fouettée par notre homme, en transe. S’en suit une séance de larsens/cris de guitare agonisante de très belle tenue. Un joli rite puissamment sadique ! Inutile de dire qu’on ressort de la Boule Noire pleinement satisfait par cette soirée méchamment rock ‘n roll…

A lire, des chroniques de concerts de Magnetix avec Frustration et Cheveu à la Coopérative de Mai en 2009, à Clermont-Fd en 2006 et Riom en 2004...

Sites Internet : www.myspace.com/leftlanecruiser, www.myspace.com/jackofheart, www.myspace.com/themagnetix, www.myspace.com/bornbadrecords, www.bornbad.fr, www.laboule-noire.fr.

Photos extraites des sites myspace...



auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 25/11/2009

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