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The Sonics

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
dimanche 6 décembre 2009

Roborative soirée rock ‘n roll garage à la Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand avec l’une des trois dates françaises (pour une fois, pas de mensonge publicitaire… ) des mythiques ancêtres du punk rock, The Sonics, dans la grande salle, loin d’être complète – pour ça, il faut programmer les infects BB Brunes – mais bien garnie par une foule de rockers de tous âges… L’âge justement, c’est un peu le problème de ce genre de tournée destinée à renflouer les caisses des musiciens en attirant les nostalgiques de tous poils. Car nous sommes en décembre 2009 et le séminal combo de Tacoma, Washington était actif de 1963 à 1968, faites les comptes… Les trois membres originaux présents ce soir – Jerry Roslie, orgue/voix, Larry Parypa, guitare, et Rob Lind, sax/harmonica/chant – ont allègrement dépassé la soixantaine et les deux absents, Bob Bennett et Andy Parypa, pas en mesure de voyager, sont remplacés par des amis pas exactement nés hier : Freddie Dennis, basse/voix, et Ricky Lynn Johnson, batterie. Compte rendu d’un concert régénérant (grâce auquel on est reparti pour au moins 50 ans d'amour du rock et du roll) ayant provoqué beaucoup de débats contradictoires avant et après…

Sans surprise, quand Jerry Roslie dit "Good Evening" avec sa voix de Dracula bien fatiguée, on constate avec effarement que les années ont fait de sacrés ravages sur le physique des Sonics, si beaux et fringants sur la pochette de leur prémonitoire album BOOM… Oui, il faut l’avouer, les Sonics sont désormais vieux, moches, habillés comme des sacs – surtout le bassiste avec son écharpe et son sweat shirt informe : on dirait un figurant dans le film Asterix et Obelix – et pas vraiment en canne : particulièrement Jerry Roslie dont la voix est très fatiguée… Au tout début de ce concert ayant duré une heure (rappels compris), on a donc un peu peur d’un drame auditif à la Chuck Berry au Zénith d’Auvergne, une arnaque totale. Mais non, contrairement au génial mais désormais très aigri Chuck, les Sonics semblent ravigotés par ce dernier tour de piste ; ils présentent les tubes qu’ils ont écrit eux-mêmes et leurs reprises magiques avec enthousiasme, foi, désir de bien faire et bonne humeur… Dès le deuxième morceau, on sent un frisson de joie nous parcourir l’échine : on a quand même devant nous des gens qui ont inspiré MC5, Iggy And The Stooges, Cramps, Nirvana, The White Stripes, Hives, The Horrors etc etc, et malgré les aléas du direct (les cris trop peu hystériques de Mr Roslie, le son, trop énorme pour du garage, et les pains ou oublis des musiciens), ils ont de putains de beaux restes, les bougres ! Boss Hoss, Have Love Will Travel, Dirty Robber, The Hustler, Louie Louie, Psycho, Strychnine et The Witch (entre autres) réjouissent au plus haut point, même si le batteur est loin d’être aussi bon que l’original (il est vrai démentiel !), si le solo de guitare de l’immense Louie Louie est hors sujet et si tout cela pourrait sonner plus "méchant"…

Tout n’est donc pas parfait (pour cela une seule option : rester chez soi à écouter ses vieux disques) mais l’on passe néanmoins une heure de rêve avec un groupe faisant preuve d’un sincère volonté de rocker son public… L’énergie du bassiste chanteur (si rouge quand il hurle à s’en faire péter une durite qu’on a peur qu’il tombe raide mort) et les interventions, toujours à propos, du saxophoniste/harmoniciste/chanteur emportent le morceau : on se sent presque pousser des ailes à chaque saillies rock ‘n roll garage envoyée par ces papys rockers là, des musiciens qui se situent carrément dans la stratosphère sonique (justement) si l’on les compare aux ridicules baby rockers dont quelques débiles mentaux sourds comme des pots essayent de nous vanter les mérites. Passons… Au milieu de leur rafraîchissant show best of, les Sonics 2009 se permettent même de placer un nouveau morceau dont certains morveux trop arrogants devraient s’inspirer. Car comme leurs illustres prédécesseurs gravés dans l’histoire du disque, il y a là tout ce qu’un fan de rock ‘n roll qui se respecte peut attendre : de l’urgence, de la violence, de l’énergie, de la passion, un son de guitare super cradingue et une volonté de tout casser à grands coups de guitare, basse, batterie, piano, sax et micro.

En dignes fils de Jerry Lee Lewis (ce soir, quand il martèle son piano, Jerry Roslie nous fait parfois penser que c’est le Killer qui officie pour cette grand messe revival), de Little Richard et de Richard Berry, les Sonics ont à leur tour donné naissance à toute une marmaille chahuteuse et rock ‘n roll au fil des années. Puisse ce concert et cette mini tournée européenne donner des ailes à de futurs groupes du 21ème siècle… Tout en permettant aux auteurs de The Witch de passer une retraite bien méritée et à l’abri du besoin.

Sites internet : www.thesonicsboom.com, www.myspace.com/thesonicsboom, www.lacoope.org.

Photos de Jean-Charles Belmont (jeancharlesbelmont@gmail.com, 06 64 38 48 11, http://jeancharlesbelmont.blogspot.com)


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 06/01/2010

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