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Jacques Dutronc

Zénith (Paris)
mercredi 13 janvier 2010

Ce qui choque en arrivant au Zénith de Paris (la salle ressemble de plus en plus à un Palais des sports vieillissant), c'est une fosse entièrement recouverte de sièges rouges en plastique, identiques à ceux figurant dans les tribunes ! On craint alors de devoir assister à un misérable gala de chansons poussives, où l'on fait éventuellement tourner les serviettes en toute fin de soirée...

Face à un parterre résolument poivre et sel, la présence d'un confortable fauteuil en cuir sur le devant de la scène, identique à celui figurant sur l'affiche « Dutronc prépare sa tournée », rassure. C'est, fort heureusement, le tour de chant de l'ex-dandy des années 60 qui est prévu... Seconde frayeur de la soirée, les musiciens qui accompagnent le revenant à Ray-Ban, semblent s'être échappés tout droit d'un show de Maritie et Gilbert Carpentier : ils transforment la majorité des petits bijoux pop signés Lanzmann-Dutronc, en une sorte de « variété du samedi soir », qu'on espérait ne jamais entendre en live.

Mention « accident industriel » attribuée sans réserve au requin de studio et spécialiste du solo de guitare interminable, Olaf (qualifié ainsi par Dutronc, lui-même, si l'on devait juger sa prestation, mauvaise). Le style de Fred Chapellier -son patronyme à la ville- s'avèrera réellement imbuvable ! Devaient s'ajouter à cette gabégie, de lourdes mais courtes plages de synthés, qu'on aurait cru émaner des kitschissimes Toulousains Gold et des parties de guitare rythmique FM que ne renierait certainement pas Jean-Jacques Goldman... Pourquoi Dutronc n'a pas pris le soin d'auditionner, et soutenir de fait, de jeunes pousses ? Mystère. Ne serait-ce pas encore une fois une preuve de sa paresse légendaire !? Ou alors a-t-il engagé des musiciens fournis clé en main, avec les risques que cela peut comporter.

Comment appréhender dans ces conditions, le spectacle de l'homme au cigare ? D'ailleurs, face au lever de boucliers d'associations anti-tabac particulièrement actives, on n'apercevra ni Havane, ni fumée (même sur Merde in France où le cigare était pourtant nommément sollicité) : les combats d'hier et les luttes d'aujourd'hui ne sont plus tout à fait les mêmes...

Et Dutronc au fait ? Fidèle à ses lunettes de soleil et à son cuir, la voix intacte, il énumère tranquillement ses nombreux tubes intemporels mais sans réel enthousiasme. Entre chaque titre, il balance une ou deux vannes cyniquement correctes, quelques morceaux surnagent tout de même de la set-list de luxe, car interprétés sans l'orchestre au complet : notamment le légendaire Il est 5 heures. Peu de titres récents (traduire : datant de moins de 30 ans) , un Merde in France où l'on met à contribution les roadies, avec chorégraphie de balais de paille (comme chez Stéphane Collaro dans les années 80), une naine très inspirée par l'univers de Twin Peaks qui se trémousse sur 2/3 chansons, une Compapade s'étirant à l'infini et 3 titres déjà interprétés au cours de la soirée, en guise de rappels.

On ne sait finalement pas si cette "der des ders" a été réalisée pour payer quelques menues dettes en souffrance. Ou bien si Dutronc a désiré faire comme ses camarades sexagénaires respectables et plutôt vaillants (Mitchell, Polnareff...). afin de (dé)montrer qu'il était, lui aussi, toujours vivant et vivace. Espérons qu'il sera en mesure de le prouver, après ce tour de chauffe à peine passable.




www.jacques-dutronc.fr/

auteur : Samuel Charon -
chronique publiée le 20/01/2010

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