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Benjamin Biolay

La Coopérative de mai (Clermont-Ferrand)
jeudi 29 avril 2010

Accueil triomphal et mérité pour Benjamin Biolay à la Coopé.

De passage à la Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand afin de présenter son dernier album, La Superbe, Benjamin Biolay a reçu un accueil triomphal et mérité de la part du très nombreux public réuni dans la salle de la rue Serge Gainsbourg... Il faut dire que l'homme – qui avait donné ici même une prestation franchement ratée, il y a deux ans - a désormais un succès qui lui permet d'avoir plus d'assurance sur les planches et d'avoir les moyens de s'entourer d'un groupe aussi conséquent que bien choisi... Compte rendu d'un concert de deux heures très majoritairement réussi :

Charisme naturel doublé d'une prestance innée...

Tout de noir vêtu et chevelure de jais plaquée en arrière, Benjamin Biolay fait son apparition après la diffusion d'une bande son cinématique, Pour écrire un seul vers, avec la voix de Michel Aumont ; se présentant tel un Lucien Ginsburg jeune et élancé, force est de constater que l'homme possède un charisme naturel doublé d'une prestance innée que beaucoup doivent lui envier. Quelques " petits " problèmes à signaler avant de passer aux points forts du spectacle : le son est très brouillon en début de set et il restera bizarre pendant toute la soirée. Autre grief, le décor est assez quelconque : on a étendu de grandes toiles de papier lamé brillant et froissé en fond de scène et ça fait très cheap quand le tout n'est pas animé par des éclairages scintillants. A part ça, Biolay est content d'être là, et s'il reste un chanteur dilettante et limité (mais cela a son charme et il a réalisé de gros progrès au niveau vocal), il fait tout pour habiter ses très beaux morceaux.

Le répertoire que s'est constitué Biolay au fil des années est imparable.

La joie de connaître une reconnaissance enfin massive que manifeste le chanteur fait plaisir à voir. Surtout pour lui, l'éternel grand blasé, qui semble aujourd'hui s'être acheté une conduite d'artiste de variétés lorgnant vers le titre de gendre idéal. Ou presque (Françoise Hardy aura droit à une petite pique sur ses goûts musicaux) ! Car ce soir nous ne sommes pas en compagnie de Calogero, Bénabar ou André Manoukian, les textes sont à la fois épicés et osés, ne censurant pas le flot d'idées noires – évoquant l'inéluctable déliquescence des relations dans un couple – qui traverse l'esprit tourmenté du serial tombeur de poupées chanteuses. Succès compréhensible, car il est vrai qu'en tant que songwriter le Lyonnais est simplement irrésistible : la set list couvrant toute sa carrière (avec de larges extraits de La Superbe) permet de constater qu'à part deux ou trois titres anecdotiques aux paroles un peu bâclées ou trop nonchalamment jetées sur le papier, le répertoire que s'est constitué Biolay au fil des années est imparable. Du morceau inaugural, Tout ça me tourmente, au dernier, Brandt Rhapsodie (en duo avec sa très bonne choriste), en passant par Si Tu Suis Mon Regard, Night Shop, Lyon presqu'île, Ton Héritage, Dans la Merco benz (avec une dédicace troublante à " Sarko, Brice Horteu et Carla Bru "), La Superbe, Négatif, Les Cerfs Volants, Padam (sur ce titre, le public devient fou) ou A l'origine, il est bien difficile de s'ennuyer, voire d'esquisser un début de bâillement.

Le très doué Benjamin magnifie ses chansons avec de classieux arrangements entre chanson/pop, rock ou hip hop...

Bien secondé par son impeccable orchestre (basse, batterie, synthés, Theremin, violoncelle, harpe, chœurs, glockenspiel, sax... ) et jouant très bien du piano – lors de beaux instants où il est seul en scène – ou de la trompette – le temps d'un solo à la Miles Davis –, le très doué Benjamin magnifie ses chansons avec de classieux arrangements entre chanson/pop, rock ou hip hop. Si la sensation d'assister à un gala d'un chanteur pour femmes seules apparait parfois (cette manière de remercier à tout bout de champ la main sur le cœur ou de sortir de gentilles banalités pour faire plaisir aux fans), elle disparait très vite devant la qualité de la prestation des musiciens et de leur leader, descendant direct des plus marquants artistes estampillés " qualité made in France ". Il n'est en effet pas bien difficile de constater que les ombres des figures tutélaires de Serge Gainsbourg et de son disciple Alain Bashung planent souvent à cause, ou plutôt grâce, à cette voix grave et nicotinée, à ces sons inspirés des meilleurs albums du grand Serge, à ces textes tranchants et à cette façon singulière de chanter en parlant, inspiré directement du Talk Over gainsbourien. Ajoutez à cela de grosses influences "rap actuel" (avouées par le monsieur) et vous aurez la délicieuse sensation d'être aux premières loges pour la prestation - saluée d'une standing ovation - d'un rappeur fan de chanson pop et sapé comme un prince des beaux quartiers. Le spectacle 2010 de Benjamin Biolay est à voir sans faute en concert, pour prolonger dignement le plaisir suscité par l'album La Superbe...

Liens : www.benjaminbiolay.com, www.myspace.com/benjaminbiolay, www.facebook.com/pages/Benjamin-Biolay-Officiel.

Photos prises par Pirlouiiiit à Marseille en mars 2010.


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 05/05/2010

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