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Cluster

+ Evil Moisture
Les Instants Chavirés (Montreuil)
jeudi 20 mai 2010

Une musique qui fait perdre la notion du temps

Ce soir est un grand soir : on a rendez-vous avec un des pères de la musique électronique, le bien nommé Cluster. Ce duo berlinois a créé à l’aube des années 70 (en 1969 plus exactement sous le nom de Kluster puis, à partir de 1971, Cluster) une musique que les journalistes ont surnommée à l’époque Krautrock. Aux côtés de Neu !, Can , Faust, Kraftwerk, Ash Ra Tempel,… Cluster a été un défricheur de sons électroniques expérimentaux sans équivalent. Ils ont collaboré avec Eno. David Bowie et Julian Cope (entre autres) ont pour eux une admiration sans failles. Oui, Cluster ce n’est pas de la copie mais bien des originaux (dans tous les sens du terme). Donc inutile de vous préciser notre joie de les voir en concert dans la petite, mais non moins légendaire, salle des Instants Chavirés à Montreuil, juste à côté de Paris.

Avant d’entrer dans le vif du concert, nous aimerions évoquer quelques points.
Les Instants Chavirés sont un lieu unique pour tous les fans de musiques électroniques et improvisées, de jazz expérimental et de noise hardcore bruitiste de bonne facture. Cependant, malgré une mairie verte dirigée par Dominique Voynet, Les Instants, comme de nombreuses petites salles associatives et subventionnées, pour cause de budget recalculé à la baisse (crise oblige !), galèrent pour faire une programmation en marge des institutions privées où la rentabilité est de mise. Donc, il faut soutenir des lieux comme Les Instants Chavirés.

Il faut aussi oser franchir le périph' ! Car, ce que nos lecteurs de province ne savent peut-être pas, c’est que pour séparer Paris et la banlieue il y a le boulevard périphérique qui fait le tour de la capitale. A cause de cette ligne périphérique, quand il y a un concert en banlieue, les habitants de Paris ont du mal à faire le déplacement, même si le métro n’est pas loin. Ce qui est (un peu) con, car en plus les concerts en banlieue y sont moins chers. Par conséquent, Cluster à Montreuil (ville située à moins de 2 kms de Paname), c’est environ une centaine de personnes qui font le déplacement et c’est seulement 10/12 euros l’entrée… Bien heureux soient-ils !

C’est donc en petit comité que nous allons assister à une messe « musicale et mentale » des plus réussies. Nos petites oreilles souffriront un peu avant d’y assister car, en ouverture, c’est Evil Moisture (aka Andy Bolus), qui va nous les détruire avec ses sons "bruitistes". Du bruit pour du bruit et pas plus, ha si, un chant qui beugle. A moitié stone (et saoul !), Evil Moisture s’ennuie, et nous aussi ! Heureusement le supplice sonore ne dure à peine que 30 minutes.

Comme dans un home studio, un décor minimal et instrumental nous accueille : deux tréteaux et une planche pour poser le matériel (synthés logiciels, platines CD et une multitude de fils multicolores), une chaise d’un côté pour Hans-Joachim Roedelius (76 ans) et de l’autre côté Dieter Moebius (66 ans) reste debout. Projeté sur le mur du fond un film à image quasi fixe pixellise toute la scène et les visages de nos musiciens. Face à face, ils vont nous jouer une musique électronique des plus classieuse, véritable invitation à un voyage mental et sensoriel inoubliable. Attention ! Leur musique n’a rien à voir avec la new-age pour séance de relaxation. Non, la musique ambiante de Cluster est d’une richesse sonore et moderne à faire pâlir un DJ techno en résidence au Rex Club. Les nappes sonores changent de tempo toutes les 2/3 minutes (donc rien à voir avec la musique progressive), d’où une richesse continuellement renouvelée de leurs sons. Magnifiques et spacieuses, les œuvres de Cluster sont des petites pépites qui font diablement du bien au mental et qui nous pénètrent le corps. La projection visuelle vient subtilement renforcer cette impression de décollage cosmique en mode "cool et détendu" et surtout cette envie de ne jamais redescendre tellement on se sent bien en apesanteur. Voir Roedelius et Moebius aussi détendus (ils ont le sourire aux lèvres) et inspirés est un vrai régal. Comme des enfants face à leurs jouets, on les sent heureux d’être là et de jouer devant la petite assistance qui ne perd pas une miette du live. Sans frime, ces inventeurs d’une « forme de musique électronique » donnent une bonne leçon d’humilité. Après une heure de prestation sans aucunes fausses notes, Cluster revient pour un mini rappel qui finira sur un petit bug informatique, la technologie l’a décidé... On aurait bien sûr aimé qu’ils jouent plus longtemps (ils ont une longue discographie avec Cluster, Harmonia et les projets solos), tant leur musique fait perdre la notion du temps.
Nous ne serons cependant pas en reste car après la prestation, les deux musiciens viennent discuter avec le public, dédicacent leurs albums (CD's ou vinyles, plus prisés) et trinquent avec quelques fans. Une fin de soirée très amicale qui finira sur le bord du trottoir à la sortie de la salle, un verre à la main et le plaisir d’avoir passé une très bonne soirée. Les absents auront eu tort ! Derrière le périphérique il y a la banlieue, et là aussi il peut s’y passer des moments grandioses.

Chronique écrite à 4 mains, merci à Isabelle Jolfre

Photos signées Isabelle Jolfre


www.myspace.com/theonlyclusterthatmatters
www.instantschavires.com/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
chronique publiée le 27/05/2010

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