16/11/2018  |  5077 chroniques, 166 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 15/11/2018 à 19:40:36
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City Sounds Festival, édition San Francisco

Le Centquatre (Paris)
19-20 juillet 2013

Le temps d’un week-end, Paris, la capitale romantique (Venise peut se rhabiller !), a fait du charme aux groupes de rock de San Francisco. Parmi les groupes choisis, il y avait la crème de la crème du mouvement indé rock garage à grand renfort de fuzz psyché et de riffs punky. La preuve par les noms retenus : le vendredi soir : Ty Segall, Moon Duo et White Fence.
Le samedi soir: Shannon & the Clams, Warm Soda et Thee Oh Sees.

Avec une telle affiche, on peu être sûr que dans 10 ans on en reparlera encore. D’ailleurs le festival affiche COMPLET. Est-ce que c’est l’effet buzz du mensuel Rock & Folk, avec notamment dans le numéro d’octobre 2012, un article sur les groupes de San Francisco, et là dans le numéro d’août, Ty Segall en couverture ? C’est sûr, il y a du avoir un « petit » effet, mais le public a aussi plein de réseaux d’infos (la belle affiche du festival dessinée par Elzo et diffusée dans les médias et dans les rues de Paris, Facebook, You tube, magasins de disques, les amis, le bouche à oreille, plusieurs passages remarqués dans les salles et festivals de Paname ...) pour identifier cette scène de qualité. Toujours est-il que Philippe Manœuvre, ex rédacteur en chef Métal Hurlant (magazine BD vendu en kiosque en 70), ex présentateur de l’émission Sex Machine (à la TV sur Antenne 2 en 80) et aujourd’hui rédacteur en chef de Rock & Folk, était là et au premier rang pour apprécier les performances.

L’esprit de ces nouveaux groupes de San Francisco me rappelle l’époque noise HC grunge avec les groupes de Chicago - Jesus Lizard, Shellac, Naked Raygun- de Seattle -Nirvana, Mudhoney, Tad, Soundgarden et de Washington DC- Fugazi, The Nation of Ulysses, Soulside. Les voir sur scène confirme mon impression, tant ces groupes dégagent une interaction avec le public, soit l’équation : contact sincère du groupe avec le public égal un excellent concert.


Bon commençons les festivités, car il est 20h30. Ty Segall est en formation « one man band ». Batterie, guitare, et pédales d’effets, pour exécuter un rock garage brut et sauvage comme on l’aime. Dès les premières notes, il a embarqué avec lui le public, venu ici pour faire la fête, et non pas pour regarder une énième représentation du Bourgeois Gentilhomme par la Comédie Française. Donc, assez rapidement c’est le bordel dans la fosse. Heureusement qu’on est loin des années punk (76-77), sinon les mollards et les canettes de bières auraient voltigé. Non, on est en 2013, il est interdit de fumer, de descendre dans la salle -après avoir fait la queue 1/4 heure- avec son gobelet en plastique rempli de houblon (du moins au 104), et de cracher, mais là franchement, ce n’est pas un mal que cela soit démodé. Restons correct !
Ce qui est cool avec une personnalité telle que Ty Segall, c’est qu’on est sûr à chaque fois de voir un concert et un style différent. Ce mec (au faux air de Kurt Cobain) n’est pas là pour reproduire ses albums. Sa démarche me rappelle celui de Beck, une personne pas avare pour mélanger les genres. On sent notre blondinet très content d’être là, et de partager avec le public, une communion pour célébrer l’amour du rock, le vraie, celui qui vient du blues. Bref un bon concert à la fois épuré et intense. Chapeau !


Après une pose, changement de style avec Moon Duo. Pour ce concert le couple est accompagné d’un batteur. Ce qui est une très bonne idée, car en live le voyage psyché lunaire du groupe est encore plus inter galactique que sur disques. Pour renforcer cet aspect, des projections très lumineuses enveloppent leur musique répétitive et trippante. Moon Duo a le don de créer des morceaux avec une rythmique proche de la transe. Avec eux on est emporté vers un voyage lointain. Très belle prestation qui a converti le public au space rock.


On continu de changer de style, tout en restant dans le rock, avec White Fence. Tim Presley, le leader charismatique du groupe, envoi un rock noise et lo-fi esprit Velvet Underground époque 66-68. Dès les premières notes, le public est conquis. Dans la fosse, la température monte et ne va pas redescendre d’un degré. Pendant plus d’une heure, c’est ambiance « rock’n’roll animal ». Dans le style de comportement, White Fence me fait penser à The Fall. Leur rock est tendu et très électrique. White Fence a le dont de créer une musique qui attrape le public, sans jamais le lâcher. Pas étonnant qu’à la fin du concert (avant les 2 rappels), le public soit monté sur scène, tant la générosité sonore et humaine de White Fence est communicative. White Fence est très certainement un des meilleurs groupes live actuel, tous styles confondus.
Pensant que le concert était fini (après un rappel torride, et la lumière de salle rallumée), je me dirige au merchandising (situé au rez de chaussée) pour acheter quelques vinyles. Et voilà que j’entends le groupe jouer. Je pars pour descendre écouter l’ultime rappel, mais le videur m’en empêche, car selon les instructions, toute sortie est définitive, alors que "non mais allo quoi", je ne suis pas sorti, je suis toujours au 104. Je lui fais comprendre que ce groupe est mon préféré, mais le videur, s’en balance, il fait son boulot, donc interdiction de redescendre. Lui il bosse, moi je suis en WK pour m’amuser. Bref je suis frustré.
Mais c’est vite oublié, la soirée était magnifique, avec des bons live, des nouvelles connaissances dans la fosse, et je repars avec mes blessures de guerre, de nombreux bleues récoltés des pogos et autres slams.

Une bonne douche, une bonne nuit, une belle expo dans l’après midi sur l’art cinétique (Dynamo au Grand Palais), et me voilà près pour la 2ème soirée de City Sounds.
Au 104 il y a l’expo de Keith Haring . Quand on rentre dans le lieu, on voit des sculptures géantes de cet artiste pop de New-York. On est bien entouré !


La soirée débute avec le trio Shannon & the Clams. Vêtue d'une robe noire moulante, la pulpeuse XXL Shannon est très à l’aise dans son corps. Elle pourrait jouer un personnage haut en couleur dans un film de John Waters. Avec ses 2 loustics (un chanteur/guitariste rétro, un batteur chevelu), la bassiste/chanteuse Shannon réalise une musique rockab’, doo-wop mélangé au punk rock sale. Entre mélodie pop et riff crade en mode mono, les chansons de Shannon & the Clams sont des petites tueries. Belle découverte !


Warm Soda sera le groupe le plus faible du festival. Malgré la bonne volonté des musiciens zébulons, leur style musical est trop classique. Certes les autres groupes n’ont pas non plus inventé le fil à couper le beurre, mais leur façon de communiquer le rock est si intense, que même avec des notes basiques, ils arrivent à recycler la formule guitare/basse/batterie comme si leur vie en dépendait. Avec eux, faire du neuf avec du vieux est une réussite. Pour Warm Soda, c’est plus dur. Le vieux sonne comme du vieux, leur son, c’est du « trop entendu ». Un groupe scénique assez plaisant, mais un manque de style pour faire la différence.


On arrive à la tête d’affiche de la soirée, le groupe Thee Oh Sees. Eux aussi, ils font partie des meilleurs groupes live actuels. La preuve en a été donnée une fois de plus en cette clôture de festival. Sur scène ce groupe a une telle énergie, une telle soif de rock à donner, qu’on en est tout retourné. Sur scène ils sont comme des gamins, insolents. Chez eux le punk rock garage noise HC prend toute sa sauce, comme si l’on était chez un chef cuisinier de renom. Avec juste quelques accords bien sentis et beaucoup de punch, Thee Oh Sees (tout comme les Black Lips) sont les héros du rock moderne. Ils mouillent leurs chemises et gavent leurs publics de riffs joyeux et démoniaques. En live avec Thee Oh Sees on est sûr de passer un bon moment. Si on est jeune, on est sûr de s’éclater jusqu’à pas d’heure et si on est vieux, on est sûr de revivre les meilleurs moments live des concerts des Sonics, Ramones, Cramps, Fugazi et autres Nirvana. Cela fait plaisir de voir en 2013 des groupes de leur trempe. Ils perpétuent l’héritage du rock’n’roll, une musique qui se vit en live et non pas en DVD. Enfin Thee Oh Sees vend ses albums vinyles à 10 euros. Très bon esprit !


A noter que pendant les concerts, les autres membres des groupes regardent sur le coté de la scène leurs potes jouer. On sent entres eux qu’il y a pas mal de respect. Les têtes d’affiche ne sont pas là pour récolter seules les lauriers. Entre eux c’est une bande d’amis.

Dans le nom du festival on trouve le mot « édition », donc espérons que l’affiche de la prochaine sera aussi réussie que celle de San Francisco. La qualité des concerts, l’ambiance dans la salle, l’organisation (mais avec un bémol, apparemment dans le fond de la salle, le son n'était pas top, et voir des groupes jouer sans pouvoir boire une gorgée de bière, ce n'est pas très rock), malgré tout au final, un excellent WK pour les touristes et les parisiens qui ne sont pas encore partis en vacances.


Photos: Gilles Barbeaux


auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
chronique publiée le 31/07/2013

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