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Festival Les Aventuriers #9

Espace Gérard Philippe, Salle Jacques Brel (Fontenay Sous Bois)
10 au 20 décembre 2013

Quand on habite à Paris, faut-il être un « aventurier » pour aller voir un concert en banlieue ? A savoir, braver les couloirs du RER, affronter les embouteillages de la circulation. Et bien « non » ! La preuve avec le festival nommé justement Les Aventuriers. Pour venir à Fontenay S/Bois, ville située à une dizaine de kilomètres à l’est de Paris, les organisateurs du festival ont mis à la disposition du public, un bus qui part de la place de la Nation (lieu où fut placée en 1794 la guillotine et où 1306 hommes politiques furent exécutés) directement aux salles de concerts du festival.
L’affiche de la 9ème édition est alléchante : 7 soirées sur 10 jours avec entre autre les groupes La Femme, Poni Hoax, Tunng, Dum Dum Girls, Juveniles, Skip & Die, Ebony Bones, et le pompon du culte pour achever le festival, Peter Hook .
Pour cette chronique nous allons nous attarder sur les soirées Dum Dum Girls/Motorama et Peter Hook & The Light/Yuck/Frankie Rose.

La soirée Dum Dum Girls/Motorama s’est déroulée le 13 décembre à l’Espace Gérard Philippe. Le bus a bravé les bouchons du vendredi soir en entrant divinement dans la ville de Fontenay S/Bois décorée aux lumières de noël. L’Espace Gérard Philippe est une salle de 200 places (mais aussi un lieu de formation dédié au chant, à la comédie et à la musique), d’où un public très jeune venu découvrir de la musique indé. Apparemment le groupe Motorama a passé l’après midi avec quelques élèves. La soirée affiche complet et interdiction de prendre des photos, 2 personnes du service d’ordre veillent au grain !


La soirée débute avec le groupe russe Motorama. En 2012, ils ont sorti sur le label bordelais Talitres Records l’album Calendar (avec sa pochette qui nous évoque celle d’Ocean Rain d’Echo & The Bunnymen). Motorama joue une musique new wave pop teintée de cold. Leur musique est gentillette, la guitare cristalline nous fait penser à… justement le titre L’Aventurier du groupe Indochine. C’est d’ailleurs marrant de voir le chanteur et le guitariste s’exciter comme s’ils jouaient du punk habité par le fantôme d’ Ian Curtis, car leur style pop n’a rien de rebelle. Mais pour les romantiques orphelins depuis la séparation des Smiths, le son Motorama fonctionne à fleur de peau d’ado.


Pour l’entracte, il faut quitter la salle (sic). Après 30 minutes d’attente, les portes s’ouvrent pour accueillir le groupe féminin les Dum Dum Girls. Rien à dire, les filles (accompagnées en live par un guitariste), ont la classe. Mignonne et glamour, les Dum Dum Girls apportent un rayon de soleil en ce mois de décembre. Malheureusement, si du point de vue visuel les rayons nous ont éblouis, pour la prestation scénique c’est à revoir. Le groupe est coincé et timide. Elles ont peur de froisser, de mouiller leurs vêtements vintage ou haute couture. A croire qu’elles ignorent qu’il y a 200 personnes dans la salle. Elles ont une attitude détachée, un peu à l’ouest. Elles jouent leurs morceaux sans conviction, comme si c’était la routine. Pourtant sur disques leurs mélodies pop sixties situées entre Shangri-La/Blondie/Bangles/Pretenders sont des plus agréables à l’oreille. Bref on se contera donc de leur plastique avantageuse, et du style vestimentaire soigné.



Malgré tout, cela ne nous aura pas empêché de passer une bonne soirée arrosée à la bière à 4 euros seulement la pinte ! Paris devrait s’aligner sur ce prix, au lieu de 5 euros le demi servi dans un gobelet en plastique.


Une semaine plus tard, soit le vendredi 20 décembre, on reprend le bus pour la salle Jacques Brel. A Fontenay, l’hommage à Jacques Brel est plus important que pour Gérard Philippe, il a droit a une belle salle de 1200 places. C’est ce qu’il fallait comme espace (car c’est complet) pour accueillir l’ex bassiste de Joy Division et New Order, le mancunien Peter Hook.


Mais avant de faire un tour dans le passé, la soirée a débuté avec Frankie Rose. Si son nom ne vous dit rien, peut-être que les groupes dans lesquels elle a tenu les baguettes de la batterie vous parleront davantage : Vivian Girls, Dum Dum Girls et Crystal Stilts. Depuis 2010, elle fait une carrière solo, avec à ce jour 3 albums.


Accompagnée par 3 musiciens, Frankie Rose au chant et à la guitare fait une musique new wave et pop des plus agréable. Les mélodies de la guitare flirtent avec le son des Cure avec des mélodies à la Cocteau Twins. A la différence des Dum Dum Girls, Frankie Rose et ses musiciens font partager leur musique sans faux pli. En live leur son pop devient plus rock, plus brut et prend sur les planches tout son intérêt. Belle découverte.


Une pose et place à Yuck. Ce groupe anglais fait une musique noise 90’s relativement classique. Ainsi pendant que les américains (Soft Moon, Crocodiles, Tamaryn), font du shoegaze cold au style anglais, les anglais de Yuck font un son noise ricain (Sonic Youth, Pixies, Pavement). En 2013 les jeunes Anglos saxon aiment leurs voisins soniques. En live, Yuck fait une musique certes convenue (dans le style) mais il faut le reconnaitre très efficace. Leur noise indé colle bien aux Converses et aux jeans délavés et déchirés.

On arrive à la clôture du festival avec Peter Hook et son groupe The Light (avec notamment son fils à la basse). Avant d’entrer dans la salle, cette inscription au bar : toutes les photos prisent au concert seront copyright Peter Hook.
Pour l’arrivé du groupe sur scène, au fond de la scène il y a le visuel de la pochette Unknown Pleasures. Un visuel bien représenté sur les t-shirts du public.



Pendant tout le concert, les visuels des pochettes de Joy Division et de New Order vont défiler derrière le groupe. Par contre Peter Hook aurait pu choisir de porter un autre t-shirt que celui d’un personnage de BD habillé en père noël. Pendant 90 minutes (rappel compris), Peter Hook va nous faire la machine à remonter le temps, soit le best of des 2 albums de Joy Division, Unknown Pleasures et Closer, quelques maxis et quelques titres drainés ici et là dans la discographie de New Order. Tous les classiques vont être joués dans des versions correctes. Les musiciens ont été bien briffés. Par contre autant la voix de Peter Hook passe relativement bien dans le répertoire de Joy Division, autant pour celui de New Order, c’est la cata. Sa voix grave et bourrue n’a pas la finesse du chanter « faux » de Bernard Sumner. Du coup, sur un titre c’est le chanteur de Yunk qui aura sauvé les meubles. Malgré tout Peter Hook est content d’être là (à cause du cachet ?), il se donne bien, même si on aurait bien aimé qu’il joue plus avec sa basse. Une bonne partie du public est conquis par la prestation du groupe. Ca bouge beaucoup dans les premiers rangs, mais aussi dans les places assises, où certains spectateurs se sont levés pour remuer leurs corps. Au final, un concert correct, mais quand même une petite pensée aux autres membres (Bernard Sumner, Stephen Morris et Gillian Gilbert), car malgré tout, le mister Hook joue avec les œufs sur le patrimoine, le dos des anciens membres des groupes respectifs.


Pour prolonger l’after concert, je vous conseille de lire le livre de Peter Hook Unknown Pleasures, Joy Division vu de l’intérieur (édition Le Mot et le reste). Il ne règle pas ses comptes avec ses collègues. Non, il nous raconte avec humour et le recul nécessaire, les dessous de la belle aventure de Joy Division, mais qui a malheureusement viré au tragique.

Au final, nous avons passé de bons moments avec les Aventuriers de Fontenay S/Bois, et vivement la 10ème édition qui devrait se fêter comme il se doit.

Photos : Paskal Larsen


www.festival-les-aventuriers.com/

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
chronique publiée le 31/12/2013

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