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Depeche Mode

+ Feathers
Bercy (Paris)
mercredi 29 janvier 2014

Le trio, formé à Basildon il y a plus de 30 ans, règne en maître incontesté de la scène électro pop. Forcément plus mûrs, les rois de la new wave ont progressivement changé de royaume mais n’en ont pas pour autant perdu leur couronne.

Dave Gahan se plait à dire que Depeche Mode fut d’abord le groupe que personne n’a compris puis que tout le monde a essayé d'imiter, et tout à coup le groupe dont tout le monde dit : « oh nous avons été influencés par eux ! ». Quand on pense que leur nom vient d'un magazine Français (disparu depuis), ça donnerait presque envie de se mettre à la couture ! Après un passage explosif au Stade de France en juin 2013, DM retrouvait ces 29 et 31 janvier "l'intimité" du POPB, pour la dernière fois avant sa future configuration en Arena.

DM est ici chez lui, depuis toujours. Un « something special » avec cette salle comme l’atteste le DVD tourné lors de l’Exciter Tour en 2001. Dans ce temple de la dévotion, la première date était attendue fébrilement par tous les fans prêts à vivre encore une fois une Black celebration. Le public est international. DM possède un socle de fanatiques qui sillonnent toute l'Europe (et plus... suivez mon regard !) à chaque tournée, prêts à camper devant la salle dès l’aube.

Feathers ouvre la soirée. Après les avoir écoutés à Montpellier une semaine auparavant, nous arrivons pour les deux derniers morceaux. C'est suffisant. Trop de manières, peu de charisme pour la chanteuse, au regard faussement habité. On se perd dans cette proposition brouillonne et récurrente. Pâle première partie à côté d'un Douglas McCarthy (au SDF) ou les prometteurs the Churves (dans les arènes de Nîmes).

Le DJ set commence, implacable, pointu, comme à chaque fois. On sait Martin L. Gore, auteur et compositeur du groupe, aux commandes de ces choix. La pression monte finalement gentiment. Le public parisien est quand même loin du fanatique public allemand. Les fans de la première heure sont maintenant parents d'ados pubères qu'ils ont tenté d'initier aux rythmes électro-synthétiques. Mais à bien y regarder la fosse de Bercy était en grande majorité foulée par des quadras au look beaucoup moins ravagé que celui des groupies des 90´.

21 heures, l'intro de Welcome to my world retentit, le groupe entre en scène, Bercy retient son souffle. Dave Gahan esquisse quelques pas de danse ensorcelants. Le public lui fait comprendre qu'il est lui aussi sur la piste, dans les starting-blocks et prêt à être embarqué dans cet univers sombre, romantique, synthétique. La veste tombe, Dave tourbillonne et endosse à merveille son rôle de séducteur, toujours entre ange et démon. Le capitaine du navire, c'est lui. S'il devait nous jouer Master and Servant ce soir, on sait très clairement qui serait le maître. Le partenaire du trio Anton Corbijn a encore fait un travail remarquable sur l'emballage visuel du show. Fin de Angel et avant Walking in my shoes, Dave Gahan faire retentir le célèbre "good evening Parisssssss" On chavire avec lui. Depuis près de trois décennies qu'il endosse parfaitement son rôle de frontman, c'est certainement le leader le plus charismatique que la scène porte aujourd'hui. Et les titres s’enchainent. Torse imberbe, bras et dos généreusement tatoués (That's how I like it, chéri, je te l’avoue aujourd’hui), Dave Gahan fait preuve d’une énergie incroyable. Une partie du groupe s'en va pour laisser la place à Martin Gore et Peter Gordeno au clavier. Martin reprend Slow, sensuel et bluesy du dernier album et But not tonight, face B de Stripped, deux titres habituellement chantés par Gahan. La voix de Martin sur cette tournée n'a jamais été aussi claire et juste. Il est concentré, appliqué, prêt à en découdre avec ceux qui trouvent encore que sa place n’est pas celle-ci. Les quadras arborant le t-shirt à la rose emblématique de Violator ont la larme à l'œil, le poil hérissé. Le meilleur de ce que fait DM est là, ce soir. On peut s'étonner tout de même de la rareté des titres joués de l'exigeant dernier album Delta Machine lors de ce second leg de la tournée d'hiver. La disparition de Soothe my soul, taillé pour le live, est inexplicable.

Retour du groupe en entier pour dérouler une setlist bien (trop ?) rodée. Behind the Wheel retentit et les derniers spectateurs qui étaient restés assis « parce qu’ils ont acheté une place assise » se lèvent. Le batteur Christian Eigner fait la démonstration de son talent. Il tape et tape fort ce 29 janvier. Sa dextérité donne du corps à chaque morceau. Arrivent les deux titres emblématiques que sont Enjoy the silence et Personal Jesus. Rappel avec le troublant Shake the disease par L Gore puis la version Halo de Goldfrapp qui ramènent un peu de calme. Just can't get enough réconcilie anciens et nouveaux fans dans une version assumée, un peu kitch. La complicité retrouvée est évidente, on retrouve des membres taquins. Même avec Fletch le mystère (pour ne pas oser Fletcher le glandeur) ! Membre fondateur du groupe, au clavier, sa présence sur scène reste une énigme. On sait qu'il aime les bananes, allusion à une blagounette des fans à qui rien n'échappe même pas l'encas riche en magnésium, potassium … hum ! On suppose qu’il est muni de doigts agiles mais pour le reste le mystère reste entier. 

Never let me down again vient clôturer ce concert. Le public attend que Dave Gahan lance ses célèbres "champs de blé" et agite frénétiquement les bras de gauche à droite pour un dernier moment de communion. Puis c'est le moment de se quitter, derniers regards pour la salle. Le groupe ne s'éternise pas. Après demain ils remettent ça. La salle se rallume. Nous sommes un peu KO, debouts, pas encore prêts à quitter le POPB. A chaque concert, c’est la même chose : on sait pertinemment qu’ils ne reviendront pas mais on ne peut s’empêcher d’espérer pendant quelques minutes. DM n’égrène ses tournées monumentales que tous les 4 ans. Alors on se sent un peu déprimé. Et si c'était la dernière ? Les exigences de Dave Gahan pour faire figurer ses titres sur les albums, ses incursions solo dans le groupe Soulsavers n'auront-elles pas raison de la cohésion du groupe ? Pourtant Dave nous l'a assuré : "See you next time". On savoure notre chance incroyable de les suivre encore après toutes ces années. On ne sait alors qui remercier pour les avoir sauvés des périodes sombres qui ont failli sonner la fin du groupe. Alors oui on peut regretter que les setlists ne soient pas plus audacieuses, ou soient trop statiques face au nombre de chansons incroyables que ce groupe a pu porter. N'empêche que ce soir encore DM a démontré son excellence ....

Setlist : Intro - Welcome To My World - Angel - Walking In My Shoes - Precious - Black Celebration - Should Be Higher - Policy Of Truth - Slow (Martin) - But Not Tonight (Martin) - Heaven - Behind The Wheel - A Pain That I'm Used To - A Question Of Time - Enjoy The Silence - Personal Jesus - Shake The Disease (Martin) - Halo - Just Can't Get Enough - I Feel You - Never Let Me Down Again

Photo live : DR


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auteur : L'Année Nice ! -
chronique publiée le 24/02/2014

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