11/12/2017  |  4922 chroniques, 162 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 05/12/2017 à 20:15:54
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Festival Levitation France

Le Chabada (Angers)
18 et 19 septembre 2015

Le temps d’un week-end, la ville d’Angers se transforme en capitale française du psychédélisme. Depuis 3 ans, juste après la rentrée des classes, le festival Levitation vient poser ses décibels avec une affiche aguicheuse. Si la programmation de la première édition (en 2013) était bien psyché (avec Black Angels, Night Beats, Dead Meadow, Dead Skeletons…, donc en rapport avec le sujet), cette nouvelle édition l’était beaucoup moins, mais cela n’enlève rien à la qualité des artistes choisis.

Les réjouissances commencent le vendredi à 18h sur la petite scène en extérieur avec The Blind Suns, un jeune groupe angevin. Leur noisy pop se laisse agréablement écouter, notamment pour leurs mélodies bien senties.

Ensuite on court dans la belle salle du Chabada, pour voir sur la grande scène, la timide Noveller. Elle semble bien petite et toute perdue sur ce grand plateau, pour nous jouer sa musique électro intimiste. Seule avec sa guitare et ses pédales d’effets, Noveller éblouie nos oreilles avec ses sons brumeux et cotonneux, proches de la new wave esprit du label 4AD. Magnifique prestation, mais son concert aurait encore prit plus d’éclat dans un lieu plus intime.

Retour sur la petite scène avec le duo SUPER pour 45 minutes d’électro new wave certes idéal en club, mais un peu cheap en extérieur sur le parking du Chabada. SUPER s’écoute à la nuit tombée dans une petite salle. En extérieur à 20h30, il perd de sa splendeur.

Par contre Indian Jewelry est très à l’aise sur la grande scène du Chabada. Ce groupe tribal et after punk va régaler nos oreilles pendant près d’une heure. Avec eux la rythmique est au cœur de leur musique et de leur show. Percussion et basse en avant pour un son bien anglais. Quelque part entre Can, The Fall et Gang Of Four, les compos d’Indian Jewelry sont un régal à écouter et à danser. Très bon live !

Arrive K-X-P, le premier groupe du festival à sonner en partie psyché. Vêtu de capuches, ce trio finlandais joue dans la pénombre, sous des fumigènes, une musique qui attaque pas mal au cerveau. Des rythmes tribaux, une voix proche de celle de Jaz Coleman (Killing Joke), des décibels en acier, avec K-X-P, on entre dans la 4ème dimension. On se serait cru dans un film de John Carpenter. Très belle prestation !

Changement de style avec King Khan & BBQ Show. En formation duo, nos héros masqués (échappés d’un nanar mexicain époque sixties) réalisent une musique rock garage brut et sauvage. Comme dans le meilleur des Cramps, leur prestation est un plaisir visuel et sonore qu’on aime partager avec ses voisins. Avec eux l’ambiance est chaude et bien rock’n’roll. Et dans ce registre, le public angevin connait son affaire (Les Thugs, Black & Noir). L’interaction du duo avec le public est au maximum. On retrouvera King Khan au merchandising pour la séance de dédicaces. On en profite pour se balader parmi les stands de disques des artistes présents au festival. Sans oublier le stand Levitation avec t-shirts, DVD sac et surtout les belles affiches en sérigraphies avec les groupes psyché du moment.

Wand (ne pas confondre avec le duo norvégien Wands) est un groupe indé de Los Angeles. Leur rock foutraque (grunge, math rock, pop) est sur la longueur assez casse bonbon. Malgré la bonne voix du chanteur, leur musique, à force de cassures de rythme, finit par nous lasser. Leur insolence n’est pas au point, on dirait qu’il cherche leur style.

Il est 23 heures, une pose bouffe en extérieur dans l’aménagement « food truck », histoire de reposer un peu les oreilles.

Malgré des projections psyché, Blanck Mass fait une musique électro/techno/ambiant. Seul derrière ses machines, on est à mille lieux de la prestation rock de King Khan. On se demande ce que fait Blanck Mass dans la programmation. Surement pour « l’esprit d’ouverture ». Nous on en profite pour discuter avec les potes et boire quelques mousses.

La soirée s’achève avec les vétérans Melvins. Eux non plus ne sont pas psyché dans le son, ni dans la coupe de cheveux de Buzz (plus proche de celle de Robert Smith en version poivre et sel). Avec les années de route, la musique de Melvins est rodée, et donc infaillible. Leur messe hard core grunge ne laisse pas la place à l’humour. Concentré comme des acteurs qui nous réciteraient un texte de Shakespeare, Melvins n’est pas là pour jouer avec le public. Ainsi interdiction de slammer sur leur métal rock lourd, de peur de déconcentrer les deux batteurs dans leur démonstration de solos. Placés au milieu de la scène, proche du public, les batteurs ne veulent pas être perturbés. Bon malgré le sérieux, c’est sûr, Melvins a du son, du gros son. Ca décrasse bien les oreilles. C’est ainsi que s’achève la première soirée.


Le lendemain, les festivités live commencent à 16h30. La région d’Angers étant très belle, on en a profité pour déguster le vin blanc local, se balader sous le soleil dans la belle campagne bien verte. A force de flâner on a raté Jim Younger’s Spirit, Dead Mantra, Casamance et Destruction Unit. Dommage. On commence donc nos concerts avec le trio suédois Death & Vanilla. Leur nouvel album To Where The Wild Things Are…, est dans le style pop/krautrock façon Broadcast et Stereolab: un petit bijou. L’album est vivement recommandé pour ses mélodies vintage magnifiques et une voix timide qui donne des frissons. Par contre sur scène, les membres de Death & Vanilla ont du mal à retrouver le son soigné de l’album. Le son est un peu faiblard, et le groupe est trop timide, trop posé. Dommage.

C’est bizarre d’avoir programmé Flavien Berger sur la grande scène. Ce jeune parisien vient de sortir son premier album sur le label psyché Pan European Recording. Seul avec ses machines, Flavien Berger réalise avec une belle aisance sur scène et parmi le public, une musique qui mélange pop, rock, disco et chanson. Avec son physique à la Forever Pavot, notre turbulent chanteur crée la surprise. Le public adulescent est enthousiaste, il aime l’ambiance boum, soirée dans une MJC que reflète la musique décomplexée du Berger. Entre Christophe, Suicide et Stereo Total , la musique de l’homme orchestre du Berger est vraiment fun… Radio.

Place maintenant à du lourd, à du vrai psyché avec Lumerians. Vêtu de capuches brillantes, Lumerians va pendant 45 minutes nous porter vers des astres intergalactiques. Principalement instrumentales leurs compos sont des joyaux sonores qui mélangent, prog, krautrock, acid rock et autres spectres cosmiques. Les envolées avec les projections aux images multicolores installent le public dans une transe pour dégénérés grillés aux drogues. Pendant cette belle prestation très intense, on en profite pour sabrer le champagne pour fêter l’anniversaire de Mathias. Boire une coupe de champagne en écoutant du Lumerians sous les images acid, c’est trop top.

Après ce grand moment live, on court pour voir Tess Parks & Anton Newcombe. On arrive au commencement du 3ème titre. La salle est pleine comme un œuf. Après les avoir vus dans la petite salle de la Maroquinerie à Paris, avec un excellent concert qui restera gravé pour longtemps dans les mémoires (Chronique ici ) , on était « un peu » inquiet de les voir jouer sur une grande scène. Et bien, plus d'inquiétude, le duo avec les 4 musiciens va pendant une heure combler les amateurs de son sixties à la Velvet Underground. Excité de les voir, le public leur fait un excellent accueil. Ainsi très détendue, tout en sourire, Tess Parks interprète les titres de l'album I Declare Nothing avec une grâce, à en perdre la tête. Les morceaux sont parfois repris par le public, qui en fait une interprétation qui rappelle un tube sixties des Stones, ou le tube Gloria de Them. Cela fait sourire Tess, qui continue à chanter sa version avec Anton. Quand un spectateur slam, elle lui dit de faire attention de ne pas se faire mal. Rien à voir avec le comportement des Melvins. Oui sur scène, ce groupe est vraiment touchant. Pas étonnant qu'après ce très beau concert, qu'il y ait une longue file d'attente au merchandising. Tess et Anton discutent et dédicacent avec plaisir pour leur public.

A peine le temps de s’en remettre qu’on enchaine avec les suédois hippies de Dungen. Eux aussi remplissent à fond le contrat du thème central du festival. Leur musique hippie/folk et prog semble échappée d’un champ de pavot, d’un chemin de Katmandou ou de la Corrèze. Mené par un chanteur « habité », Dungen est sur scène nettement plus électrique et plus prenant que sur disque. Le chant en suédois donne une couleur singulière à leurs compos parfois cosmiques. Si on écoute trop leur musique, on serait capable de se laisser pousser la barbe et les cheveux. Très belle prestation ! Par contre pas de suédoise sur scène.

Changement de style avec les pères de l’after punk, le groupe Wire. Formé en 1976, autant dire qu’ils font partie des vétérans de l’affiche. Et bien malgré les années, Wire a gardé intact son punk rock arty. Comme à l’époque (il y a 40 ans !), le son de Wire est une bombe d’énergie à donner des fourmis dans les jambes. Les membres du groupe ne bougent pas beaucoup, par contre leur musique fait bouger toute la fosse. Ca pogote, ça gesticule, ça ce bouscule dans la bonne ambiance. Les titres sont courts, compacts et intenses. Le son est direct, sans maquillage, sans fond de teint. Sans en faire des tonnes, Colin Newman (avec l’âge, son visage ressemble à celui d’une tortue) et ses acolytes sont au taquet ! Comme quoi le rock n’est pas qu’une affaire de jeunesse, Wire en est la preuve vivante.

Quelle drôle d’idée de ne pas avoir clôturé le festival avec Wire. C’est avec la dream pop de Melody’s Echo Chamber que l’on va se quitter. Bonne nuit les petits avec les mélodies posées et sucrées, exécutées sous des nappes légèrement psyché à la Air. Emmené par la chanteuse Mélody Prochet (avec son visage qui nous évoque Françoise Hardy et Lou Doillon), le groupe fait une musique timide et fragile. Les problèmes techniques feront du tort à sa petite voix à la Jane B. C’est ainsi que tout en douceur, s’achève la 3éme édition de ce festival à taille humaine.

Après 15 heures de musiques live, le lendemain on ira se ressourcer en partant ramasser des champignons (non hallucinogènes) et ensuite faire une petite visite à l'occasion de la journée du patrimoine.

Chronique de la 1ère édition du festival ici

Photo en intro prise par Paskal Larsen: King Khan avec la batteuse d'Indian Jewelry


fr-fr.facebook.com/levitationfrance

auteur : Paskal Larsen - pjulou@free.fr
chronique publiée le 16/10/2015

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