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Emmylou Harris

Le Bataclan (Paris)
mardi 2 décembre 2003

Tout le monde le sait, Emmylou Harris a chanté avec tout le monde. Même avec Midnight Oil (si, si, sur l'album Breathe, produit par son producteur à elle, Malcolm Burn). Dernièrement, on l'a entendue au début de l'album de Daniel Lanois. Mais lorsque celui-ci invitera sur scène Carla Bruni pour un duo (voir chronique sur ce site), ce sera pour un autre titre. Il faudrait être inconscient pour remplacer Emmylou par Carla.

La voix de Emmylou Harris, qui a traversé trente ans de country, de folk, de blues, de rock, c'est un souffle d'air frais sur le désert du Nevada, l'éclat d'un rayon de soleil sur un diamant. Certes, la patine du temps se ressent. Au Bataclan, habituel hangar à viande parisien transformé pour l'occasion en écrin grossier, avec sièges en feutre et tentures rouges au balcon, il a bien fallu deux ou trois titres à la chanteuse pour chauffer sa voix, en chasser les impuretés. De même que la play-list privilégie les trois derniers albums studio, ceux du second souffle orchestré par Daniel Lanois et sa bande. Un peu de Red dirt girl, donc, plus de Wrecking ball et beaucoup de Stumble into grace, le dernier en date.

D'où, aussi, ce sentiment réjouissant que, pour une légende de l'americana, Emmylou Harris ne s'appesantit pas sur son passé. Beaucoup d'humour de la dame, d'ailleurs, concernant son âge, ses compétences et ses mélodies à la sempiternelle mélancolie, à une ou deux exceptions près. Mais une pointe d'étonnement, quand même, à voir son public assis sagement. Et c'est vrai que le concert s'emballant, la tentation de la salle de se lever devient palpable. Epaulée par une formation réduite (guitare, batterie minimaliste et basse), la chanteuse fait en effet décoller assez vite le concert, les morceaux hyper-arrangés de Wrecking ball et Red dirt girl ne souffrant en aucun cas du dépouillement. C'est bien simple, sur un deux ou trois titres rock-à-trois-accords, on se croirait chez Steve Earle. Preuve que Emmylou Harris sait aussi s'acclimater au gros son.

Si la chanteuse évite donc les pénibles séquences nostalgie, elle n'allait certainement pas passer à la trappe l'hommage à June Carter (remerciée dans les notes de pochettes de Stumble into grace) et son homme. Lequel était présent dès avant le concert: pour faire patienter, les baffles de la sono diffusaient à la chaîne du Johnny Cash grande époque. Pas les remugles des productions Rick Rubin, non, les enregistrements Sun de la fin des années 50. Histoire d'annoncer la couleur.

Et puis, l'inévitable. Le fantôme du pygmalion, qui planera toujours au-dessus de la tête de Emmylou Harris. Gram Parsons sort de la terre de Joshua Tree avec Return of the grievous angel. Etrange effet, quand on est habitué à l'enregistrement original, que d'entendre Emmylou chanter la mélodie principale de Gram Parsons quand le guitariste Buddy Miller se charge, derrière, des harmonies assurées normalement par… Emmylou Harris. Moment d'intimité presque, entre la chanteuse et son histoire, ce type frêle et auto-destructeur qui acclimata le rock à la country (ou l'inverse), fit découvrir le genre aux Byrds et aux Rolling Stones (qui ne s'en sont jamais remis) et révéla Emmylou au monde. On cherche un superlatif, alors que la chanteuse referme déjà la porte aux souvenirs tristes. Mais c'est pour mieux y revenir, en rappel, avec Love hurts, toute en lenteur funambule. Une plume d'oie flottant dans l'air d'un bar désert, quand tout le monde est parti se coucher. La lumière se rallume, Johnny Cash revient maugréer dans les enceintes. Nos larmes ne sont pas encore sèches. Oubliez Carla Bruni, ça donne froid.


www.emmylou.net

auteur : Arnaud Devillard - arnaud.devillard@libertysurf.fr
chronique publiée le 02/12/2003

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