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Happy birthday La Coopé ! - Hommage à Serge Gainsbourg (Gilles Verlant, Bambou, Lulu, Bruno Blum)

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
vendredi 7 mars 2003

En ce week-end du 7-8 Mars, la foule des grands soirs était attendue à la coopé, le temple auvergnat de la musique, pour y souffler dignement ses 3 bougies.
La presse du coin venue en nombre donnait une importance méritée à cette manifestation promue par une mairie qui a beaucoup misé sur la coopé ces 3 dernières années, et ne peut que s’en féliciter (175 000 spectateurs, 700 artistes, des prix très abordables, des soirées ouvertes à tous…).

Pour cet anniversaire, quartier libre était donné à la musique et au personnage de Serge Gainsbourg. Pourquoi Serge Gainsbourg me direz-vous ? Il ne venait pas de Clermont-Ferrand, n’a jamais joué à la coopé, et encore moins mentionné la ville dans ses chansons. Et pourtant, il est à l’honneur pour l’inauguration de cette première rue en France à porter son nom, une rue qui doit être sûrement d'ailleurs la plus courte de la ville (un seul numéro), mais qui contient la Coopé, temple du son et lieu de bien des béatitudes, qui tire tout bêtement son nom de son lieu de construction (en lieu et place d’une ancienne coopérative Michelin) à 2 pas de la place du premier Mai…

L’équipe dirigeante s’était fait un pari en arrivant : que le nom de la nouvelle rue qui allait abriter la coopé porte le nom d’un musicien (Didier Veillault, directeur de ce centre de musiques actuelles y était sensible pour avoir été hébergé de longues années rue « Rory Ghallager », l'adresse de la salle du Plan, à Ris-Orangis, dont il fut le dirigeant). Pari que l’adjoint à la culture de Clermont a relevé, et réussi. Chapeau!

Mais revenons à la soirée.
A 19h a lieu le premier hommage à Gainsbourg : une conférence réunit Bambou, dernière femme du grand Serge avec son fils, Lulu (qui avait brillé au piano quelques heures auparavant sur Clermont première), Gilles Verlant, auteur d'une biographie-référence, actuellement à sa nième ré-édition, et Bruno Blum, porteur depuis quelques années d’un projet de réarrangement des disques reggae de Gainsbourg, tout juste revenu de Jamaique avec la version finale (sortie prévue le 11 Mai, fête nationale de la Jamaique qui pleure chaque année en ce jour le Dieu Marley).
On brûle notamment d’écouter le Marilou reggae 2003, de l’excellent « homme à la tête de chou» qui, comme nous le rappelle Blum, avait été joué par des musiciens anglais ne connaissant pas du tout le reggae. Le résultat étant pourtant plus qu’étonnant…

Gilles Verlant, aux commandes pour animer le débat, enchaîne les questions à Bambou, dévoile des anecdotes (le 5bis rue de Verneuil et sa constellation de tags, qui peut être un jour deviendra une fondation, la vraie-fausse légion d’honneur chapardée par le minot de 9 ans d’un bistrotier, et fièrement portée par Serge…), nous entraîne aux « mardi de la chanson », en face de l’Olympia au milieu des années 60 où Gréco, Barbara ou Gainsbourg ont fourbu leurs armes en défenseurs de la vraie chanson française contre la vague des yé-yé.
Bruno Blum est à son tour questionné sur son projet jamaïcain, qui, comme il le rappelle, n’est pas une commande d’une maison de disques (en l’occurrence Universal, qui détient les droits Gainsbourg) mais que c’est un projet personnel, puis familial car ayant l’aval des héritiers Gainsbourg. On se laisse doucement bercer par la conférence, le public est sollicité, profite de la présence de Verlant pour remettre le doigt sur tel concert entendu (le concert au Palace 81, petit bijou affreusement mal mixé et donc sacrilège- pour l’instant). Verlant et Bambou s’en sortent à merveille. Seul faux pas : on apprend à regret que Charlotte devait venir, mais a annulé il y a deux jours. Dur…

Lulu est enfin sollicité pour une dernière question du public et doit affronter sa timidité : souhaite-t-il composer, lui qui aurait hérité de son père, et encore plus de son grand père, le doigté au piano ?- ce à quoi il répond « je ne sais pas ». Fin du débat.

Le choix entre deux ambiances se pose alors, en attendant 22h30 et le passage de Bruno Blum aux platines : piano bar dans la petite coopé ou premier mix sur Gainsbourg. On papillonne entre les deux, et on retiendra juste que l’on a certainement entendu lors du premier mix le pire de ce qui avait pu se faire sur Gainsbourg avec des reprises improbables, notamment une de Saez (a-t-il récidivé ?) qui nous a gratifié d’un je t’aime…moi non plus d’anthologie. On pensait connaître le pire de cet artiste. On en découvre tous les jours…

Enfin 22h30, la soirée est molle, la musique plus que moyenne, Blum arrive aux platines. Il n’a pas changé depuis la conférence, toujours la coupe yé-yé, la chemise tahitienne délavée et son incroyable sens de l’humour (« vous connaissez Gainsbourg ? », « vous êtes toujours là » (20ème fois), « vous croyez que ça passera sur NRJ !!! », « moi j’entends ça j’en achète un » et enfin le meilleur pour la fin, toutes les 3 minutes « sortie le 11 Mai chez Universal »).

On se bat donc pour écouter la musique au milieu de ses conneries, surtout qu’il hurle dans le micro et massacre les morceaux aux platines (basses intenables, voix en retrait, balance atroce, rien moins que le pire son de la coopé de ces trois dernières années !).
Il passe 10 secondes d’un morceau, enchaîne sur un autre, revient en arrière. On se bouche les oreilles et crie grâce… C’est inaudible. Un filet de voix réussit quand même à percer. On reconnaît Gainsbourg, au milieu des cuivres, d’un rythmique assourdissante, de milliards de chœurs. C’est lourd, surchargé, la voix ne s’y prête pas. Les premiers contacts avec sa musique sont atroces, alors on joue à reconnaître les titres.

Enfin arrive le single tant attendu, celui qui, espère-t-on chez Universal (pas Blum, voyons…), passera sur NRJ, la radio des D’jeunes et de la bonne Zique qui fera décoller les ventes. Marilou reggae 2003 arrive, et avec elle une plutôt bonne surprise.
L’adaptation est légère, des choeurs ont été rajoutés, la rythmique est plus tonique mais tout en respectant la voix. C’est assez dansant et on se met à penser que si quelques curieux entendent ça sur NRJ et vont fouiller la discographie Gainsbourg, Blum aura gagné son pari.

Il enchaîne les versions dub (toutes les chansons du double CD de Blum auront les deux versions, le dub avec le DJ improvisant en direct sur la musique étant le sport national jamaïcain !), beaucoup plus faibles. Il faut dire qu’il n’est pas vraiment dans le ton avec ses blagues… On partira avant la fin, en ayant entendu quand même aux armes etc chanté en jamaicain sur une nouvelle rythmique. Un régal. Blum dira d’ailleurs une des seules paroles sensées de son mix : « passera-t-elle au couperet de la nouvelle loi Sarkozy pour atteinte à l’hymne national ? ».

La première écoute de l’album est donc plutôt mitigée. Pas mal de chansons massacrées perdant leur finesse sur des rythmiques trop appuyées, tombant dans les travers du mauvais reggae. Un manque d’originalité évident tant qu’on s’astreint en plus à garder la voix de Gainsbourg. A quand un vrai projet original ? Bambou a mentionné le projet d’artistes anglophones de réarranger à leur sauce des chansons de Gainsbourg. Bloqué pour l’instant par les maisons de disques, mais ne perdons pas espoir. Avec toute cette génération d’artistes qui se revendique de Gainsbourg (Melody Nelson n’est-elle pas revenue pour Beck ?), on peut espérer un vrai projet. A moins que tout cela soit formaté pour faire un maximum de ventes.

On pourrait conclure sur cette question d’une auditrice à Bambou lors de la conférence, qui s’inquiétait des réarrangements de l’œuvre du maître: -« que penserait Gainsbourg de tout ça ? » « Il en serait flatté. » C’est déjà ça…


www.lacoope.com

auteur : Seb le coopernaute - seb@foutraque.com
chronique publiée le 14/03/2003

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