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Belle & Sebastian

La Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand)
mardi 16 mars 2004

A la question « Laisseriez vous votre fille épouser un Belle & Sebastian ? », tous les parents du monde répondent : « oui, sans hésitation ! ». Les réticences éventuelles devant un groupe de rock en cuir (au hasard, The Stooges) disparaissent en voyant sur scène le leader de B & S ; sa tête de séminariste bienheureux et son look aussi inoffensif que propre sur lui (ni jeans troués, ni cheveux longs et gras) font qu’on lui accorderait le Bon Dieu sans confession... et la main de sa fille. Mais les Ecossais pop et leur leader ont bien d’autres qualités susceptibles de charmer les parents… et leur progéniture !

Pour séduire ces différentes catégories de publics, les sept musiciens ne font pas trop de bruit, pensent à accorder leurs instruments, à jouer correctement leurs chansons pop/folk, tout en plaçant quelques parties de trompette (très important, la trompette !). Et s’ils s’autorisent des solos de guitares (parfois à l’unisson, c’est énorme), on ne peut parler d’incontinence guitaristique caractérisée comme chez Canned Heat ou Vanilla Fudge, aperçus dans les parages récemment. Le respect du public, c’est important aussi : une section de cordes vient renforcer la formation originale et de multiples efforts sont faits pour restituer les arrangements studio avec des sifflements, des parties d’harmonica, de violoncelle, de claviers etc.
Dès leurs débuts en 1996, les sept musiciens avaient pris soin de prendre un nom n’incitant pas à la débauche ou à la rébellion - contrairement aux terrifiants Black Rebel Mortorcycle Club. Le feuilleton français Belle et Sébastien encourage plutôt à être sage et à prendre soin des animaux ; à l’heure où l’émission Trente millions d’amis est gravement menacée, il est important de réaffirmer le plus fréquemment possible son attachement à nos amis les bêtes. Poser dès 2002 entouré de chiens n’était donc pas anodin et témoignait déjà d’une grandeur d’âme rassurante…
Le choix du nom charmant et bucolique de Belle & Sebastian prouve la francophilie jamais prise en défaut de nos amis anglo saxons… Reprendre délicatement sur scène Comment te dire adieu de l’astrologue de droite Françoise Hardy ou chanter - dans un français approximatif certes - un de ses propres morceaux dans notre langue étant deux preuves supplémentaires de l’amour sincère de B & S pour notre délicieux pays.
Pour rassurer tout le monde, il est également important d’avoir un comportement irréprochable, chaque geste déplacé pouvant être pris en exemple par une jeunesse en manque de repères. A ce titre, ne pas fumer sur scène, ne pas boire d’alcool avant de débuter un show, ne pas porter des lunettes de soleil pour cacher des pupilles dilatées par la drogue et boire de l’eau de Volvic - dont la source se trouve non loin de Clermont-Ferrand et de la Coopérative de Mai - sont des actes de nature à permettre à tout le monde de vivre aussi longtemps que Henri Salvador
Enfin pour asseoir sa popularité, il est important d’autoriser la radiodiffusion en direct du concert sur France Inter dans l’émission de Bernard Lenoir, un viril sexagénaire coiffé comme Eddy Mitchell. Ainsi, en plus des 800 personnes réunies dans la salle, la France entière peut passer une soirée de rêve en se laissant bercer par les incunables du groupe (The stars and track Field, Get me away from here I’m dying, Expectations, Women’s realm, Dirty dream number two, Dog on wheels, I fought in a war) ou les dernières perles de l’album Dear catastrophe waitress (Step into my office baby, Wrapped up in books, Asleep on a subeam, Lord Anthony, I’m a cuckoo, Piazza, New York catcher, Roy Walker… ). Les fans de la première heure (très sensibles au T-shirt The Smiths arboré fièrement par Stuart) comme les plus récents adeptes sont donc comblés et peuvent déguster ensemble une drolatique et excellente version électro eighties de Stay Loose avec boîte à rythme énorme, voix trafiquée et tout le toutim…

Comme si cela ne suffisait pas après ces démarches de séduction tous azimuts, entre deux morceaux Stuart Murdoch fait asseoir les garçons pour mieux repérer où sont les filles. C’est trop facile, voire carrément honteux de profiter ainsi de son statut de rock star ! Mais rien ne sert de s'énerver, quoi que ce jeune homme fasse, c'est séduisant... Par exemple, un peu plus tôt, même sa petite tentative pour casser son image de gendre idéal n’y avait rien fait : quand il encourage les gens à dire des grossièretés sur les ondes de France Inter, cela reste malgré tout charmant. Mieux vaut se rendre à l’évidence : Belle & Sébastian et Stuart Murdoch sont i - rré - sis - ti - bles !


www.belleandsebastian.com
www.roughtraderecords.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 18/03/2004

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