20/05/2019  |  5193 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 20/05/2019 à 17:50:59
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Fabulous Muscles

Xiu Xiu
Acuarela / Discograph - 2004

Un sexe en érection tendu comme un arc serré dans une main, un militaire, probablement américain, en position horizontale pour faire des pompes, un fusil d'assaut pris en gros plan et un jeune garçon les yeux bandés illustrent le livret du nouvel album de Xiu Xiu (prononcer Shoe Shoe), intitulé Fabulous Muscles. La couleur rose bonbon de la pochette est clairement décalée avec le contexte fort, puissant, brutal et sombre des textes et musiques. La morosité ambiante fait de ce disque un objet bizarre, conceptuel loin de toute hype ou revival médiatique. Jamie Stewart semble torturé et perturbé par une enfance qui a dû le marquer, comme cela ressort clairement du titre Mike, où il évoque des rapports pédophiles, père/fille et père/fils, sujet plutôt brûlant mais nécessaire pour peut-être se débarrasser de ce poids et passé terribles. Ce mec influencé autant par Joy Division (beaucoup voient en lui un nouveau Ian Curtis), que les Smiths ou la techno de Detroit, provoque volontairement et déstabilise avec une certaine joie son public, notamment en mettant sur la pochette de A Promise un jeune garçon asiatique nu, à genoux sur un lit tenant une poupée la tête à l'envers.

La provocation, d'accord, mais qu'est-ce que représente sa musique ?

Vous pouvez oublier tout ce que vous avez déjà pu entendre. Parfois minimaliste, acoustique ou électronica, sa musique s'impose d'elle même et vous obsède. L'ouverture sur Crank Heart paraît difficile. Pourtant quand se pose la voix de Jamie, on a l'impression d'être happé, bousculé, sucé jusqu'à la moelle. C'est clair, sa musique est déstructurée, sa voix donne le frisson mais en même temps c'est étrangement attrayant. Quand sonnent les premiers accords de I Luv The Valley Oh, je m'abandonne à écouter cette voix qui m'habite, qui me prend et me vomit sur des La la la la et autres hurlements dérangeants. La basse sonne comme sur Pornography des Cure, lourde et sombre, comme si d'un seul coup, je pouvais entendre au loin : I must Fight This Sickness… Sur Support Our Troops OH !, titre contre la guerre et ses atrocités (existe-t-il des guerres « propres » ?) la musique est stridente, les cordes crient, les hommes souffrent et le texte apporte une touche écœurante à la barbarie ambiante. La ballade guitare/voix, Fabulous Muscles, paraît sensible et mélancolique jusqu'au passage : Brûle moi après avoir joui sur mes lèvres. Cette chanson renvoie à la musique de Cat Stevens. Le reste ne fait partie que du tout, inutile d'en dire plus ici. Vous aurez compris qu' avant d'écouter Fabulous Muscles, vous n'omettrez pas de prendre une dernière inspiration, car du début jusqu'à la dernière seconde de ce disque hors du commun, vous vous arrêterez de vivre. Oppressant et horriblement touchant à la fois… âmes sensibles s'abstenir !

A lire également, le compte-rendu du concert de Xiu Xiu donné au Point Ephémère (Paris), le samedi 13 novembre 2004 (Festival Musiques Volantes).


www.xiuxiu.org

chronique publiée le 03/12/2004


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