20/05/2019  |  5193 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 20/05/2019 à 17:50:59
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L'ombre sur la Mesure

La Rumeur
Capitol / EMI - 2002

« Une rumeur c’est une information non vérifiée qui circule… Les rumeurs font partie d’un événement un peu traumatisant qu’il faut expliquer… Cette rumeur, elle a un fondement, les choses que vous avez envie de croire, et c’est ce que vous pouvez croire… La rumeur, c’est le cachet, c’est ce qu’on cache, ce qu’on ne devrait pas savoir…»

Voilà, les présentations sont faites avec la poésie fine au ras du bitume et aux abords des cieux du groupe La Rumeur. Oubliez Regain de Tension, célébré deuxième album du crew dégueulé trash et dark, aux samples électro trop tranchants. Oubliez aussi les feux de l’actu sur Hamé, ce simulacre de procès qui abîme la France résistante à Raffarin, de la poudre à gâteau pour gâteux, emblématique (le procès comme le politique) de notre époque de merde. C’est dans cet insurpassable L’ombre sur la Mesure (2002) que vous trouverez tout et surtout des musiques cinématiques sur (avec ?) les textes des écrivains français les plus lucides de leur temps, Ekoué, Hamé, Mourad et Philippe.

Le (sombre et terrifiant) Prédateur Isolé fait les présentations et affiche les intentions et les valeurs du crew.
« Quelques années d’absence à réfléchir dans mon coin, cogiter ce premier album dans des conditions de chien, je n’en ressors qu’amer, encore plus aigri que la main d’œuvre ouvrière dans les salons de l’aristocratie / J’injecte du sens là où ne trouve que du sample, jette de l’encre noire épaisse sur leurs traces… / La Rumeur, groupe censuré, ce n’est pas une surprise ! Si ça peut rassurer les gros pédés qui ne rappent plus que pour le show biz, c’est sans équivoque, à notre époque, c’est grave. Je lirai leur testament en leur montrant leur cadavre déchiqueté au rasoir / Les réfractaires à mes rimes pourront aller se rasseoir sur d’incandescentes braises, avec ce bel hommage rendu à la chanson française… »

Colonisation, Insécurité, Intégration, ces sales gros mots de dominants, ils s’en balancent. Cultivés, les quatre gaillards les éliminent et redonnent une dignité à leurs parents et à leurs frères et à tous ceux qui sont morts (album dédié à tous nos disparus). Pas symbolique, mais plus que tout nécessaire. Le quotidien de leur banalité devient poème incisif spontané, et racisme, (in)justice, drogue, violence, ennui, des maux enfin domptés en un flow-flux caustique, dense, mélodique, musical et tripant. Des Petites Annonces du Carnage spoken, Moha sur l’enfermement carcéral ou Premier Matin de Novembre orientalisant, Ecoute le Sang Parler à l’africaine, 365 Cicatrices rap old-school éblouissant en demi-teintes sur l’esclavage, Le Cuir usé d’une Valise est plus jazz, et, surtout, ce Silence de ma Rue, du Clouddead avec des paroles intelligibles et intelligentes.
Au lieu de se retourner sur le so cool so hype hip hop underground intello US, nos petits frenchy prétentieux branchouilles feraient mieux de louer cet indispensable L’ombre sur la Mesure et de dégueuler sur leurs futures tombes la honte qui leur défonce les tripes. La bile aux lèvres, un peu plus lucides, peut-être qu’ils réaliseraient la sinistre vacuité de leur existence.

Un immense disque populaire, à faire écouter aux petits et aux grands.


www.larumeur-records.com

chronique publiée le 06/12/2004


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