15/09/2019  |  5229 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 01/09/2019 à 18:56:09
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Ruby Blue

Roisin Murphy
The Echo Label - 2005

Matthew Herbert s’est toujours fait remarquer par ses productions aussi éclectiques qu’incongrues dans l’univers du collage sonore, où l’excellence et l’indigent se côtoient constamment.
On le connaissait ironique et cynique avec le disque The Mechanics of Destruction de Radio Boy, où il fustigeait la société de consommation et ses multinationales en samplant et destructurant (parfois en temps réel lors de ses shows) le bruit d’un caleçon Gap déchiré ou alors un emballage Mac Donald's compressé et malmené par ses mains habiles et son esprit ludique.
Son hétéronymie symptomatique d’un jeune adulte en proie à la schizophrénie musicale n’était que la partie émergée du mystère Matthew Herbert, car son insatiable curiosité l’a souvent amené à des collaborations remarquables, en particulier avec Donna Regina ou encore avec Dani Siciliano qui l’avait accompagné sur son album Around The House.
Cette recherche de muse inspiratrice, on la retrouve aussi de façon éloquente avec Nancy Sinatra et Lee Hazlewood, ou Diane Warwick et Burt Bacharach, mais la comparaison s’arrête là car Matthew Herbert n’a pas la carrière de ces 2 géants de l’histoire de la Pop.
L’inconvénient (ou l’avantage) de l’Electronica est qu’elle n’a pas réellement d’histoire et peu de légitimité car peu ou prou de traces humaines dans sa musique.
C’est là que le vrai talent de Matthew s’exprime, au-delà des éventuels clivages Pop-Electro-Collage sonore-Musique Concrète : une propension à dilapider les frontières pour être avant tout ludique, créatif et profondément hédoniste.
Passer de la provocation anti-capitaliste à la ritournelle mainstream (et un brin commerciale), il n’y a qu’un abysse qu’il franchit allègrement avec la légèreté d’une gymnaste et l’insolence d’un meneur de jeu.
En débauchant Roisin Murphy échappée de Moloko, il a trouvé la compagne idéale pour ses gymkhanas sonores car il mélange avec brio bijoux mélodiques pop et arrangements électroniques somptueux de finesse (et oui c’est possible !...), le tout dans un écrin ubuesque.
De la house expérimentale à la Wishmountain avec une mélodie en montagne russe digne d’un Tim Burton qui se met à manipuler un sampler sur Ramalama (Bang Bang), aux guitares saturées à la Martina Topley-Bird ou Joan Jett (au choix) sur Ruby Blue qui se croient dans le bayou en train de jouer une partie de poker avec Tom Waits, jusqu’au funk blanc sous obédience ABC sur If Were In Love ; ce disque est un vrai labyrinthe où il fait bon s’égarer ; une sorte de mutant engendré par la copulation de l’univers de Kurt Weill et de son esprit « Lego » électronique.
De ce périple surréaliste, on retiendra un disque inclassable qui ne fera pas long feu dans les bacs des disquaires; mais de ça Matthew Herbert et Roisin Murphy se foutent sans doute royalement…


www.roisinmurphy.com
www.matthewherbert.com
www.echo.co.uk

chronique publiée le 07/06/2005


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