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Push Barman To Open Old Wounds

Belle & Sebastian
Jeepster - 2005

« Est-on triste parce qu’on écoute de la pop musique ou écoutons-nous de la pop musique parce qu'on est triste ? » se demandait Nick Hornby lors d’une digression de son cultissime Haute-Fidélité. Les disques de Belle and Sebatian sont-ils là parce qu’il existe des espoirs d’amours déçus, des cours de SVT et des peaux grasses, ou seulement parce qu’on ne pourra jamais sans passer ? Les chansons de Belle and Sebastian ressemblent à de petites créatures fragiles. Elles ne quittent leurs chambres d’adolescents et leurs posters des Smiths, que sous la contrainte. Bien trop délicates pour se mélanger avec leurs petits camarades qui moquent ses manières : la voix chevrotante, la trompette pour fanfare, la batterie anémique et ces tics de garçons et filles trop bien élevés.

Pourtant, Stuart Murdoch a écrit la plus belle chose au monde. Elle s’appelle The State I Am In. Il vient tout juste de couper le cordon ombilical du groupe, qu’il faut donner suite à ce petit miracle. Mais la suite sera une succession d’albums aussi vitaux que de l’O² dans l’air. Entre deux de ses chef-d’œuvres, Belle and Sebastian glisse des maxis singles de quatre titres et notre petit monde va mieux pour un temps. Si ce format romantique n’a pas survécu aux années 90, ces Ecossais ne peuvent pas se résigner à le jeter au grenier comme un vulgaire minitel. En tout, sept objets pop touchés par la grâce où les diverses marottes de son songwriter, Stuart Murdoch, s’échangent des baisers humides. Voici un garçon qui a allumé trop de cierges sur l’autel de Felt, passé trop de nuits à rêver de Jean Seberg, trop écorné l’Attrape-cœur, trop prié Dylan et trop crû que les gentils, les chétifs, les timides puissent l’emporter à la fin.

Mais Belle and Sebastian n’est pas qu’un groupe tire-larmes. Au long de ces vingt-cinq titres (réunis dans un super coffret deux CD), on secoue du badge sur de la pop sixties (Legal Man), on marivaude sur du piano bar (Jonathan David), on triture une innocente bluette pop à coups d’orgues religieux, on tombe amoureux d’Isobel Campbell (The Gate) et on ouvre quand même les vannes (This Just A Modern Rock Song). Enfin, il y a ces textes qui ressemblent à des nouvelles où des filles perdues croisent des garçons sans but dans des villes trop grandes pour eux. Le cynisme et la frime n’existent pas dans cet univers calfeutré. L’adolescence semble ne jamais finir.

Il ne faudrait jamais décrocher les posters de sa chambre.


www.belleandsebastian.co.uk
www.jeepster.co.uk

chronique publiée le 18/07/2005


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