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Come on feel the Illinoise

Sufjan Stevens
Asthmatic Kitty - juillet 2005

Sufjan continue son pari fait en 2003 d’écrire un album sur chacun des Etats américains, et après un Michigan inaugural, il nous revient très inspiré avec ce qui restera certainement le plus grand album fait sur l’Illinois, Etat célèbre pour Chicago et son industrie autrefois florissante. Bien sûr, on n’essaye pas de vous vendre ici un guide touristique, mais on vous incite plutôt à feuilleter un album riche en couleurs, composé de vignettes très symphoniques, aux arrangements élaborés et à l’inspiration franchement riche.

Tout d’abord un mot sur les titres de l’album : Sufjan arrive presque à égaler le franchement barré Jad Fair, lorsqu’il décida de composer un album entier avec Yo La Tengo autour de titres surréalistes qui auraient pu faire la une de tabloïds racoleurs type « J’ai été enlevé par des extra-terrestres déguisés en Elvis Presley ». Ici, Sufjan y va franchement avec des « They Are Night Zombies !! They Are Neighbors !! They Have Come Back from the Dead !! Aaaahh !! » immédiatement suivi de « Let's Hear That String Part Again, Because I Don't Think They Heard It All the Way Out in Bushnell »… et il y’en a 23 comme ça !

Les morceaux sont, comme sur son précédent opus, dans un registre pop-folk luxuriant. Véritable catalogue d’Americana, on y retrouve un banjo typique et des arrangements très American Symphony. Véritable catalogue d’Americana aussi les thèmes abordés. Stevens, à priori empreint de mysticisme et très certainement catholique convaincu laisse percer dans ses textes une douceur et un humanisme qui ici ne paraissent pas gnangnan, et il arrive même à tordre salement la tête de ses auditeurs sur un des titres majeurs de l’album : John Wayne Gacy, Jr. Là, il raconte le plus humainement possible la vie de John Wayne Gacy, tristement célèbre pour avoir été un des plus grands serial-killers du XXème siècle, se déguisant en clown pour amadouer ses jeunes victimes. Pas de pathos ici, pas de vénération douteuse, juste l’histoire triste d’un homme qui a cédé à ses penchants les plus sombres. Exemple le plus flagrant de l’humanisme qui empreint cet album. Cette chanson, comme beaucoup d’autres sur ce disque, est dans une tradition de grandes ballades folk, certaines des chanson de cet album faisant parfois penser à Neil Young, voire Nick Drake. Quant il interprète ces morceaux là, Sufjan laisse percer une pointe de nostalgie pour une certaine Amérique, impression renforcée par certaines sonorités, telle celle du piano qui revient de temps en temps, sonnant comme celui de Vince Guaraldi lorsqu’il illustrait sonorement les aventures de Snoopy et des Peanuts. Comme une envie de se recroqueviller sous sa couverture l’hiver venu pour regarder les aventures de ces losers pop magnifiques, de se vautrer dans une mélancolie zen. Sufjan serait-il une version grandie de Charlie Brown qui aurait piqué le piano de Linus ? (pour confirmation sur cette espèce de nostalgie et sur les côtés spirituels du Sieur, consulter aussi les albums de chansons de Noël qu’il a enregistré et dans lesquels il arrive à rester sérieux, moderne et touchant).

Heureusement, pour relever l’ensemble, et pour mettre en valeur ses talents (énormes) d’arrangeur, Stevens n’oublie pas que les Etats-Unis ont aussi été la terre sur laquelle ont poussé quelques uns des plus grands artistes pop symphoniques et il construit de petites cathédrales soniques telles que ChicagoCome on ! Feel the Illinoise !... ou mieux encore un The Man from Metropolis… électrifié à épisodes qui nous fait espérer qu’il fasse un album entier dans ce registre où il excelle et pourrait damer le pion à beaucoup de prétendants au titre de roi du power pop.

Bref, Sufjan Stevens rappelle à notre bon souvenir une Amérique que nous avons toujours adoré et qu’on aurait tendance à oublier ces temps-ci. Le meilleur ambassadeur des USA ? Peut-être… Un artiste majeur à surveiller précieusement ? Sûrement !


www.sufjan.com

chronique publiée le 28/08/2005


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