19/08/2019  |  5224 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 18/08/2019 à 16:59:18
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique disque
Live In Groningen (Holland) 26.10.1980

A Certain Ratio
Les Temps Modernes - 2005

Le propre d’une réédition, c’est de permettre aux béotiens de découvrir un groupe maintes fois cité dans des revues de référence, et de déclencher les glandes lacrymales des nostalgiques qui avaient connu émois et frissons à leur écoute.
Pour ma part, je me situerais entre ces 2 pôles puisque c’est un sentiment mitigé qui m’assaille…
Depuis quelques années, on déterre avec un opportunisme obséquieux d’anciennes icônes Post-Punk et le nombre de décades faisant, l’exhumation des défunts montre des œuvres artistiques plus ou moins décaties.
A Certain Ratio fait figure de précurseur dans l’évolution de la première vague punk (Sex Pistols, Buzzcocks, The Adverts etc…), car le groupe a su synthétiser toutes sortes d’influence artistiques « a priori » antinomiques par rapport aux valeurs du Punk. Effectivement, qui pouvait mélanger Northern Soul, P.funk, musique brésilienne, Punk, accoutrements néo-colonialistes (baggy-shorts, chemises militaires) en étant peinturluré de couleur dorée de la tête aux pieds, sinon ce quatuor mancunien managé par la main de fer dans un gant de velours de Tony Wilson
Trente ans après, on a du mal à mesurer l’influence d’A Certain Ratio sur les nouveaux groupes, car déjà à son époque, de Liquid Liquid en passant par 23 Skidoo, tous ceux qui avaient eu l’opportunité de les entendre ou de les voir sur scène étaient tombés sous le charme de ce groupe singulier ; même David Byrne (Talking Heads) ne s’y était pas trompé puisqu’il leur avait laissé la première partie de leur tournée en Angleterre en 1979.
Malgré une myriade d’albums plus ou moins réussis (9 en 17 ans !), A Certain Ratio s’avère remarquable plus sur des poignées de singles ou sur quelques morceaux piochés au hasard de leur discographie.
En 1979, ils se faisaient remarquer par leur extraordinaire reprise des Bandarras, Shack Up ; démontrant que Funk enlevé et Punk sautillant pouvaient faire bon ménage. La suite, malgré un patronyme « fascisant » (atténué par la présence du batteur d’origine africaine Donald Johnson), se poursuivra cahin-caha dans l’ombre de Joy Division et d’une filiation pesante, colportée par des tabloïds fascinés par les soubresauts noirs et romantiques des productions du label Factory.
Ce quiproquo leur collera à la peau jusqu’à leur relifting, au travers des diverses rééditions qui fleurissent les étals de vos magasins de disques préférés.
Ce live sera une aubaine pour se faire une idée négative ou pas de cette musique incroyablement novatrice et mystérieuse, à mi-chemin entre Miles Davis, période Get Up With It, par sa trompette fantômatique, Can par la rythmique de transe imposée par un batteur surdoué sur le morceau Winter Hill - où Donald Johnson tape sur ses fûts comme un damné, envoûté par un sort vaudou- et James Brown par sa teinte funky très opiniâtre.
A partir de 1981, A Certain Ratio débauchera une femme (Miss Tilson) dans ses rangs et sa musique deviendra soudainement plus sensuelle et exotique en même temps qu’elle puisera ses influences dans la musique brésilienne ; mais ceci est une autre histoire !


home.wxs.nl/~frankbri/

chronique publiée le 30/08/2005


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire