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You Could Have It So Much Better

Franz Ferdinand
Domino / PIAS - 3 octobre 2005

Et voilà, le tournant auquel les 4 Ecossais sont plus qu’attendus, après avoir enfilé des milliers de kilomètres de ligne droite, l’accélérateur ayant depuis longtemps défoncé le plancher des scènes qu’ils ont foulé à travers le monde, bien après avoir épuisé les 11 vitesses de leur bolide éponyme, un premier album qui comme très peu de premiers albums avant lui a eu le privilège de se ranger dans la catégorie des classiques absolus, attirant à la fois les louanges les plus dithyrambiques de rock-critics pourtant déjà éreintés à l’époque par l’avalanche d’albums (ré)citant le dictionnaire post-punk, mais aussi la passion d’un public qui débordait carrément les cercles restreints et parfois empesés de l’aficion indie-pop, faisant même pogoter le petit cousin germain qui a pourtant TOUS les posters de la Star Academy… Un album universel, un album salutaire donc en ces temps où la machine média-toc a parfaitement rôdé sa machine à broyer les cerveaux et à prédigérer la (sous) culture.

Pas d’impasse ici sur ceux (nombreux parmi les sus-cités empesés badgés) qui n’avaient que mépris et sarcasme sur un groupe jugé surfait et/ou opportuniste. Ils n’ont pas aimé, souvent pour des mauvaises raisons, le succès cross-culturel de glaswegiens qui ne demandaient à la base rien d’autre que de s’amuser et faire danser les filles. Le succès n’a pas bonne figure pour certains, ceux-là même qui sont certainement en train de répandre de l’huile par bidons entiers dans ce virage qu’ils souhaitent fatal à ce second album. Fi de ces oiseaux de mauvaise augure, place à la musique…

Vous avez aimé le premier épisode des aventures de l’archiduc Franz Ferdinand ? Sarajevo n’aura pas lieu, l’archiduc est appelé à régner pour longtemps encore. Vous avez aimé les accents post-punk et dansant du premier opus ? Vous allez encore pouvoir travailler vos pas de danse sur le dancefloor, les breaks sont toujours radicaux. Vous avez aimé karaoker Alex Kapranos ? Lucky lucky, you’re so lucky… Il chante toujours aussi bien et il a toujours un sens de l’humour relativement absurde et acerbe (les Ecossais sont en passe de devenir les maîtres en la matière si on leur adjoint les textes corrosifs et décalés des Dogs Die In Hot Cars).

Franz Ferdinand II ? Non : You Could Have It So Much Better, UN nouvel album de Franz Ferdinand. Aucun reniement de ce qui a fait leur succès, pas de retournement massif de veste (cintrée ou pas), tout au plus un éclaircissement de leurs buts. On n’aura de cesse de le répéter, ces gars là veulent faire danser les filles. Il n’est pas question de surfer sur la (alors) mode du moment, le revival post-punk, il s’agit d’écrire de bonnes chansons, universellement appréciables sur lesquelles les filles aient envie de danser. Nos oiseaux de mauvaise augure auraient-ils blâmé les Beatles pour avoir utilisé la grammaire établie par les pères fondateurs du rock’n’roll à l’époque de leur premier album ? Peut-être l’auraient-ils fait s’ils avaient été contemporains, mais ils ne le feront pas parce qu’ils savent ce que les Fab Four ont réussi à accomplir sur la durée. Les Beatles ont réussi à établir des ponts entre tous les publics disponibles au début des années 60 en recréant les sonorités alors apprises sur galettes 78 tours, les Franz Ferdinand ont réussi à établir des ponts entre tous les publics disponibles au début des années 2000 en recréant les sonorités alors apprises sur galettes 33 tours (grammaire post-punk).

Les FF (Fantastic Four ?) ont retenu pour leur second album les éléments les plus facilement assimilables par tous du premier album : une section rythmique infaillible et directement efficace, des breaks et des changements de rythme propres à déchaîner les corps sur le dancefloor, des textes simples et compliqués à la fois et surtout (ce qui n’a peut-être pas paru évident à leur détracteur) un feeling imparable pour les mélodies pop et une volonté de rendre la vie plus ‘fun’. Ce qui est nouveau, c’est la filiation plus évidente cette fois avec les novateurs qui les ont précédé (les Beatles, encore une fois, évident sur l’intro de Do You Want To, mais aussi sur What You Meant, ou sur Eleanor Put Your Boots On - citation bizarre d’Eleanor des Fiery Furnaces -, où l’on retrouve aussi un peu de Dylan et un peu de Bowie…) Bref, pris par bribes sonores, pas d’innovation majeure pour le monde de la pop, mais chaque morceau ainsi que l’album dans son ensemble forment un tout cohérent, des assemblages qui paraissent risqué sur le papier (damned, ils se risquent même à du quasi-psycho sur Evil And A Heathen !) mais qui ne sonnent jamais comme de la redite.

Un nouvel album de Franz Ferdinand donc, pas une prise de risque, pas un album d’opportunistes, pas une marge de sécurité, juste la suite logique d’un parcours qui s’annonce d’ores et déjà long pour un groupe appelé à rester, une collection de nouvelles chansons qui ont toujours derrière les oreilles un juke-box de tout ce que l’on a aimé ces dernières 40 années mais qui écrivent LEURS propres chansons, 13 chansons, 13 machines à danser (les pronostics sont ouverts, prochain tube : What you Meant) ou au moins à chanter. Du plaisir de qualité, pas du plaisir honteux, un putain de bon groupe qui ne vous veut que du bien. Pour ceux que seul un album vraiment révolutionnaire ET non hermétique pourra convaincre de la bonne foi de Franz Ferdinand, Rubber Soul ne s’est pas fait en un jour. Patience, et en attendant, dansez !!!


www.franzferdinand.co.uk
www.dominorecordco.com
www.pias.fr

chronique publiée le 27/09/2005


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