15/06/2019  |  5204 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 12/06/2019 à 15:01:49
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La saison des trèfles

François Vé
So Watt Music / L'autre distribution - novembre 2005

Monsieur Vé est Suisse, il sort son premier album qui lui portera chance, La saison des trèfles. Le disque tourne tous les jours, parmi d’autres coups de cœur, depuis que je suis rentré de la tournée de Lou Barlow. 15 jours qui sont passés à une vitesse vertigineuse. Cette semaine du 22 au 26 novembre, François Vé est résident du Lavoir Moderne Parisien. Le lieu me disait vaguement quelque chose… je me suis souvenu, il y a 5 minutes, que j’avais visionné en DVD le concert de Mathieu Boogaerts avec mon ancienne copine (elle n’est pas âgée mais après 3 ans de vie commune elle a décidé de stopper notre histoire, parfois vaut mieux et après tout c’est la vie). Sophie, c’était beau la vie à deux... Bref, maintenant j’écris cette chronique en utilisant le présent mais c’était le mercredi 23 novembre.
Ce soir il fait froid et je m’engouffre dans ce lieu magique, intime, qui réchauffe les cœurs. Un copain est de la partie, j’en profite pour reprendre une bière. Il n’y a malheureusement pas foule, je compte vite fait… une douzaine de personnes. Chaude ambiance en perspective ! 21h00, la jeune fille qui sert au bar se transforme en ouvreuse, le temps de faire entrer le public venu en masse faire une ovation à François Vé.
La lumière est tamisée, les instruments immobiles ne demandent qu’à s’éveiller de leur sommeil imposé. Posés délicatement, un violoncelle, une contrebasse, une guitare électro-acoustique aux cordes de nylon, une guitare électrique, un piano à queue, un orgue Hammond et divers instruments d’accompagnement. Quelques objets supplémentaires ajoutent une touche « Bienvenue chez moi » : lampes, projecteur Super 8, photo prise d’un balcon (à l’intérieur du livret richement illustré du boîtier cristal et pendant le spectacle vous connaîtrez l’histoire de cette vue). Je me sens bien, prêt à dévorer des oreilles et des yeux le concert.
Une fille (Sarah) prend son violoncelle, un garçon (Yves) sa contrebasse ; ils commencent à jouer des notes de musique avant que notre hôte se lance sur scène en déposant au passage une boîte à pain métallique au pied de son micro. Puis, il récupère la guitare électro-acoustique et sa voix résonne doucement dans ce lieu empreint d’un passé majestueux.

Le trio assure un set entre jazz et chanson néo-réaliste. Les portraits dépeints par François Vé sont tendres et semés d’une fantaisie plaisante. Sa voix, son style se fondent en un personnage unique et charismatique. Une légère timidité et me voilà conquis par l’artiste qui pendant plus d’une heure assurera un set parfait. Les trois compères changent d’instruments et s’échangent des clins d’œil complices et malicieux. Chaque chanson est un tableau. La couturière parle de ce métier pas évident surtout quand il s’agit de changer l’ampoule de la machine à coudre. Tout un périple pour un geste qui peut sembler anodin. Et puis il y a Prudence, qui parle de cimetière, ce lieu où nous finirons tous un jour ou l’autre, une visite digne d’un Tim Burton au plus haut de son art. Par ce temps frais pour ne pas dire glacial, La grippe décrit parfaitement l’état des garçons quand ils ont la grippe : "Et je rêve que l’on reste auprès de moi pour me prendre la pression, me faire des tisanes aux rondelles de citron, quelques biscottes, manger des lettres dans un bouillon…" De son balcon il mâte les filles, leurs jambes, leurs déhanchées, leur peau couleur amande, curieux de nature il aime les fraises et la candeur de la vie. Sur disque, ce titre, Le Balcon, prend un rythme Blaxploitation ou post-Emmanuelle… c’est la chanson qui donne envie de se confondre, de s’enlacer, s’embrasser.
Le concert se termine, Sarah, Yves et François nous saluent, sourire aux lèvres, heureux mais probablement un peu déçus de ne pas voir plus de monde. Pour ma part j’ai pris un plaisir immense à écouter la vie de tout un chacun mis en exergue par un (des) artiste(s) multi-instrumentiste(s), au savoir faire et plaire indéniable.

Un disque à se procurer, un artiste à voir sur scène. Si François Vé passe, pour le moment, inaperçu dans nos contrées, ça ne devrait qu’être un court instant. Je le verrais bien courant 2006 en haut de l’affiche, à L’Olympia, avec son nom écrit en gros et en rouge. Le trèfle lui portera bonheur et Vé voudra alors dire « Merci, merci beaucoup ».


www.francois-ve.ch

chronique publiée le 24/11/2005


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