29/01/2020  |  5296 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 27/01/2020 à 17:39:51
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My Dark Places

The Television Personalities
Domino - 2006

Dan Treacy, leader des Television Personalities, tient un blog. Un jour, il poste le message suivant : « Je viens de signer chez Domino. Le problème c’est que je ne sais pas s’il s’agit d’enregistrer un disque ou de livrer des pizzas ». Dan Treacy ne servira jamais de Quatre Saisons, ça vaut mieux. Elles arriveraient à coup sûr cramées comme le cerveau de son livreur. Ces dernières années, Treacy a été tour à tour : semi-clochard, mort, et avec plus de constance drogué.
Dan Treacy a 17 ans quand le punk bourgeonne. Déjà anachronique, il se prend pour Ray Davies, cherche la tanière de Syd Barrett et se paie la tronche des punks à maman. Treacy ne répond à aucune règle, alterne les singles parfaits et les blagues de potaches. Souvent les deux en même temps. Responsable de titres de chansons à se rouler par terre (A Plan To Kidnap Paul McCartney ou le même pas ironique They Could Be Better Than The Beatles), Dan Treacy croise le succès d’estime dans les années 80 mais la dépression et la came finissent par le happer.
Il monte aussi un label, Creation. Sans succès, fatalement. Plus tard, un jeune disciple de Glasgow du nom d’Alan McGee empruntera le patronyme. Il aura la bonne idée d’y ajouter les Livres Sterling. Cocu un jour, cocu pour la vie. Television Personalities se met en veilleuse dix ans durant. Le nom ressort au détour d’une chronique, d’une bio de Kurt Cobain (fan revendiqué des TVP), puis magie du blog : Treacy ressurgit des entrailles de la dèche.

My Dark Places : le titre de l’album résume une bonne partie du CV de son créateur. Potentiel commercial utopique. Le single All The Children On Crack a autant de chance de fréquenter le haut des charts qu’un candidat de l’opposition de remporter des élections libres en Corée du Nord. My Dark Places, c’est la progéniture cabossée d’un adolescent de 45 ans, encore capable de se reconnaître dans un titre comme I ‘M Not Your Typical Boy. En adepte du name droping, Treacy se lance dans un hommage loufoque au Velvet Underground sur le titre du même nom. Pas sûr que ça défrise l’ami Lou Reed.

Musicalement, l’album ressemble à un appartement après une saisie d’huissier. Des bouts de guitares rouillées traînent à même le sol près d’un synthé sans âge. Le fidèle Ed Ball opère toujours à la basse et à l’assistance sociale.
On pense aux Vaselines, aux BMX Bandits et à tous ces secrets trop bien gardés de l’indie-pop. Dans un premier temps les retrouvailles laissent perplexe. L’OVNI Special Chair en ouverture a de quoi dérouter. Pourtant, même déglingué, le génie resurgit par bribes. Treacy nous raconte ces années de voisinage avec l’enfer avec son humour de morveux cinglant.
D’abord amusé par ses élucubrations, puis touché par ce carnet de bord dérangé, l’addiction gagne le brave auditeur. On a envie de crier au monde entier son amour pour She Can Stop Traffic ou Tell Me About Your Day, mais on flippe de se voir conduit à la Maison de Repos la plus proche.


windlessairmusic.tripod.com/televisionpersonalities/
www.dominorecordco.com

chronique publiée le 13/03/2006


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