25/01/2020  |  5295 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 24/01/2020 à 09:56:16
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Monsieur Gainsbourg Revisited

V/A
Barclay - mars 2006

Quinze ans que Gainsbourg est mort. Quinze ans d’absence de chansons, de textes et de débordements télévisuels. Quinze ans que des centaines de paquets de clopes et de bouteilles d’alcool se retrouvent orphelins. Quinze ans de trou dans un scène française de plus en plus lisse. Quinze ans pour que la scène pop-rock indépendante se rende compte, enfin, de l’apport de l’artiste. Quinze ans, ça fait un bail. La scène électronique a attendu un peu moins que ça en clamant, en 2001, un I Love Serge bien ficelé où l’on retrouvait entre autres Howie B, Snooze, Herbert, The Orb…. Aujourd’hui, c’est au tour d’une kyrielle de grands noms de la scène anglo-saxonne de s’y coller. Affaire mercantile ou réel projet artistique, toujours est-il que sur papier le disque a tout pour plaire, mélangeant jeunes pousses marketing (Franz Ferdinand, The Rakes, The Kills) et artiste plus confirmés comme Portishead, Marianne Faithfull ou Cat Power.

Première constatation : Monsieur Gainsbourg Revisited s’adresse avant tout au public anglo-saxon. Tous les textes ont été ici traduits dans la langue de Shakespeare, d’où certaines chansons quelque peu dénaturées, comme Le Poinçonneur Des Lilas. Malgré une bonne production, The Rakes tombent dans une sorte de cliché linguistique assez mal placé. Parmi les autres déceptions, la reprise de Placebo, dans un registre électro kitsch, tranche par son non-sens. Les Franz Ferdinand, associés à James Birkin, oublient l’esprit Gainsbourg en ne faisant que du Franz Ferdinand ; propre mais sans grand intérêt. Parmi les compositions simples et bien pensées, on peut citer le duo Je T’aime Moi Non Plus entre la voix rauque de Cat Power et la frêle voix de Karen Elson ainsi que la reprise, par Jarvis Cocker et Kid Loco, de Je Suis Venue Te Dire Que Je M’en Vais. Les bonnes surprises viennent d'où l’on s’y attendait le moins. Tout d’abord de Portishead, qui signe Un Jour Comme Une autre - Anna, à l’opposé du trip hop léché que l’on pouvait imaginer. On reconnaît à peine la voix de Beth Gibbons et côté production, le groupe délaisse ses machines au profit d’une batterie sourde appuyée par une guitare électrique toute en larsens. Surprenant ! Surprenant aussi Le Requiem Pour Un Con transformé par les doigts experts de Faultline et soutenu par la voix de Brian Molko et de Françoise Hardy. Dernière surprise (et de taille !), la reprise de La Chanson de Slogan par The Kills, implacable mélange entre la sensibilité de Gainsbourg et celle du groupe. Pour finir on retiendra aussi la version de Lola Rastaquouere par Marianne Faithfull et Sly And Robbie, tout dub dehors et la reprise conventionnelle mais très efficace de Comme Un Boomerang par Dani et Gonzales, entre électro et hip-hop.

Au final, comme sur toutes les compilations de la sorte, on navigue entre réelles déceptions et grandes surprises. Un petit bémol cependant tient dans la traduction des textes. On aurait mille fois préféré que chacun des artistes présents s’essaye au Français juste une fois, une dernière fois… (pour que le fantôme de Gainsbourg s’exclame haut et fort « Quel bande de cons !! »)


sergegainsbourg.artistes.universalmusic.fr

chronique publiée le 13/03/2006


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