28/01/2020  |  5296 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 27/01/2020 à 17:39:51
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique disque
Show Your Bones

Yeah Yeah Yeahs
AZ / Universal - 2006

Karen O et ses hommes de mains - Brian Chase à la batterie et Nick Zinner à la guitare et aux claviers - reviennent avec un disque qui donne une belle envie de Clap Your Hands And Say Yeah Yeah Yeahs, voire plus si affinités… Comment en effet ne pas applaudir à deux mains ? Comment ne pas hurler sa joie en écoutant un disque aussi sexy, simple, rock ‘n roll, putassier, insurrectionnel et jouissif ? C’est impossible de ne pas exprimer bruyamment son approbation à l’encontre de Show your bones. Car on retrouve ce qu’on avait aimé sur le premier disque des New Yorkais, Fever to tell : de bons morceaux, variés (punk rock, pop folk, post punk avec claviers new wave, expérimentations sonores etc), portés par une voix de Courtney Love en pétard (ou d'Iggy Pop sans pénis), une batterie qui claque comme un fouet, une guitare qui décolle le papier aux murs et des claviers vrillants, à la limite du kitsch. C’est ça qui réjouit chez les Yeah Yeah Yeahs, cette épatante propension à frôler le mauvais goût sans y tomber réellement, pour mieux retourner l’auditeur comme une crêpe. Ou pour faire dans le clairement sexuel, un disque des Yeah Yeah Yeahs c’est comme une bonne (et longue) baise avec de multiples changements de rythmes, de positions et de pratiques... Les hurlements d’Orgasm addict de Karen O - Oui Oui Ouis !!! - donnent des envies déconseillées par l’office catholique (rires) aux femmes qui aiment les femmes qui aiment les hommes qui aiment prendre les femmes comme les hommes qui aiment les hommes qui aiment les femmes… Tout cela a peut être l’air compliqué au premier abord, mais vous pouvez essayer chez vous dès que vous sentez des démangeaisons dans le creux de vos reins et un désir irrépressible de montrer vos os : ça marche. Et ce n’est pas sale, ou plutôt si, c’est sale, mais c’est sans doute ça qui est bon, non ? Truffés d’hymnes punk/pop/rock humides, Show your bones devrait déclencher de nombreuses parties de jambes en l’air dans les salles de concerts… et les chambres à coucher.

auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com

Autre avis :

Sacrément attendu, le nouvel album des Yeah Yeah Yeahs va, je l'espère, faire polémique. En effet, polémique et désaccords ont toujours forgé le succès… On pouvait escompter un retour aussi rageur que Fever to tell, qui, à la réécoute, pourtant, ne s'avère pas être qu'un album calibré pour le show trash scénique. On y trouve beaucoup de sensibilité, et les intentions et les gémissements de Karen O y sont pour quelque chose. Il n’est donc pas étonnant que l’émouvant morceau Maps soit l'un des préférés de Cat Power. Malgré cela, Fever to tell a rapidement donné au groupe une image garage et destroy, tandis que la chanteuse Karen O est devenue une icône d’un style jeune, sexy et rock’n’roll. Aujourd'hui elle est séparée de son ex-boyfriend Angus Andrew (frontman des Liars).

Etant donné que les Yeah Yeah Yeahs se sont retrouvés comme les Strokes à l’avant-garde de la nouvelle scène rock, il était donc difficile dans cette pression médiatique de montrer que l’on a grandi et que les choses évoluent… trois ans après. Ceux qui n’ont pas aimé le dernier album des Strokes, n’aimeront pas non plus l’état d’esprit des Yeah Yeah Yeahs inscrit sur Show Your Bones, pas plus sage mais certainement trop pop pour ceux qui attendaient qu’ils en rajoutent sur leur côté provocant. Comme j’ai grandi, entre autres, avec et en adéquation avec ces deux groupes, leurs efforts me paraissent irréprochables.

Show Your Bones est le nom de cet album produit par Squeak E Clean et mixé par Alan Moulder (My Bloody Valentine). Ce qui est intéressant en musique comme en architecture, c’est de voir comment est construit l’édifice, le chef-d’oeuvre. Si la plupart des gens ont un penchant pour les vieilles bâtisses, c’est parce que leur squelette est lisible et marqué par le temps. C'est-à-dire que dans la plupart des édifices modernes, on constate l’utilisation de parements, de crépis. On cache par exemple une structure béton par un parement de briques. On cache la vérité. Laisser la structure claire et apparente est la raison même d’un bonne architecture. Par ailleurs, dans un autre contexte, je préfère toucher un corps de femme où l’on sent les os sous la peau que de toucher un corps de femme où la prolifération de chair et de graisse m’empêche de discerner une quelconque "architecture". D'où l'un des sens que l'on pourrait tirer du titre de l'album.

Les Yeah Yeah Yeahs espèrent donc ne plus être happés par le cirque commercial et souhaitent faire entendre ce qu’ils aiment écouter. Montre tes os revient donc à un tempo moins rapide en général, les noms des titres ne dépassent pas deux mots, pour autant certaines chansons décoiffent.
Gold Lion, je crois que c’est un single, est une chanson pop légère de facilité. On lui préfèrera des chansons plus innocentes comme Way Out, Dudley ou Turn Into. Provocante, Phenomena est suffisamment lourde pour remplacer tout pseudo-hymne de rock (citons au hasard, I Will Rock You de Queen) : le carton est assuré en soirée. Honeybear part sur des mélodies joliment amusantes, puis s'emballe sur un rythme de batterie digne des White Stripes. Cheated Hearts, je vous l’avoue, m’a fait pleurer. Je pense que je préfère les chansons des Yeah Yeah Yeahs comme cela. Emouvante au début, elle s’emporte rapidement et moi je décolle avec. C’est le cas aussi pour Mysteries, les pleurs en moins et les piétinements en plus.

Show Your Bones ne va certainement rien renverser, mais le trio produit un album digne de vérité et sacrément bon.

A lire également, la chronique du DVD des YYY, Tell Me What Rockers To Swallow (AZ / Universal - 2004).


www.yeahyeahyeahs.com
www.myspace.com/yeahyeahyeahs

chronique publiée le 29/03/2006


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire