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Mauvaise étoile

Patrick Eudeline
Suave / Rue Stendhal - mars 2006

Aussi attachant qu’exaspérant, le rock critic/écrivain/musicien/acteur Patrick Eudeline vient de sortir un disque à son image… Il suffit de lire une chronique du monsieur dans Rock & Folk (loué à la médiathèque, cela nous ferait mal de soutenir les papiers risibles de Philippe Guns n’ Roses Manœuvre et Jérôme Coldplayyyyyyyy Soligny !) pour comprendre que l’homme est assez imbus de sa personne ; il n’hésite pas en effet à écrire pour ses lecteurs de « passionnantes » histoires sur sa vie (privée) de dandy camé, sur les rapports qu’il entretient avec son père et il ne parle que très accessoirement de musique. Ce qui est un peu énervant quand même… Malgré cela, et un style ampoulé/accidenté pouvant se révéler assez irritant, Eudeline retient l’attention, il a des choses à dire, il est cultivé et ses avis, s’ils sont loin d’être toujours pertinents, ont le mérite d’être décalés. On attendait donc l’album de l’ex punk du groupe Asphat Jungle – auteur du très bon Poly Maggoo – avec une impatience teintée de crainte.

Sans surprise, c’est avec un livret très égocentré (notre homme – peu avare en poses cliché – pris en photo sous toutes les coutures) que les onze morceaux paraissent. Une fois le disque inséré dans la platine, il faut tout d’abord s’habituer au chant qui sonne souvent archi faux et maniéré, à côté Daniel Darc (un ami cher, présent sur le disque pour un duo chaotiquement dissonant) est la plus grande voix du rock français. C’est dire… Passé cet écueil, on se concentre sur les textes, pas vraiment inoubliables mais bien déjantés, et sur les arrangements, qui évoquent la période Qui est in qui est out de Gainsbourg (avec choeurs féminins désuets), choisissent l’option boogie rock quand AS Dragon sert de backing band de luxe, ou décident de faire des détours rock psyché orchestré ou cabaret blues rock gothique. De nombreuses écoutes sont nécessaires pour se familiariser avec tout cela, mais après il faut avouer que le disque à son charme, malgré ses défauts (les geignements vocaux sur certains morceaux sont insupportables, certains arrangements sonnent limite « pompiers »), assumés semble-t-il. Patrick Eudeline prend un malin plaisir à faire ce que bon lui semble, et il a bien raison. Il s’autorise même des reprises. Stooges ? Kinks ? Velvet Underground ? Johnny Guitar Watson ? Non, c’est l’impayable diva des dancings pour retraités belges, Salvatore Adamo, qui a l’honneur d’être repris, au même titre que le classique Un jour mon prince viendra, par le chanteur désespéré idole des ados venant de découvrir que « le rock 'n roll, c'est coooool ».

Mauvaise étoile est à réserver aux fans de monsieur Eudeline et aux curieux désireux de découvrir son univers sombre, étrange et sans espoir. Ni une éclatante réussite, ni un ratage complet, l’album s’en sort avec les honneurs. Cela devrait même contribuer à renforcer la légende de loser magnifique de P.E. auprès de la jeune garde parisienne, qui se retrouve d'ailleurs compilée de manière assez discutable sur Passe ton bac d’abord (sorti en parallèle sur le même label). Sur ce live au Gibus, on se demande vraiment quels sont les critères de sélection… Est-ce vraiment Eudeline qui a choisi Second Sex, un groupe qui réussit à sonner comme les Strokes à 15 ans, avec Jean-Louis Aubert au micro ? Mystère… De toute façon, quelqu’un capable d’accepter d’écrire la biographie officielle de Steeve Estatof (rires) pour s’acheter de la drogue de bonne qualité méritera toujours notre respect. On souhaite à Patrick Eudeline de suivre sa mauvaise étoile encore un petit bout de temps, même s’il chante Je n’en ai plus pour très longtemps...


www.myspace.com/eudeline
www.rocknfolk.com

chronique publiée le 03/04/2006


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