28/01/2020  |  5296 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 27/01/2020 à 17:39:51
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Paris Calling

Paris Calling
Binus Tracks Record / Because Music - 2006

J’ai une tendresse particulière pour Philippe Manœuvre. Pourtant ce mec continue d’espérer un grand album des Stones et persiste à porter un pantalon en cuir. Mais Philou c’est le rock and roll. Le pur, le dur, celui qui pue des aisselles, descend des hectolitres de bières tièdes, préfère la Harley au vélo, Russ Meyer à Bergmann et n’a aucun album des Smiths chez lui. A son âge, Philou pourrait en avoir sa claque du rock. On ne lui en voudrait pas. Il pourrait retaper une vieille bâtisse avec Virginie Despentes, prendre le thé avec Patrick Eudeline pour comparer les mérites des Stooges et des Kinks. Il se mettrait au golf que personne ne lui reprocherait. Mais Philou a la foi. Il croit au rock comme Benoît XVI aux pêchés.

Un jour Philou s’est levé, il a eu une révélation (bon, avant il a quand même enfilé ses santiags) et s’est dit « Je vais créer une scène rock à Paris. Une vraie scène, finis les groupes d’étudiants barbus, les bidouilleurs du XIème. Non je vais les prendre à la base. Au collège. Avant qu’ils soient en contact avec les Inrocks. A cet âge ce sont des petits coqs. Ils peuvent encore croire à l’arrogance rock, leurs parents peuvent leur payer la parfaite panoplie du petit Johnny Thunders. Et puis je pourrais les faire jouer à l’heure du goûter, ce qui me laissera la soirée pour écrire la bio de Joey Starr. Bon je vais appeler mes vieux potes pour voir si leurs gosses écoutent les Strokes. »

Deux ans plus tard, les blousons de cuir et les pantalons cigarettes envahissent les préaux. Les rockeurs miniatures sont partout, enfin surtout dans Rock&Folk et les pages tendances de Elle. Philou s’enthousiasme, sautille comme un cabri sur son siège comme à l’époque du Rock Press Club. Certes, il admet que les chansons restent à l’état de promesse et les guitares pas accordées. Mais Philou est content de son coup et passe à la phase deux de son plan : le disque. En bon punk jacobin, il l’appellera Paris Calling. La Province c’est loin et puis ils se démerderont bien tous seuls. Pas fou, il laissera les groupes les moins aboutis à leurs annales du brevet. Exit les Naast et Brats. Merci Philou. Il propose à six groupes d’enregistrer deux chansons pour mieux se faire une idée. Verdict : inégal, rafraîchissant (parfois) et musicalement réactionnaire. L’impression désagréable d’être coincé dans le rock des cavernes, de toucher aux limites du rock quand la grâce se fait rare.

Pourtant, on a presque envie d’y croire quand d’entrée les Second Sex éructent un Lick My Boots furibard et primaire : une idée mais une idée qui tue. On mettra leurs poussif second titre sur le compte d’une cuite au Malibu mal digérée. Alternative crédible à Emma Daumas, les Plastiscine et leur mignon Twist Around The Fire, méritent que l’on ne s’arrête pas à leur physique de nymphettes. Malgré un chant miaulé et des guitares en plastique, on tient un mini-tube. La bonne surprise vient des Shades, qui ont le mérite d’aller pomper du côté de Stevie Winwood époque Spencer Davies Band sur Feel Like a Man. Malheureusement, ils se sentent obligés de se fendre d’un titre en français. Combien de fois faudra-t-il leur faire copier qu'il faut laisser le français tranquille ? Dans le rayon « fallait peut-être pas les inviter », les Hellboys de Nicolas Acin (celui de Rock&Folk) se tapent l’incruste. Quand on a presque la trentaine et qu'on joue encore en junior, il faut peut-être se poser la question suivante : « Et si le Rockab était une voix de garage ? » Passons sur les approximatifs The Rolls et Brooklyn pour se pencher sur les Parisians.
Le groupe avait allumé la première mèche. Beaucoup ont retenu d’eux l’adoubement des frères ennemis Barât et Doherty. Les premiers concerts timides dévoilaient leur lot de fulgurances, de mélodies ciselées et de classe tapageuse. Mais le groupe allait imiter la matrice Libertines jusque les fâcheries entre ses membres, partis fonder Nelson ou Pop Klub Arsenal. Laissé seul à la tête du bateau ivre (putain de Malibu !), Stevan Dinet fait plus que colmater les brèches. Chez les Parisians ont sent le vécu, le rock comme une catharsis vitale et le romantisme crade. Alors que leurs petits camarades recopient les mythologies passées, eux tentent de créer la leur ; même si elle doit s’achever au fond du caniveau.

De son côté Philou continue à y croire. Il sait bien que la qualité n’est pas encore au rendez-vous, mais il voit un souffle, une étincelle et ces gamins avec leurs dégaines pas croyables. Puis comme l’a dit Eudeline par une vérité révélée et alcoolisée : « Savoir se fringuer, c’est aussi important que savoir jouer ». Philou se marre, ce soir il va à un concert.


www.myspace.com/pariscalling
www.myspace.com/parisians
www.myspace.com/secondsex

chronique publiée le 07/07/2006


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