17/06/2019  |  5204 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 12/06/2019 à 15:01:49
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Y

The Pop Group
1979 - WEA (rééd. 1996)

A l’instar de This Heat et sa réédition monumentale de Out Of Cold Storage de (les 3 albums, les Peel Sessions et 2 CD d’inédits), The Pop Group et son leader charismatique Mark Stewart est l’archétype du groupe avant-gardiste dont tout le monde a entendu parler une fois dans sa vie mais dont on a jeté les disques aux geôles de l’amnésie.
Pourtant, ce quatuor de Bristol qui a été le premier à faire éclater la quadrature du Punk en s’imprégnant jusqu’à la moelle de Funk, de Free-Jazz , et de Reggae n’a finalement suivi que les jalons égrenés par Johnny Lyndon un jour de Juillet 1977 sur la station londonienne « Capital Radio », où cette désormais persona non grata de Malcolm McLaren déclarait -une émission ironiquement intitulée « The Punk and His Music »- sa « frustration de la plupart de groupes punk, d’être trahi par le manque de diversité et d’imagination de ces derniers ».
Pendant plus d’une heure et demie, J. Lyndon proposa une incroyable série d’artistes, comme Tim Buckley, Lou Reed et consorts, Peter Hammill, Captain Beefheart jusqu’à Dr. Alimantado ; démontrant s'il en était l’insatiable curiosité d’un autodidacte (il quitta l’école à 17 ans) et le culot dont il fit preuve pour saborder toutes les valeurs du Punk.
Fort de cet acte salvateur, The Pop Group choisit l’éclatement des frontières du Rock en mélangeant militantisme, nihilisme, et musique acrimonieuse avec une attitude frondeuse et intransigeante.
Loin des mièvreries disco-pop très en vogue à cette époque, Mark Stewart sent que la rébellion individuelle peut être réveillée par le vecteur de la création musicale et du multimédia.
Ainsi, il déclare à propos du premier single She’s Beyong Good and Evil que « Lyriquement, cette chanson était une tentative de mélanger poésie et existentialisme empreint de désir politique. L’idée prégnante de l’amour inconditionnel comme d’une force révolutionnaire- cette façon de pouvoir jongler avec cette idée, vous fait espérer un monde meilleur, vous redonne de l’idéalisme et de l’énergie ».
Si à cette époque, les limites médiatiques étaient en cours d’exploration (et MTV en marche), différents courants « Rock » telle que la No-Wave à New York proposait des démarches créatives enthousiasmantes et viables ( ?) basées sur une curiosité artistique qui mélangeait art visuel, littérature et musique.
Il est très courant dans ces années-là de rencontrer des musiciens qui s’entichent à la fois de surréalisme, de situationnisme, de beat-generation , de funk, de reggae et de jazz ; et c’était le cas de The Pop Group. 
Y, leur premier album a été produit par Dennis Bovell (qui réalisa aussi Cut l’album des Slits) et ce n’est pas par hasard s’ils ont choisi un héritier de Lee Perry ou de King Tubby, puisqu’on a l’impression d’entendre Sly & Robbie qui « jamme » avec un combo free-jazz et un Mark Stewart qui déclame -plus qu’il ne chante- des litanies nihilistes telles que :

« But who to trust
When you’re stealing from a nation of killers
Do I trust myself ?
I’m like a tramp in its cage
Flower in Moscow
Losers take all
We are here to go
All lovers betray
All lovers betray »
(« Thief Of Fire »)

Y est un disque agressif, au sens noble du terme puisqu’il incite l’auditeur à se poser des questions sur l’aliénation, le consumérisme et l’individualisme ; le tout dans un capharnaüm sonore qui risque d’en décourager plus d’un.
Malgré le nombre des années qui nous sépare de cette œuvre musicale, on ne peut qu’être impressionné et admiratif devant tant d’abnégation, d’innocence et de foi ; des valeurs qui semblent disparaître au rythme des offres Internet…

PS) Les citations sont issues du remarquable ouvrage sur l’histoire du mouvement post-punk, « Rip It Up & Start Again » écrit de main de maître par Simon Reynolds : un livre captivant de bout en bout ; une vraie bible musicale.


chronique publiée le 04/09/2006


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