23/08/2019  |  5227 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 22/08/2019 à 13:53:53
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The Nightmare of J.B. Stanislas

Nick Garrie
Rev´Ola - 2006

Personne ne connaît Nick Garrie, pourtant il aurait dû devenir un voisin de bureau de Donovan ou un alter-ego crédible du Paul McCartney solo. La déveine passée par-là, Nick Garrie est un illustre inconnu dont l’unique album a hiberné trente-six ans durant. Un trésor oublié un jour sur une aire de repos et retrouvé on ne sait trop comment. Nick Garrie est en 1970 un jeune anglais aux boucles d’or, arpentant Paris une guitare à la main, l’autre toujours libre pour tenir celle d’une française séduite. Dans un premier temps, le destin lui tend la main. Le frère de Sylvie Vartan repère sa voix d’angelot et voilà le jeune homme signé chez AZ. A l’époque on voit les choses en grand, Phil Spector règne avec son Wall of sound et Nick débarque en studio avec sa guitare, un orchestre pléthorique de soixante musiciens l’attend. Il faut alors s’imaginer la stupeur du garçon, habitué à jouer dans des bars devant deux poivrots et trois touristes égarés. En studio, ses petites créatures prennent une hauteur stratosphérique inattendue.
Le succès lui tend les bras, mais ces derniers vont le lâcher du dernier étage quatre jours après la fin de l’enregistrement, quand le patron d’AZ se suicide. Les bandes ne connaîtront que la poussière et Garrie l’oubli. Dans toute bonnes histoire de maudit rocker, l’infortuné aurait fini au mieux clochard céleste, au pire drogué, plus probablement mort. Lui reprend sa routine, gratouille là où il peut, devient prof de ski et ne tient pas rigueur au destin qu’il lui a pourtant planté le bâton dans le dos.
Quand The Nightmare of J.B. Stanislas sort des profondeurs de l’oubli, Nick Garrie se dit qu’il n’est jamais trop tard. Un jour, il est de passage dans les bureaux des Inrocks – où je suis actuellement stagiaire – pour rencontrer Christophe Conte, prêt à consacrer quelques lignes à cet illustre inconnu. Garrie lance l’idée d’un concert dans les locaux du journal. Quelques semaines plus tard, une scène de fortune s’organise entre la machine à café et une pile de courrier. Les années ont fait de l’ange blond de la pochette une gentille montagne grisonnante. Entre deux chansons, il glisse des anecdotes dans un parfait français sur la genèse de ses chansons perdues. S’il fait bien rire avec ses histoires de baise sur le Pont des Arts, sa musique émeut au plus profond. Des ballades folk portées par une humanité rare, une œuvre de jeunesse flamboyante jouée par un quinquagénaire pas rancunier.
Solitaire et bucolique, c’est comme ça qu’il imaginait son album en 1970. La grand barnum sepctorien imposé à l’époque, lui restera en travers de la gorge. Pourtant, The Nightmare of J.B. Stanislas avec soixante, cent musiciens ou une guitare en bois reste un objet aérien, foudroyant sur place par sa voix céleste. Sa chanson-titre Stanislas (en référence aux racines russes de Garrie) surpasse tous les efforts de Sufjan Stevens. Le reste ne vole pas beaucoup plus bas. Après le concert Nick Garrie est retourné apprendre le français à des petits anglais. Ils ont dû bien rire quand il leur a parlé de son concert pour un célèbre magazine français. Un jour, ils apprendront que leur drôle d’instit cachait un sacré génie.

Un extrait du concert est disponible sur le site des Inrocks.


www.lesinrocks.com
www.myspace.com/nickgarrie

chronique publiée le 17/09/2006


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