10/12/2019  |  5278 chroniques, 170 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 09/12/2019 à 12:40:34
    webzine
    recherche
    newsletter
    liens
    proposer
    chronique disque
demi-deuil

Vincen Gross
autoproduit - 2008

Ce disque est arrive tout droit de Besançon, un peu d’Afrique et un peu d’Amérique du Sud, même si, autant le dire d’emblée, on n’y trouvera pas une once de tempérament afro ou latino. Explication. En novembre dernier et en villégiature au Venezuela, le chroniqueur, après s’être enquis sur la toile de la date du concert du Tigre des Platanes avec l’Ethiopienne Éténèsh Wassié, continuait à y errer en écoutant, de liens en liens de hasard, ce qu’il pouvait bien y trouver. Le premier mérite de la musique de Vincen Gross, et qui n’est pas le moindre, est d’avoir surnagé dans la pêche informe et multiple de ce jour-là, titre du morceau rencontré sur la web-radio de l’Association de Gens Normal. D’autres pièces écoutées sur MySpace ont conduit à la commande de l’album, qui n’a pas déçu : si on commençait par la fin, et c’est ce qu’on va faire, on remarquerait qu’après quelques écoutes il se dégage de l’ensemble une charpente de moins en moins ténue, un vrai fil quasi-narratif issu de l’enchaînement des morceaux et des ambiances. Donc, visite guidée. À l’accueil, ce jour-là, on a tous et little boy jalonnent le terrain : orchestration claviers-guitare-rythmique et touches électro pour un accompagnement musical toujours justement calibré, qualité des textes et mise en avant de la voix parlée/chantée. Si on voulait donner des repères, et on va donner, on parlerait de Thiéfaine, de Miossec par instants, et du meilleur Noir Désir, celui qui reprend Léo Ferré. En somme, nous voilà bien installés chez l’auteur. C’est alors qu’il nous conseille, en désertion (plage 4), de « rester tapi dans son cerveau / à l’écoute du moindre bruit / qui pourrait transformer la nuit / en une nuit de matelot », et on y parvient probablement pour aborder la descente (plage 5), sorte de discours de dormeur hagard commençant juste à se douter qu’il est réveillé au moment où la musique veut le plaquer contre un réel guère engageant, et auquel il renonce alors, et nous avec, préférant se rêver en john merrick cherchant son chemin dans une nuit à la fois plus épaisse, plus douce et aussi lynchienne qu’il le faut. Comme un coma, on continue à s’enfoncer complaisamment dans ces ambiances de mille-feuilles onirique. À la traversée d’une énième porte plus improbable que les autres, on s’encanaille pourtant au son d’un cocobango subtilement et soigneusement engourdi. Enfin, les papillons de nuit s’effilochent tout de bon et rubato au bord d’un piano qui pense à des harmonies debussiennes. Dans ma tête, une compagne est même apparue à nos côtés.

Et l’air se glace : Vénissieux 76, morceau central et le plus long de l’album, y a été relégué en avant-dernière position, et c’est probablement une bonne idée. Au milieu de cette histoire de misère et de violence physique et morale, de rupture familiale, d’errance et de retour au monde, on sent que Vincen Gross a fini par arriver, pendant les 10 plages précédentes, exactement là où il voulait en venir. L’homme surgit de derrière l’être de notes et de mots, se tient devant nous, si réel soudain, car le réel nous a rattrapés alors et nous tient fermement, et l’homme qui est là souffre, et sa souffrance souligne les accents autobiographiques d’un morceau dont il faut dire ici qu’il peut réellement perturber.

Si on écoutait encore attentivement, mais ce n’est pas facile, on s’apercevrait alors que Vincen Gross tire enfin avec le petit bagnard une révérence réussie. Sinon, on s’en doute quand même un peu.


www.myspace.com/vincengross

chronique publiée le 14/05/2008


    foutraque
      
      
l'association  |  devenir partenaire