18/02/2020  |  5307 chroniques, 171 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 17/02/2020 à 18:04:01
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Adagh

Tamikrest
Glitterhouse - Differ-ant - 22 février 2010

Vous n’avez pas vu la lumière du soleil depuis trois mois, vous errez comme un zombie dans les couloirs de votre ennui et vous commencez à devenir gravement antisocial en pensant au fait que votre travail servira uniquement à payer votre pierre tombale… Encore aurait-il fallu pour cela souscrire une convention obsèques avec une entreprise de pompes funèbres… Vous pensez sans cesse à Jacno, Vic Chesnutt et Jay Reatard, les derniers musiciens qui vous touchaient à avoir quitté cette putain de Terre, laissant crever sans le sou les génies et faisant un triomphe aux nazes sans une once de talent (liste sur demande, contre une enveloppe timbrée). En clair, vous en avez marre, vous vous sentez tout flagada et vous avez envie de vous évader de votre vie de merde. Vous vous dites que certains ont de quoi se payer des vacances au ski en pension complète à Megève ou dans les pays chauds fréquentés par la Jet Set. Pas vous. Et en même temps les voyages, hein, faut se déplacer, prendre l’avion ou le train avec des hommes d’affaires, parler à des gens dans des langues bizarres, évoquer avec des trémolos dans la voix son pays - ancien berceau des droits de l’homme désormais devenu risée de l’univers -, faire du sport dans des accoutrements discutables… C’est pas votre truc. Vous êtes donc dans la panade la plus totale… Jusqu’à ce que vous tombiez par hasard un beau matin sur l’album Adagh du groupe Tamikrest, troupe bigarrée du Mali distillant un blues du désert qui évoque jubilatoirement les pionniers du genre, Tinariwen. Ceux-là même qui vous aviez laissé sur le cul grâce à une prestation habitée, tard dans la nuit du Printemps de Bourges, en l’an deux mille sept. En un clin d’œil, le dépaysement est là, au pas de votre porte, et la musique lancinante, rythmée par le pouls des grands espaces, rustique et évocatrice de Tamikrest contribue à changer votre état d’esprit chafouin en bonne humeur rêveuse tendant vers la transe immobile. Miracle ! Les voix Touaregs, les sons de guitares nonchalants et les percussions délicatement distillées vous emportent à des années-lumière des tracasseries et des idées noires. Le blues du désert a décidément des vertus bienfaisantes puisque vous esquissez même quelques pas de danse autour d’un feu de camps imaginaire, en regardant les étoiles se dessiner une à une dans un ciel fictif… En racontant leurs vies pas forcément roses (guerres civiles à répétition… ) tout en aspirant à une sorte de poésie aérienne, les musiciens de Tamikrest créent un superbe écrin fait de blues ancestral, de world music authentique et de rock vintage. Les chansons du songwriter Ousmane Ag Mossa - enregistrées à Bamako avec les guitares, basses, percus et choeurs de Tamikrest, sans oublier l’aide de Chris Eckman et Hugo Race (Dirtmusic) - touchent véritablement à l’universalité et élèvent l'esprit. Elles ont un effet apaisant qui calme le feu des lames de la vie moderne, mettant du baume au cœur sur les âmes froissées, plongeant l’auditeur dans un océan de béatitude. Dieu que ça fait du bien de voir enfin de la lumière !

Sites Internet : www.myspace.com/tamikrest, glitterhouse.com, www.differ-ant.fr.


chronique publiée le 18/02/2010


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