19/07/2019  |  5211 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 16/07/2019 à 22:02:07
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Philippe Katerine

Katerine
Barclay - Universal - 20 septembre 2010

A 40 ans allégrement passés, Katerine fait une énième crise d'adolescence, en choisissant de retomber en enfance sur son nouvel album de chansons pop minimalistes, auquel il a donné son nom, sur la pochette duquel il pose avec ses parents (qui chantent un morceau jubilatoire avec leur fils) et truffé de courtes chansons régressives interprétées avec une voix de fausset et du point de vue de l'enfant... Cela va en irriter certains car Katerine a connu un succès foudroyant il y a cinq ans avec son précédent opus Robots après tout et va de ce fait bénéficier d'un énorme promo façon matraquage. Mais il serait dommage de passer à côté de cet album rafraichissant, régénérant, vraiment très divertissant et pas si idiot et irritant qu'il pourrait en avoir l'air au premier abord.

Les 24 chansons - très légères en apparence - peuvent parfois se révéler presque profondes si l'on se donne la peine de se questionner un minimum sur les traditionnelles histoires existentielles qui travaillent tout un chacun. Oui, cette œuvre magistralement décontractée de l'intelligence peut s'écouter avec des enfants comme on regarderait avec eux un épisode de South Park ou des Simpsons : à la manière d'un gamin en culotte courte avide d'apprendre des gros mots pour impressionner ses amis à la récré, on rigole de bon cœur aux facéties (« Bonjour, je suis la reine d'Angleterre et je vous chie à la raie. », l'alphabet récité sur Les Derniers Seront Toujours Les Premiers), on se tient les côtes devant la série de grossièretés et autres provocations bien senties (« C'est affreux, j'ai rêvé que je suçais... Johnny ! », « Liberté, mon cul ! Égalité, mon cul ! Fraternité, mon cul ! », « Non, je ne veux plus travailler ! Non mais laissez moi manger ma banane ! »), on dit aux « chiards » de ne pas répéter les insultes ou de ne pas se trimballer le zizi à l'air comme Katerine dans le clip, déjà culte, de La banane... Et pendant que sa progéniture ricane niaisement, ce que toute personne dotée de sens de l'humour fera aussi, l'adulte s'aperçoit de la portée de certains morceaux faisant s'interroger sur l'amour, le sexe, la mort, l'artiste, la reproduction, le mal être, la politique, le travail etc etc. Liberté, où la devise de notre beau pays est suivie de tonitruants et aigus « Mon cul », peut en effet se lire en creux comme un brillant résumé des dramatiques présidences cumulées de Mitterrand, Chirac et Sarkozy : de pire en pire, on s'enfonce dans la merde peopleisante, la France devient une république bananière. Le single La Banane - l'hymne ultime des chômeurs décroissants – donne quant à lui envie de se balader à oilpé sur les plages en mangeant des fruits mûrs et en oubliant d'aller travailler plus pour gagner toujours moins... Té-lé-phone, lui, brocarde les travers des utilisateurs de smartphones qui font tout, même des choses qui ne servent à rien, avec leurs appareils si sophistiqués... Plus loin, l'œcuménique Juifs Arabes, propose de chanter le refrain final « Ensemble », tel un We Are The World moins niais. Et, enfin, Bien Mal se fout royalement de ceux qui s'écoutent trop : « Je me sens bien, je me sens mal, je me sens bien, je me sens mal, je me sens bien bien bien, mal mal mal, bien mal, bien mal, bien mal... » Ce n'est certes ni du Jean-Paul Sartre ni du Karl Marx mais c'est quand même moins chiant, plus intelligent et moins prétentieux que du Bernard-Henri Lévy, non ?

En compagnie de Gregori Czerkinsky (homme-orchestre), Sébastien Moreau (basse), Philippe Eveno (guitare), de ses parents (répliques drolatiques sur Il Veut Faire Un Film) et de Jeanne Balibar (chœurs, sur le très jouissif J'aime tes fesses), Philippe Katerine arrive à surprendre encore une fois son public avec son personnage de chanteur multicartes à la fois arty, populaire, engagé et clownesque. Capable d'émouvoir tout en faisant rire jaune en reprenant du Pierre Bachelet (Elle est d'ailleurs) ou du Johnny (L'idole des jeunes) avec son projet Katerine, Francis et ses peintres ou de citer Chet Baker, la Motown, Pet Sounds, Picasso, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Marguerite Duras, Daniel Johnston ou Pina Baush dans ses dernières compositions, Katerine ajoute avec son album Philippe Katerine une très brillante nouvelle pierre à sa carrière de trublion poétique et décalé. Merci d'exister et de rendre 2010 moins sinistre avec votre très bienvenu Bla Bla Bla, Monsieur !

A lire également, des chroniques de concerts signés Katerine à La Route du Rock à St Malo en août 2006, aux Eurockéennes de Belfort en juillet 2006, à la Coopérative de Mai en mai 2006, au Printemps de Bourges en avril 2006 et aux Transmusicales de Rennes en décembre 2005.

Liens : http://katerine.artistes.universalmusic.fr, http://katerine.free.fr, www.facebook.com/philippekaterine, www.myspace.com/katerinekaterine, www.katerinefrancisetsespeintres.com.


chronique publiée le 28/09/2010


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