13/12/2019  |  5280 chroniques, 170 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 11/12/2019 à 13:47:36
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Forever Changes

Love
Elektra - 1967 rééd. 2001

1967…
En pleine période flower power, le jeune Arthur Lee a du mal à cacher ses craintes de voir la Guerre Froide finir en apocalypse nucléaire ravageant le monde. Persuadé qu’il va bientôt mourir, il décide de livrer par le biais de son groupe son testament musical : Forever Changes.

Troisième album du groupe après Love et Da Capo, Forever Changes est enfanté dans la douleur. Le groupe qui a connu un succès honorable avec ses deux sorties précedentes vit reclus dans l’ancien manoir de Bela Lugosi (acteur célèbre pour avoir interprété Dracula au cinéma) et passe ses journées à se défoncer sans penser au lendemain. Obsédé par l’idée qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre, Lee est le seul à se mettre au travail et décide de tout donner.

Pour livrer le meilleur de lui-même, Lee produit l’album en compagnie de Bruce Botnick (qui s’occupera plus tard des Doors ou de Tim Buckley) et se fait accompagner par un orchestre dirigé par David Angel. Le résultat de son travail est un album compact (11 titres, dont 2 écrits et composés par le guitariste Bryan MacLean), mélangeant rock psychédélique, folk acoustique et pop dans le bon sens du terme, le tout agrémenté de somptueux arrangements de cordes et de cuivres.

Lee profite de ce mélange novateur pour distiller ses prophéties avec sa voix d’ange " More confusions/Blood transfusions/The news today will be the movies for tomorrow " (A House Is Not A Motel) et exorciser sa peur de la mort " This is the only thing that I’m sure of/And that’s all that lives is gonna die " (You Set The Scene). Versatile, il est capable de passer du rock électrique (A House Is Not A Motel) à une ballade sublime à la guitare sèche (Andmoreagain), en conservant toujours le même niveau d’écriture.
Le disque est un véritable monolithe où toutes les titres s’imbriquent entre eux pour former un tout cohérent.

Mais le plus beau reste à venir avec The Red Telephone (le téléphone rouge qui reliait Washington à Moscou, dernier rempart diplomatique avant l’apocalypse nucléaire), meilleure chanson du disque et accessoirement de tous les temps, dont la beauté de la musique n’a d’égale que la noirceur des paroles. Il faut voir comment Arthur Lee passe de la tristesse à la résignation puis à la révolte pour se rendre pleinement compte de ses talents de narrateur.
Fait amusant, le morceau s’achève sur une sorte de rap avant l’heure " They're locking them up today/They're throwing away the key/I wonder who it'll be tomorrow, you or me? ".
Encore une preuve que ce disque avait 30 ans d’avance.

Malheureusement, ce disque trop en avance sur son temps ne sera jamais reconnu à sa juste valeur, le groupe refusant en plus de le défendre sur scène en dehors de Los Angeles.
Love finira par splitter, puis sera reformé par Lee avec d’autres membres pour le meilleur (Doggone sur l’album Out There, véritable pépite d’or pour tout crate digger* qui se respecte), mais surtout pour le pire.

2004…
37 ans après, l’album n’a pas pris une ride et il est terriblement d’actualité, surtout en ces périodes troubles. Une très bonne réedition de Rhino a vu le jour en 2001 avec des bonus track (démos, chutes de studio, versions alternatives) et une ressortie en vinyl.
A découvrir ou à redécouvrir d’urgence.

Vendez votre intégrale des Beatles, oubliez Brian Wilson et ses Beach Boys, arrêtez vos pèlerinages au Père Lachaise, car rien n’aura plus la même saveur une fois que vous aurez goûté à Forever Changes, le plus grand album de l’histoire du rock.

* chercheur de samples


www.lovewitharthurlee.com

chronique publiée le 14/04/2004


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