07/12/2019  |  5277 chroniques, 170 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 06/12/2019 à 11:40:08
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Ratatat

Ratatat
XL Recordings - 2004

« La claque électro-rock new-yorkaise » indique le sticker ostensiblement apposé sur le disque de Ratatat (quel nom, au passage !).
Ajouté au cliché quelque peu « poseur » figurant sur la pochette et la caution Inrocks (« écouté et approuvé »), on peut légitimement frissonner lors de l’introduction de la galette dans son « mange-disques ».

Et, ô miracle, les appréhensions (un énième groupe « hype » de plus, composé de têtes à claques surfant sur le revival new-wave ?) sont levées dès le premier morceau : absolument tubesque, Seventeen years, ouvre le bal avec son gimmick daft punkien en diable, et fixe le cap d’un album 100% instrumental extrêmement séduisant.

Très simples dans leur construction, utilisant peu de moyens (guitares, synthés, boîtes à rythmes, programmations), les 11 vignettes qui composent la première sortie du groupe de Mike Stroud et Evan Mast ont pourtant été enregistrées sur une durée assez longue (juillet 2001-mai 2003), les deux compères, sans doute extrêmement perfectionnistes, n’ayant rien voulu laisser au hasard au niveau de la cohérence de l’ensemble.

Et effectivement, le résultat, des plus convaincants, passe brillamment l’épreuve de nombreuses écoutes successives, tout en donnant furieusement envie de voir le groupe sur scène, pour se trémousser sur les quelques tubes électro-rock parsemant la galette, qui live, devraient d'ailleurs sensiblement être « boostés ».

Un appel du pied que l’on souhaiterait voir entendu par de nombreux programmateurs des festivals européens de l’été. Avec des potes aussi influents qu’Interpol ou Ben Kweller (remerciés par le groupe en notes de pochette) et une musique aussi séduisante, nul doute que ceux-ci - pas plus que le public -ne devraient résister longtemps au « phénomène » Ratatat, qui tourne ce printemps aux Etats-Unis avec Clinic, après avoir ouvert tout récemment pour Tortoise ou RJD2.

auteur : Jérôme Crépieux - jerome@foutraque.com

2ème avis :

La pochette de l'album nous a menti. On nous promettait des rock stars, des guitares assassines et des grosses enceintes. Bref, de la testostérone. L'imposture est totale : les guitares sont filtrées, le son est électro et la mélancolie est omniprésente. Car Ratatat, entité formée par 2 jeunes new-yorkais, ce n'est pas franchement le modèle de la testostérone et son manichéisme sous-jacent. On est plutôt dans le compromis. Entre électro et rock. Entre répétition et résignation.

Le très efficace Seventeen Years ouvre l'album. Un son un peu à la Daft Punk. Fausse euphorie. Rapidement, les guitares reprennent le dessus plongeant l'auditeur dans une douce apathie. Et puis, mélodie après mélodie, l'album s'enfonce dans une lente complainte binaire, tout juste interrompue par quelques martèlements électroniques. On est loin, au final, des rockers de la pochette. Les poseurs sont aux abonnés absents tout au long d'une performance que l'on sent profondément sincère.

Point de paroles. Tout juste de brèves invectives ici ou là. Le texte a été jugé superflu. On se contentera donc de titres de chansons plutôt énigmatiques. La plage 5 annonce : Everest. Rien que ça. Pourtant, de toute évidence, la montagne est un mur que les deux compères new-yorkais se refusent par modestie à franchir. Leur musique ne fait pas de vagues inutiles et reste sagement blottie dans son confort minimaliste. Cette musique a la chaleur de sa défaite.

Le son est résolument hors du temps. Figé dans des lendemains qui chantent, puis déchantent. Dans des rêveries tendres et sincères. Pas étonnant dès lors, que sur la grande toile, Ratatat soit quelque peu à contre-courant, un peu arrivé en retard. Le site ratatat.com est déjà pris. Par des gens, dont, à vrai dire, on ne comprend pas bien les motivations. Un couple du Milwaukee qui exhibe à peu de frais des photos de famille un rien surannées. Rien de bien extraordinaire. Ni de comparable avec leurs compatriotes américains de Ratatat. Chez ces derniers, les photos n'ont pas besoin d'être légendées. La musique se suffit à elle-même. Et on adhère.


www.ratatatmusic.com/

chronique publiée le 04/05/2004


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