19/05/2019  |  5192 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 15/05/2019 à 14:30:18
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Les Nuits de Villette Numérique - samedi 25 septembre

2004

Nicky Siano, Kool Keith, Otto Von Schirach, The Glimmer Twins, Whitey, Chez Damier, Headman, The Puppetmastaz...

Paris, Grande Halle de la Villette (France)
Paname, une ville rêvée pour les Américains. Surtout en ces temps de crise… Et ce n’est pas cette seconde nuit de Villette Numérique qui irait contredire ce constat. En témoignent les nombreux « Paris is in the house! » formulés par les DJ’s CX Kidtronik ou Evil E. tout au long de leur set, précédant puis accompagnant le show du quadra Kool Keith. Membre du collectif Sound Ink, le premier (rasé avec une crête de couleur) a permis à un public de connaisseurs (moins « poseur » que la veille), de réentendre de vieux classiques du rap et de l’électro-funk, comme Public Enemy, Herbie Hancock, et le fameux Superfreak de Rick James (R.I.P.).
Old-school indeed. Comme la prestation du turntablist Evil E., membre du Possee de Kool Keith : passe-passe infernal, scratches avec le nez (et sans les mains), etc. Celui-ci amuse un peu la galerie, en bon artiste d’outre-Atlantique qui se respecte, et voici que débarque (avec un peu de retard), l’ex-leader des Ultramagnetic MC’s, fameux combo hip-hop des années 80/90. Alors que l’on s’attendait à une tenue de scène originale, Keith Matthew Thornton de son vrai nom (ou « Black Elvis », ou « Dr. Dooom »), débarque en costard, une casquette rivée sur le crâne. Dommage, cela manque d’originalité surtout venant du gugusse, soi-disant interné plusieurs fois, et connu pour ses frasques. Pas trop grave, l’énergie déployée sur scène est suffisante pour mobiliser une bonne partie de l’assistance, alors que le Californien Otto Von Schirach démarre son live.
Changement de ton, changement d’ambiance, Otto hurle et vocifère des paroles incompréhensibles, limite gothiques, sur des beats crades et déstructurés qui ne dépareilleraient pas dans un set de Squarepusher ou Aphex Twin. Moins noisy que le premier mais plus barré que le second (certains titres de son dernier album se nomment Laptops & Martinis ou Vomitar), ce bon vivant à la graisse redondante ne se pose pas de questions. Le bide à l’air et une perruque orange sur la tête, Otto Von Schirach ferait un malheur auprès des enfants du Noël de l’Elysée. Avec un nom pareil, Jacques ne devrait pas tarder à s’y intéresser… La palme du n’importe quoi d’un festival décidément très éclectique !
Après ce passage hardcore, le rendez-vous est pris avec Whitey, que l’on imaginait davantage sur des laptops qu’en formation guitares+basse+batterie. Un clavier et une programmation électronique viennent rappeler qu’on a affaire là à un son en phase avec son époque. Hype, peut-être, mais aussi efficaces que les remixes effectués par Nathan Wannacot, son leader, pour Kylie, Soulwax ou Chromeo. Un bon groupe de scène, qui se fait plaisir…
En parlant de scène, la principale accueille après Kool Keith un autre américain, virtuose des platines et apôtre des mélanges musicaux, l’excellent DJ Spinna. Avec son casque à l’ancienne (qui se tient à la main et se cale entre l’épaule et l’oreille), le new-yorkais passe allègrement par tous les styles, du hip-hop festif de De La Soul à la deep house, en passant par la techno de Detroit et même la pop avant-gardiste de Talking Heads. Une grande leçon de mix faite là par l’Américain. Et sur CD’s, s’il vous plait ! Comme le vétéran Nicky Siano un peu plus tard…
On se dépêche pour écouter 2/3 morceaux de Seelenluft, formation électro-pop sympathique emmenée par Beat Solèr. Les suisses réussissent rapidement à conquérir l'assistance, leur musique est mélodique et plaisante, mais les déhanchés de la chanteuse (à la voix délicieusement voilée) y sont peut-être aussi pour quelque chose. Une des seules filles du festival, quel dommage… Whitey et Seelenluft sont en tout cas des formations à suivre.
Bizarrement, le clou de cette soirée viendra des Puppetmastaz, qui reprend le flambeau du Muppet Show. Derrière ce projet pour le moins risqué se cachent de mystérieux producteurs allemands (on parle de Gonzales et sa bande), qui ont su marier concept original et musique festive. Les MC’s n’ont qu’à bien se tenir, Mr. Maloke et sa bande déchirent tout ! C’est fun et marrant - bluffant même -, un spectacle complet à voir et à revoir. Surtout pour le vrai-faux concours de MC’s… The Puppetmastaz : 10/10 !
On délaisse avec une larme à l’œil ce crew surréaliste pour le mix acid/breakbeat/techno de Cylob, l’une des meilleures recrues de Richard D. James au sein du label Rephlex, mais les sons triturés du britannique ne recueillent que peu d’engouement de la salle. Dommage… Un petit détour par le Bar pour retrouver ses esprits, et l’on rejoint avec plaisir la salle où officie le collectif Eskimo.
Après le français Jackson, auteur de l’excellent (et déjà culte) maxi Utopia l’an dernier, une des deux têtes pensantes du duo Headman prend la relève pour un mix énergique, « clubby », dans lequel il mêle sons électro et rythmiques techno, house ou rock. Imparable. Un set cousu main pour ce fan de Larry Levan, auteur du très bon It Rough (devenu un énorme tube underground dans les mains des Chickens Lips) en 2003.
Ce soir, nos oreilles en ont pour leur argent, contrairement à la veille où étaient attendues de véritables stars du cachetonnage comme Felix da Housecat ou Soulwax
La plus petite salle du festival vibre ce samedi soir sous les étranges coups de boutoir minimalistes d’un tandem peu conventionnel. Il faut dire qu’aux manettes, on retrouve M. Sayyid et High Priest, duo anciennement trio avec Beans sous le nom d’Antipop Consortium. Leur album à paraître prochainement chez Ninja Tune devrait faire parler de lui, mais c’est sur scène que ces deux gaillards s’éclatent, avec leur mélange de hip-hop expérimental, d’électronique futuriste et de dancehall que les journalistes anglais appellent « grime » ou « eskibeat ». Auparavant, Team Shadetek et Heat Sensor faisaient aussi la demonstration de la vitalité du nouveau son anglais. Un peu réchauffé mais suffisamment frais pour s’y intéresser.
Les Glimmer Twins, belges comme les 2 Many Dj’s, avaient l’honneur de clôturer la nuit sur la grande scène, avec leur amalgame de house old-school et de techno mixé à quatre mains. Mais à l’inverse des frères Dewaele, issus du rock, David & Mo ont fait leurs armes dans le hip-hop.
Juste avant eux se produisait l’un des ténors de la scène house américaine, ancien complice de Ron Trent au sein de KMS Records, Chez Damier. Pas facile pour un producteur de cette envergure (quoique en retrait depuis le début des années 2000), de contenter un parterre de danseurs si hétéroclite. Cet apôtre de la deep spirituelle se resignait donc à jouer un peu plus « hard », tout en gardant une certaine philosophie… Moins festif que DJ Spinna, mais peut-être plus « moderne » que Nicky Siano, qui allait marquer pour moi la fin de ce rendez-vous automnal à la Villette.
50 balais, l’ancien résident du Studio 54 à New York, mais toujours l'envie de s’éclater et de partager. Moins flamboyant que François K mais tout aussi touchant, cet Américain a lancé les carrières de Frankie Knuckles et Larry Levan, commencé le Djing à 17 ans dans la discothèque de son frère (The Gallery), et tenu une place importante dans le disco et la lutte contre le Sida. Un grand monsieur, malheureusement moins en phase avec la musique d’aujourd’hui. C’est donc à un set house sans surprise auquel nous devions assister juste avant de rentrer se coucher. Le dernier classique du 20ème siècle, Jaguar de DJ Rolando, et ces Nuits prenaient fin…
A dans 2 ans !


www.villette-numerique.com

auteur : Geoff -
chronique publiée le 30/09/2004

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