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Jazz sur son 31 (Après-concert) - mercredi 20 octobre

2004

OWI

Toulouse, le Mandala (France)
Terrassé par la cruelle annulation de Helen Merrill et Gordon Beck la veille, le chroniqueur ne savait pas encore en se rendant au Mandala ce soir-là, un an jour pour jour après une prestation du Tigre des Platanes dûment chroniquée par , quel antidote de choix il allait trouver à sa déception. Tout au plus s’attendait-il à se délecter à l’écoute de briscards de la trempe de Jean-Paul Raffit et Jean-Denis Rivaleau encadrant quelques jeunes pousses. Il prit donc sa place le long du bar et dans la douceur d’un premier set moelleux basé sur des compositions originales en même temps que de trentenaires mais inusables recettes : à mi-distance du Chick Corea de Return to Forever, pour le jeu de Fender Rhodes et la coloration générale de la section et rythmique, et du Larry Coryell de la même époque, pour la manière qu’a Jean-Paul Raffit de caresser ses six cordes, le saxophone de Ferdinand Doumerc, au centre de la scène, faisait défiler ambiances, tempos et vocabulaires avec autant de bonheur que de versatilité sur une base réellement organique respirant au rythme de la basse, et par ailleurs sans centre véritable, savamment ponctuée à la batterie et saupoudrée de délices de solos de clavier s’appliquant autant que possible à n’être pas plus là que les autres larrons pour ne pas rompre l’équilibre délicat qu’exige une telle apesanteur.

Changement subtil dès l’attaque du deuxième set : sur un tempo lent, la basse s’ébroue et gronde avec un zeste de supplément d’autorité. Le groove s’alourdit et s’étoffe, s’installe pour tout dire avec rondeur mais fermeté, il pousse comme des moustaches à tout le monde, la fusée s’élève et libère en cadence ses étages mélodiques, guitare, puis sax, puis piano, et ça recommence, semblant ne pas devoir finir si bien qu’au bout du compte la salle ne peut plus faire autrement que se trémousser en cadence. Ça a chauffé, et pour de bon ! Dès lors, le terrain est prêt pour l’imposant et encyclopédique Je suis dans la dèche, composition qui se transforme en une longue démonstration du savoir-faire d’OWI : rythmique impeccable passant en un clin d’œil télépathique du funk le plus binaire au swing le plus échevelé sur les pas d’un saxophone bondissant dans le temps du modal seventies à l’orthodoxie bop, citant ses classiques au passage (It don’t mean a thing (if you ain’t got that swing)) avant de retrouver des accents colemaniens (Ornette, je précise) sur lesquels rebondit la guitare pour entraîner tout le monde dans une spirale free, débouchant à son tour, allez savoir par quel complot ourdi à notre insu, sur une nouvelle tournerie encore différente mais non moins imparable que ce qui précède… Combien de temps ça a duré, cette fresque ? Un quart d’heure ? Trente minutes, plus peut-être ? À la fin de Je suis dans la dèche, personne au Mandala ne regarde plus sa montre, et on ne songe qu’à en redemander. Seulement, il faut arrêter un moment pour accueillir Philip Catherine en personne, arrivé entre les deux premiers sets de son concert à Balma, et qui attendait sagement son tour assis dans l’escalier pendant le déferlement susmentionné. Et s’il était encore besoin d’un comble à notre bonheur, on l’a eu en voyant cette vedette s’installer en toute simplicité avec ces locaux peut-être un peu intimidés (demandez voir à Ferdinand Doumerc si vous le croisez par là…), prendre se marques durant un premier morceau en même temps qu’il mettait tout le monde à l’aise en quelques passages de questions-réponses. Après quoi tout ce petit monde put se lancer, après une brève concertation, dans un All Blues somptueux, sur un arrangement impromptu descendu droit du ciel ou des territoires inconnus de l’inspiration. Le contraste fonctionna à merveille entre la Fender toujours joliment perplexe de Jean-Paul Raffit et la Gibson directe, terrienne, de Philip Catherine, ce dernier réalisant d’ailleurs de plus en plus nettement sur quels partenaires de classe il était tombé (si vous le croisez à lui, Philip Catherine, demandez-lui ce qu’il en pense, de Ferdinand Doumerc…). Les mots en viennent à manquer, on voudrait surtout citer tous les noms pour que vous les reteniez, et je m’aperçois que je n’ai pas encore trouvé le moyen de dire combien j’avais trouvé Jean-Paul Raffit juste et mesuré, Jean-Denis Rivaleau impressionnant de métier, Pierre Bauzerand subtil, élégant, et Julian Babou Cerimbacasse tout à son poste de taulier plein d’abattage.

Monsieur Catherine rendit enfin gentiment la scène à nos lascars, qui firent se lever toute la salle pour la délicieuse estocade de leur hymne-tuerie-funk d’école, juste histoire de nous rendre à la nuit avec un gros sourire pleine face, en fredonnant « O-WI ! Toum Doudoum Toum O-WI…. ».

Jean-Paul Raffit : guitare
Ferdinand Doumerc : sax alto et baryton
Pierre Bauzerand : Fender Rhodes
Julian Babou Cerimbacasse : basse
Jean-Denis Rivaleau : batterie

+ la participation de Philip Catherine (guitare)



www.jazz31.com

auteur : PhV - phvl@free.fr
chronique publiée le 22/10/2004

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