24/04/2019  |  5171 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 24/04/2019 à 09:54:22
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Trans Musicales - jeudi 2 décembre

2004

Carbon Silicon, The Rakes, Kaizers Orchestra, Power Solo, Hush Puppies, Gomm, The Infadels, The Trachtenburg Familly Slideshow Players, Rodolphe Burger & Erik Marchand

Rennes (France)
Première journée des 26èmes rencontres Trans Musicales de Rennes

Les Trans Musicales fêtaient cette année leur 26ème édition, et honte à moi, je n’y étais encore jamais allé. Fort heureusement, cette énorme lacune allait être réparée cette année avec trois jours de concerts idylliques passés dans la belle ville de Rennes. Il y aura toujours des nostalgiques de la formule précédente - que je n’ai pas connue donc -, qui avait lieu en centre ville sur plusieurs sites disséminés dans la cité. Il est vrai qu’il n’est pas très glamour de prendre une navette pour aller sur le site du Parc des Expositions de Rennes - situé hors de la ville près de l’aéroport -, mais une fois sur place, les éventuelles réticences s’évanouissent rapidement. Certes l’endroit est immense et un peu impersonnel mais l’accueil du festival est convivial (beaucoup moins fliqué qu’aux Eurockéennes) et le sens de la fête des Bretons fait plaisir à voir… Les trois gigantesques halls couverts (et chauffés) ont été décorés avec inventivité et goût, une attention particulière a été portée sur les éclairages (absolument superbes), ce qui donne à l'ensemble un aspect plus humain… Tout cela permet au fan de musique curieux et non sectaire de s’approcher du bonheur total. Même s’il n’y a « que » 6000 personnes le premier jour pour une programmation entièrement tournée vers la découverte, on se croirait presque à Benicassim ou à Belfort, en constatant l’incroyable diversité musicale proposée sur un lieu unique… Seul le froid qui s’abat sur le public lors des trajets (très courts) entre les trois halls rappelle que nous sommes en décembre et pas en été.

Kaizers Orchestra

La soirée commence pour moi au hall 9 où une fanfare hors du commun prend d’assaut l’immense scène devant une assistance réduite, mais très enthousiaste et avide de nouveauté. La salle - qui sera envahie le lendemain par plus de 10 000 fans des Beastie Boys - sonne un peu creux mais le son n’est pas aussi ignoble qu’on aurait pu le croire, il est même correct. Chaque membre du Kaizers Orchestra s’emploie à en faire le plus possible pour créer une ambiance de fête, et ça marche : le public répond présent.
La musique de cette bande d’hurluberlus norvégiens voit se télescoper frontalement un rock dissonant et bruitiste avec des emprunts réjouissants aux fanfares tziganes ultra festives (même si elles se produisent lors d’un enterrement). Avec une contrebasse, des guitares, des bidons industriels, des claviers joués par un musicien en masque à gaz et des rythmes originaux, ce groupe réussit à faire voyager dans un paysage à la fois industriel, dansant et expérimental : un exploit ! Grâce à un enthousiasme très communicatif et à une belle série de morceaux à la fois remuants, drôles et dérangeants, le Kaizers Orchestra a fait très forte impression.

Power Solo

Comme le groupe de rock danois, Power Solo, capable de provoquer des danses de Saint-Gui en début de soirée dans un Hall 5 peu rempli avec son psycho punk rock servi très chaud… La formule est simple mais ultra efficace : deux guitaristes (jumeaux semble-t-il) au physique à la fois inquiétant et surprenant délivrent moult riffs de garage/surf/blues/punk rouillés et distordus, le tout mis en rythme violemment par un batteur pas maladroit. Les morceaux donnent envie de bouger à la manière d’un décérébré, un peu comme ceux des inimitables (et increvables) Cramps. L’attitude - un peu hallucinée - des deux guitaristes et leurs morceaux qui mélangent habilement les différentes musiques rock underground des sixties ont donné une seule envie : les revoir très rapidement…

Trachenburg Family Slideshow Players

Il faudra également revoir (mais dans une salle plus intimiste) l’incroyable Trachenburg Family Slideshow Players qui en a sans doute surpris plus d’un dans le Hall 5. Dans la famille Trachenburg, le Papa joue de la guitare, chante comme il peu et raconte sa vie entre les morceaux, la Maman fait quelques chœurs et passe des diapos d’entreprise des seventies tandis que la petite fille de onze ans essaye de jouer de la batterie en rythme en déclamant quelques mots avec sa voix délicieusement naïve… Les morceaux se ressemblent tous, ils ont un côté folk pop assez commun, mais la manière (très improbable) avec laquelle ils sont interprétés (voire massacrés en règle) les rend originaux et marquants. Ils sont en effet très courts, totalement sans queue ni tête : un joyeux « n’importe quoi » les traverse immanquablement. Les textes pro végétarien reprennent quant à eux les slogans (aussi hilarants que sinistrement décalés) figurant sur les diapositives… On n’avait déjà pas très envie de s’empiffrer de hamburgers manufacturés mais là, c’est décidé : notre avenir proche se situe dans une communauté où l’on vit de salade, de steaks végétariens bio, d’amour et d’eau fraîche, avec les courtes chansons de Trachenburg Family Slideshow Players en bande son…

The Infadels

Sur la grande scène du Hall 9 superbement éclairée, The Infadels a offert une prestation gorgée d’énergie mais manquant quand même un peu d’âme… Certes l’électro rock groove proposé par les Anglais est dansant et bien exécuté mais le côté mécanique ultra huilé du show fait un peu retomber le soufflet. Si l’on se trémousse immanquablement sur la musique de The Infadels, on ne ressent pas le souffle de l’inédit et de la prise de risque scénique. On voit très clairement que The Infadels se rêvent superstars mondiales avant l’heure ; le chanteur se comporte d’ailleurs comme tel : un roadie lui apporte et lui reprend sa guitare presque à chaque morceau… alors qu’elle est posée deux mètres derrière lui ! La voix très soul est aussi pour beaucoup dans la relative déception, son côté formaté F.M. commerciale est quand même légèrement décevant dans un lieu comme les Trans Musicales de Rennes…

Hush Puppies

Les Hush Puppies commencent à se faire un petit nom dans le milieu du rock made in France, si l’on en juge par leur prestation sur la scène du Hall 4, c’est entièrement mérité… Ces gars là ont la classe, jusque dans leur manière de s’habiller (ils savent que ça fait craquer les filles !) ; ils n’auront de cesse de prouver leur amour immodéré pour la glorieuse période des Mods anglais… Comme les mélodies sont sauvagement relevées par des guitares abrasives et un orgue Hammond chaleureux, les Hush Puppies sonnent finalement assez actuels dans leur « passéisme ». Leur musique produit un effet percutant et frais, assez réjouissant, et ce n’est pas un morceau en français au texte macho assez dispensable qui nous fera changer d’avis ! Ce concert débordant d’une énergie assez sexuelle (pour ceux à qui le rock donne des envies lubriques) se termine d’ailleurs par une imitation - criante de vérité - d’un orgasme féminin par le batteur. C’est bien ce qu’on pensait : les prestations scéniques des Hush Puppies sont jouissives…

Carbon Silicon

Le remplacement de Marilyn Manson par le projet de l’ex Clash Mick Jones pouvait être une bonne idée, en tous cas, il témoignait d’une volonté de découverte assez réconfortante. Las, malgré la joie de voir l’icône rock Mick Jones sur scène et quelques bonnes intros, il faut reconnaître que Carbon Silicon est un groupe très dispensable… L’ex guitariste/chanteur des Clash chante assez mal, (on le savait déjà, et ça ne nous dérangeait aucunement), il se charge d’exécuter de bons riffs punk (c’est normal et réjouissant) mais, et c’est là que le bât blesse, dès la moitié des morceaux, il se lance dans des solos bavards et tombant à plat... Le batteur, qui ressemble à Michel Polnareff vieux (le pauvre… ) joue sur une ignoble batterie synthétique sonnant comme une casserole, ce qui n’arrange rien… Certes cette bande de préretraités semble prendre son pied sur scène, mais le public, lui, fait la grimace puis décide d’aller voir ailleurs ce qui se passe.. et on ne peut pas lui donner tort !

Gomm

Le groupe lillois Gomm a par contre pleinement convaincu avec un set en forme de boulet de canon. Une chanteuse/organiste aussi blonde que douée pour un chant éthéré à la Kim Gordon, un incroyable batteur/chanteur, une guitare férue de dissonances en tous genres (à la Sonic Youth), des lignes de basse que l’on ne peut s’empêcher de suivre : Gomm produit une musique aux confins du rock bruitiste, du punk, du trip hop bizarroïde et du rock planant lysergique… A notre grande surprise, ce grand fourre-tout insensé se révèle d’une imparable cohérence, la brûlante prestation du combo (visiblement ravi de jouer aux Trans) nous a fait un effet trippant très addictif : pour éviter le manque, il va falloir rapidement trouver une autre dose de cette musique.

The Rakes

Cette soirée, décidément très réussie, se poursuit avec un concert irrésistible d’une bande de gamins anglais ayant choisi de s’appeler The Rakes… On remarque immédiatement que le batteur, impeccablement martial sur ses fûts, est un sosie du chanteur de Franz Ferdinand (coupe de cheveux et accoutrement), mais aussi que les danses quasi épileptiques et la voix grave du chanteur évoquent l’inoubliable Ian Curtis de Joy DivisionThe Rakes est-il pour autant uniquement un groupe surfant sur l’engouement actuel pour le post punk ? Non, car si on sent que ces très jeunes musiciens anglais - enthousiastes et souriants - ont beaucoup écouté cette période marquante de la musique de leur pays, la relecture qu’il en propose est imparable. L’énergie glaciale qui se dégage de la musique de The Rakes est carrément hallucinante ! Les rythmiques frénétiquement martelées encouragent le guitariste à mouliner comme un dingue des riffs que l’assistance, aux anges, prend littéralement en pleine gueule. La vue de ces quatre fous furieux en train de se jeter partout n’est rien moins qu’une invitation à l’hystérie collective. Malgré une voix sous mixée à certains moments et des morceaux parfois trop proches les uns des autres, un sentiment de bonheur nous envahit, presque à notre insu. Et nous ne sommes pas les seuls à ressentir cela, la réponse du public est à la hauteur de l’énergie déployée sur les planches : la salle est en ébullition. On remarque même un petit homme grisonnant qui trépigne avec un sourire d’enfant émerveillé sur les lèvres, il s’agit de Jean-Louis Brossard, le programmateur des Trans Musicales. Peu de temps après, à la fin de la brillante et prometteuse démonstration des Londoniens, l’homme montera carrément sur scène pour demander si le public en veut encore… Devant la réponse unanimement positive, The Rakes rejoue un de ses morceaux les plus marquants, avec encore plus de hargne, comme si c’était humainement possible. Autant le dire dès à présent, on ne connaît pas le titre de cette bombe, mais c’est un tube imparable qui sera bientôt sur toutes les lèvres… et sur lequel danseront les filles (et les garçons) !

Rodolphe Burger & Erik Marchand

Il commence à se faire tard, mais on se doit de jeter une oreille attentive au nouveau projet du toujours fascinant Rodolphe Burger, désormais ex Kat Onoma… Il est accompagné par le chanteur Erik Marchand, une sorte de cow boy chantant en breton (ou en roumain sur un morceau). Au début, n’étant pas fan de ce type de chant aux allures de couinements, sa voix nous interloque et gâche un peu le plaisir provoqué par les guitares aux effets hallucinogènes de Rodophe Burger, l’oud oriental et la rythmique aux confins du rock, de la musique traditionnelle et de la world music. Puis, Rodolphe Burger prend de plus en plus de place avec sa belle voix grave, le chant incantatoire de son acolyte apporte une touche surprenante pas désagréable et l’on reste scotché devant ce projet aventureux.

Fatigué mais heureux, on regagne le centre de Rennes, en se disant que la première journée des 26ème Trans Musicales méritait bien les 6 heures de trajet, même si elle ne comportait aucune tête d’affiche. La réputation de festival défricheur des Trans n’était donc pas usurpée…
Vivement le deuxième acte, demain !

A lire également : les comptes rendus des journées de jeudi et samedi, un bilan des Trans Musicales 2004, ainsi que les chroniques des concerts du vendredi 9 décembre et du samedi 10 décembre lors des Trans 2005.


www.lestrans.com


auteur : Pierre Andrieu - pierre@foutraque.com
chronique publiée le 06/12/2004

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