20/11/2019  |  5268 chroniques, 170 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 19/11/2019 à 15:31:33
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XIème Festival Internacional de Benicàssim - vendredi 5 août

2005

Les Très Bien Ensemble, The Zephyrs, The Kills, Mando Diao, Fischerspooner, Yo La Tengo, The Cure, Peaches...

Benicàssim (Costa Azahar) (Espagne)
Deuxième journée du festival, et déjà, l’heure est aux choix cornéliens… Faut-il aller voir les Cure ou Peaches ? Les vétérans de Yo La Tengo ou les «jeunes pousses» de Mando Diao ? Aurais-je le courage d’attendre 3h00 du mat’ pour danser sur les artistes du label Wall of Sound ? Mon matelas gonflable sous la tente n’est-il pas plus agréable qu’un dance-floor surchargé de monde ? A toutes ces questions «hautement» existentielles, nous allons tenter, mon collègue Brian et moi-même, d’apporter un début de réponse…(!)


L'Escenario Verde

Les Très Bien Ensemble 17h30 Escenario Fiberfib.com
Je débute cette journée ensoleillée par Les Très Bien Ensemble, qui fort heureusement, ont la bonne idée de jouer sous chapiteau…! Francophile et francophone, ce groupe barcelonais semble vouer un culte secret à notre bel hexagone. Au chant, on retrouve la bien-nommée Suzette de la Grace Fabergé, accompagnée de ses 4 acolytes masculins. Leurs chansons pourraient paraître un brin naïves aux premiers abords, mais elles me semblent néanmoins plus complexes qu’il n’y paraît, pour peu qu’on daigne s’y attarder quelques instants... La légèreté et l’insouciance des sixties-française étant à l’honneur (ce qui colle parfaitement avec l’ambiance estivale et hédoniste du moment), c’est donc sans problème que l’on accolera l’étiquette easy-listening à nos chers espagnols…! Coup de chaleur ou mirage passager ? Lors d’un bref instant, j’entrevois France Gall chanter sur scène, en lieu et place de «Mademoiselle Fabergé»… La pop sensible et raffinée des Très Bien Ensemble, ou le meilleur moyen de s’offrir une petite faille spatio-temporelle vers les 60’s…à moindre frais !


Les Très Bien Ensemble

The Zephyrs 18h40 Escenario Fiberfib.com
Pas grand monde pour assister au concert de The Zephyrs... Il faut dire qu’il fait magnifiquement beau, que tout le monde est à la plage ou en train de siroter un calimucho (vin rouge+coca) bien frais en centre-ville. Donc, niveau ambiance, c’est plutôt le néant, et les anglais font ce qu’ils peuvent pour ne pas faire tapisserie… En 2003, leur performance sur la grande scène m’avait emballé, c’est pourquoi je suis d’autant plus déçu par cette prestation en demi-teinte. Peut-être ne suis-je pas assez imprégné des chansons de leur dernier opus, Bright Yellow Flowers On A Dark Double Bed (Acuarela, 2005) ? Peut-être leur pop-atmosphérique n’est-elle pas propice à un début de soirée ? Quoi qu’il en soit, je m’ennuie fermement, et l’appel des stands de disques/labels/fringues (qui viennent juste d’ouvrir) se fait trop pressant pour que je puisse y résister…


The Zephyrs

The Kills 20h00 Escenario Fiberfib.com
La faute à une tournée européenne qui a omis de passer par l’Espagne, le public local a juste une vague idée du talent scénique des The Kills. Benicàssim est donc l’occasion rêvée pour le duo de marquer les esprits de nos voisins ibériques. Faisant quasi table-rase de leur premier album, Keep On Your Mean Side, les Kills préfèrent se concentrer sur les compos du second et récent No Wow. Les amateurs de leur premier «méfait discographique» pourront tout de même se consoler, avec Pull A U et Fried My Little Brains… Le public, qui est venu en nombre, assiste au concert bouche-bée, sans doute impressionné par ces chansons au minimalisme froid et rugueux, mais également par l’aura sensuelle qui se dégage de l’entente entre Mister Hotel et Mademoiselle VV. Cette dernière, dont le joli visage est malheureusement caché par une longue frange noire, est au centre de toute les attentions, que ce soit les caméramans, son compagnon, et le public qui ne la lâche pas des yeux ! Pourtant, au bout de quelques titres, l’effet de surprise n’opère plus, et l’absence de batterie et de basse se fait cruellement sentir… La formule «boîte à rythme/guitare» a forcément ses limites, c’est en tout cas ce qu’on a pu ressentir ce soir-là…


The Kills

Mando Diao 22h00 Escenario Fib Club
«Assister à un concert de Mando Diao, c'est pareil que d’aller à l’Eglise. Leurs fans obtiennent les mêmes sensations que ceux qui vont bénir le corps du Christ…». La messe est dite, la tortilla est rompue… le show peut commencer ! Malgré le fait que les Mando Diao soient totalement inconnus dans notre «douce France», leur popularité est réelle dans de nombreux autres pays (nos voisins allemands du camping ne juraient que par eux !), ce qui a pour effet de rendre le Fib Club quelque peu étroit, vue l’affluence qui commence à se masser…
Leur garage-pop, sous haute influence «Beatles», ne s’embarrasse pas de moult fioritures, et va droit à l’essentiel (mélodies imparables, refrains imparables), pour le plus grand plaisir des festivaliers présents. Les 4 Suédois jouent pour l’essentiel des titres de leur dernier opus en date, l’impeccable Hurricane Bar (Mute, 2005), sans omettre de faire plaisir aux fans de la première heure, avec les «tubesques» Mr. Moon, Sheepdog et To China With Love. Compos impeccables, son «aux petits oignons», attitude naturelle, évitant les poses suffisantes, tous les éléments étaient réunis pour faire de ce concert un des moments forts de ce FIB 2005.

Fischerspooner 22h45 Escenario Hellomoto
Au rayon des «electro-punkers» ridicules à souhait, les Fischerspooner arrivent en tête de gondole… Pour être honnête, on ne pouvait attendre guère plus d’un groupe qui compte à son répertoire 2 ou 3 chansons potables... Certes, Just Let Go et Emerge sont de bons singles, efficaces et dansants, mais cela n’est pas suffisant pour réussir un concert de 45 minutes…
Pourtant, Casey Spooner et Warren Fischer se donnent de la peine, ont fait l’effort d’un accoutrement «seyant» (même s’il n’est pas en adéquation avec le style de leur album), mais la «sauce» ne prend pas pour autant… «Déception, déception, quand tu nous tiens…».

Yo La Tengo 22h20 Escenario Verde
La dernière venue des Yo La Tengo sur le FIB remonte à 1998, c’est dire si leur concert de ce soir était attendu par les amateurs de pop-indé et les curieux de tous poils. Le culte qui entoure ce groupe américain est toujours aussi fort, et le succès rencontré par leur récente triple-compilation, Prisoners of Love: A Smattering of Scintillating (Matador Records, 2005), leur a permis de toucher une nouvelle génération de fans, ravie de découvrir les merveilles que sont Our Way To Fall ou Autumn Sweater. Première constatation après quelques minutes «on stage», le gang d’Hoboken n’a rien perdu de sa superbe, et le poids des années (ils ont débuté en 1984) ne se fait en rien sentir. Alternant comme à l’accoutumé tension noisy et moments d’accalmie, quasi-lounge, James McNew (basse), Ira Kaplan (guitare) et Georgia Hubley (batterie) subjuguent l’audience de l’Escenario Verde, qui semble toute acquise à leur cause. Dernier titre en guise de «feu d’artifice», le génial Blue Line Swinger, l’un des hymnes de la scène «indé US» des 90’s (aux côtés du Freak Scene de Dinosaur Jr et du Range Life de Pavement), finira de convaincre les derniers réticents, et nous permettra de traverser la demi-heure qui nous sépare du concert de The Cure, la tête «pleine d’étoiles»…

The Cure 23h40 Escenario Verde
Tout le monde est là : les batcaves, les néo-goths, les fans de :Wumpscut: et VNV Nation, les amoureux de 4AD, les nostalgiques de Joy Division et Siouxsie & The Banshees, les néo-kids qui n’écoutent qu’Interpol et Bloc Party sur leurs I-Pod, les «trentenaires nostalgiques», les clones de Robert, toutes et tous se retrouvent autour d’un seul et unique groupe…The Cure. Le culte autour du groupe de Crawley n’a jamais été aussi vivace, les nouveaux groupes le citant en référence, jamais aussi nombreux, c’était donc une évidence que la «bande à Bobby» soit cette année «LA» tête d’affiche du FIB. Pourtant, et avec en tête le souvenir de leur performance en demi-teinte de 2002 ici-même, j’avoue que je n’en menais pas large… Je me demandais si j’allais assister à un concert «historique», comme ceux que le groupe délivrait période Wish Tour (1992) et Disintegration Tour (1989), ou le concert de trop… La réponse n’allait pas tarder à venir. Dès les premières note de Open, je sens que le set va être énorme. Le son est absolument «monstrueux» (sans doute la meilleure sonorisation de tout le festival), le groupe soudé comme jamais (grâce au retour de Porl Thormson à la guitare, en lieu et place de Roger O’ Donnel/claviers et Perry Bamonte/guitare), l’envie d’en démordre omniprésente. Depuis le DVD, Trilogy-Live In Berlin (Eagle, 2003), où Cure jouait dans leur intégralité les albums Pornography, Disintegration et Bloodflowers, je savais le groupe capable d’atteindre sur scène des «cimes inespérées»… Au niveau de la set-list, c’est carrément le bonheur, même pour les fans les plus exigeants : se souvenant que nous fêtons cette année le 20ième anniversaire du «multi-platiné» The Head On The Door, Robert nous gratifie de 3 titres très rares sur scène, The Baby Screams, Push et l’«hispanisant» The Blood. Les «premières heures» ne sont pas oubliées, et c’est avec une douce nostalgie que l’on se replonge avec délice dans M, Play For Today, At Night, et une version apocalyptique du «rouge-vif» One Hundred Years. Album controversé lors de sa sortie en 1992, Wish n’a pourtant pas pris une ride, et l’énergie «noisy» de From The Edge Of The Deep Green Sea et End fait toujours plaisir à entendre.
En rappel, Friday I’m In Love et Boys Don’t Cry mettront le sourire aux lèvres à toute l’assistance, heureuse d’avoir assister à un «grand» concert de The Cure, et avec la satisfaction intérieure de pouvoir dire dans quelques années : «J’y étais…».

Peaches 0h10 Escenario Hellomoto
Choisir entre Peaches et The Cure était pour le moins difficile... Mais je ne souhaitais pas perdre ma place en première loge, chèrement acquise depuis les Fischerspooner, pour assister au show électronique et punk de la «reine de la provoc’». Merrill Nisker, de son vrai nom, est une fille qui fait du rock sans forcément s’enfermer dans les clichés «riot-girl» aux élans féministes. De plus, elle a su intégrer avec intelligence la dualité «homme-femme» dans son electro-rock binaire et cradingue…
Tout au long de ce concert, elle se montrera fidèle à sa réputation sulfureuse, en crachant ses hémoglobines, en effectuant moult gestuelles évocatrices, faisant le grand écart, et en se jetant dans les bras du public... Pourtant la canadienne me paraît fatiguée, et un brin en deçà de ses réelles capacités. Il faut dire que cela fait deux ans qu’elle tourne d’arrache-pied, et qu’en outre, elle prépare actuellement à Berlin son 3ème opus qui devrait sortir courant 2006. Toutefois, et animée de son énergie inébranlable, elle saura pimenter son jeu pour remporter la partie, avec l’arrivée de gogo-danseuses et de Mister Iggy Pop… sur rétroprojecteur !

(Chronique écrite en compagnie de Brian Flysave)


www.fiberfib.com

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
chronique publiée le 28/08/2005

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