19/08/2019  |  5224 chroniques, 169 interviews sur foutraque  |  dernière mise à jour le 18/08/2019 à 16:59:18
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XIème Festival Internacional de Benicàssim - samedi 6 août

2005

Devendra Banhart, Kings Of Convenience, Kaiser Chiefs, The Raveonettes, Keane, The Robocop Kraus, Dinosaur Jr, Soirée Magic Night…

Benicàssim (Costa Azahar) (Espagne)
Ca y est, on y est. Le fameux troisième jour… Celui qui s’avère traditionnellement fatal aux festivaliers du FIB, même ceux dotés d’une constitution physique hors-norme ! Trop de tout, trop de gin-fizz (merci Willy !), trop de sodas, trop de soleil «caliente», trop de watts, trop de filles, trop de nombrils de filles… Non, franchement, la vie de festivaliers, c’est «grave dur» ! Bon, on se plaint, on se plaint, mais on est tout de même super content d’être là, surtout que le programme qui s’annonce pour la journée est plus qu’alléchant. Allez hop ! J’enfile mon tee-shirt Gene (et oui, il reste encore des fans…), Brian ses «sunglasses Blaxploitation» et on part au combat !

Devendra Banhart 17h35 Escenario Fiberfib.com
Devendra par ci, Devendra par là”... A moins d’habiter la planète Mars, difficile d’avoir échappé ces dernier temps à la «hype» qui entoure Mr Banhart… Et pour une fois, le journaliste «anti-bien-pensance» que je suis ne s’en plaindra pas, car celle-ci est on ne peut plus méritée. Ce «grand escogriffe» aux allures de «hippy’trendy’moderne» a tout pour plaire, et ses compos finement troussées possèdent ce «petit je ne sais quoi» qui donne envie d’y revenir, encore et encore. Précédé de sa tribu de beatniks et de barbus 70’s, il arrive sur scène avec ses jambes interminables et un petit short d’écolier fort seyant, qui ne tarde pas à «émoustiller» la gente féminine présente sous le chapiteau du Fiberfib.com…(!). A partir de là, et comme dirait l’ineffable Benjamin Castaldi, «c’est que du bonheur», et un doux sentiment de béatitude s’empare de l’audience, ravie de se laisser dorloter les oreilles d’aussi belle manière. Alors que le dernier album en date, Nino Rojo (depuis, Devendra a sorti l’impeccable Cripple Crow), fleurte avec l’intimisme folk et l’austérité d’un Will Oldham, ce concert en est le strict opposé : ouvert, chaleureux, «coloré», et fruit d’un bel effort collectif, il entremêle les styles et le sons dans une maestria qui laisse pantois. L’avenir appartient à Mr Banhart, c’était écrit dans le ciel espagnol ce soir-là…


Devendra Banhart

Kings Of Convenience 18h40 Escenario Fiberfib.com
«2001, année de tous les tremblements…». L’année où les fans de folk européenne ont pu sortir de leur léthargie et se ruer sans retenue sur le premier album des Kings Of Convenience, Quiet Is The New Loud. Depuis la fameuse trilogie de Nick Drake qui s’était achevé en 1972 avec Pink Moon, aucun disque n’avait à ce point flatté les oreilles des mélomanes le plus intransigeants. Mélodiquement et harmoniquement parfaites, les merveilles que sont Singing Softly To Me et Toxic Girl font partie des rares chansons qui vous accompagnent toute une vie durant… Depuis ce chef-d’œuvre originel, le duo norvégien avait quelque-peu perdu de sa superbe, et leur second album paru en 2004, Riot On A Empty Street, sonnait trop comme une redite du précédent, l’effet de surprise en moins. C’était donc avec une curiosité toute aiguisée que j’attendais la montée sur scène de Messieurs Erlend Øye et Eirik Glambek Bøe. Dès les premiers instants, on a l’impression d’assister à une forme de «petit miracle», une communion rare entre un groupe et son public. A se demander comment une musique aussi intimiste peut-elle à se point subjuguer une audience aussi importante… Est-ce que 2 voix et 2 guitares sèches suffisent à renverser des montagnes ? De mémoire de festivalier, et en 6 ans de FIB, je n’avais jamais entendu un applaudimètre aussi imposant… Homesick, Misread, Winning A Battle, Losing The War, chaque titre provoque une ferveur quasi-biblique, rendant nos 2 compères quelque-peu hébétés, sonnés par un accueil aussi dithyrambique. Ce jour-là, à cette heure précise, c’était sous le chapiteau du Fiberfib.com qu’il fallait être, et nulle part ailleurs…


Kings Of Convenience

Kaiser Chiefs 20h00 Escenario Fiberfib.com
Les journaux anglais ont fait l’éloge du dernier album de Kaiser Chiefs, Employment (B-Unique/Universal - 2005). Trouvant cet effort «un poil» facile et platonique, j’étais déçu et je voulais en savoir plus sur ce groupe… Heureusement, l’arène de Benicàssim m’offrait l’occasion de les voir jouer un jour de plein soleil. Avant le début de la rencontre, je constate que le public britannique est arrivé en masse. L’affiche musicale et le soleil y sont sans doute pour quelque chose...
Au coup d’envoi, pas de doutes, l’audience présente est déjà toute amourachée des quatre compères de Leeds, même si Ricky Wilson se fait siffler lorsqu’il demande, avec l’esprit chauvin/britannique qui le caractérise: «Est-ce qu’il y a des gens de Leeds ici ?».
L’ambiance sous le chapiteau est «grasse», chaleureuse et bien vivante. A l’image des membres de Kaiser Chiefs… Le t-shirt qu’ils vendent sur le site avec le slogan Tout ce qui vient de Leeds est unique donne vainqueur «l’A.S. Bière & Foot» et perdant le «F.C. Rock’n’Roll»…
Cependant, ils maîtrisent parfaitement leurs instruments, et vont m’étonner par un set réussi de bout en bout. Le joufflu chanteur Ricky Wilson est au meilleur de sa forme. Au-delà, il m’inquiéterait… Il va chercher le public au risque d’y rester accroché... (!) Certes, le contenu n’est pas très intellectuel et la musique est festive, invitant aux rapprochements. Mais l’effet est renversant. I Predict A Riot, à titre d’exemple, déclenche une «bombe humaine» véritablement impressionnante. Utilisant les genres de chansons que les gens aiment, ne gardant comme influence que les grands tubes anglophones, les Kaiser Chiefs ont construit en un album, un répertoire riche de bons mélanges comme Saturday Night (Blur+Supergrass) ou bien riche de distillations de Madness dans le punk : I Love You Less And Less. La folie des Kaiser Chiefs est alors de tuer l’ennui à chaque concert. C’est réussi. Le concert est fini, il est temps de se rafraîchir pour aller ensuite courir vers une autre scène.


Kaiser Chiefs

The Raveonettes 21h10 Escenario Verde
Le plancher en bois de l’Escenario Verde commence à craquer ce samedi avec l’entrée en matière de The Raveonettes. De ce groupe on n’a à l’image que le couple musical, Sharin Foo et Sune Rose Wagner. Ici, ils sont accompagnés de trois autres compatriotes danois.
Les Raveonettes débutent par un passage de chansons pop mélodiques : en gros leur dernier album à ce que je crois. J’avoue que je ne l’ai pas trop suivi. Puis vient le moment où ils balancent Attack Of The Ghost Riders. Il s’ensuit un passage plus garage de quatre chansons issues de Whip It On (2002). Ce dernier, j’en suis gaga. De nouveau, la pop revient pas si mal que cela en fait. Je ne lâche rien. Des passages plus ténébreux prennent le pas. On sent sur scène des changements brusques de climats à l’image de leur discographie. Les Danois passent leur répertoire. Ces interfaces entre pop et garage n’agacent pas. Au contraire, The Raveonettes nous montrent qu’ils maîtrisent le 220 Volts… !
Jusqu’à la dernière goutte, Sharin Foo habillée d’une robe bleue et de talons aiguilles et son acolyte compositeur garantiront des frissons que seuls The Polyphonic Spree m’avaient pour l’instant procuré.


The Raveonettes

Keane 22h25 Escenario Verde
Le public était nombreux pour acclamer l’ambassadeur de la sélection britannique, Keane. Si la Manche a quelque peu atténué leur succès en France, en Angleterre les membres de Keane plantèrent un mousqueton dans le top 50 et y creusèrent un abri. Leur riche album de pop musique Hopes an Fears (2004) regorge de telles merveilles qu’ils peuvent faire sortir un single régulièrement. On ne les oubliera jamais…(!) Mais bon, ne nous moquons pas car en France, nous avons la même chose. Oui, vous savez, le groupe en trois lettres qui a fait la tournée d’une célèbre marque de pastis (citer leur nom sur foutraque.com leur ferait de la publicité et je pense qu’ils n’en manquent pas).
Keane est un trio formé de trois britanniques originaires de Battle: Tom Chaplin, Richard Hugues et Tim Rice-Oxey. Au départ ils étaient quatre mais leur guitariste s’est envolé. Ils ont pris donc la ferme résolution de jouer sans guitare. Paris audacieux, il n’en fallait pas moins pour produire de la pop aseptisée.
Pour la première fois, j’ai suivi un concert sur les gradins des journalistes. Perché, j’ai vu Chaplin collé à son pied de micro en pleine transe passive. Il chantait en beuglant. Ou bien il congratulait les gens qui achetaient ses disques, pardon, ses auditeurs. Dix mètres plus loin le pianiste. On remarque que pendant une heure et demi il lèvera une jambe après l’autre s’appuyant sur la rythmique basique: poum-tchac du batteur. Supportant le minimalisme, j’avais pourtant ici envie de me tirer une balle. Pourtant les paroles étaient très romantiques : c’est le dernier instant de nos amours. Le bouquet du spectacle c’est la soirée briquets allumés sur la chanson Everything Changes. Je n’avais pas vu cela depuis Johnny au Stade de France.
Rien n’a changé. Keane nous berce dans son romantisme démonstratif, et en plus Tom Chaplin il est beau. Et encore je ne l’ai vu que de profil… ! On attend avec impatience leur futur album et pourquoi pas leur venue en France. Believe in rock’n’roll, baby !

The Robocop Kraus 1h00 Escenario Fib Club
Je ne vais pas me contenter de tous ces groupes dont la réputation est faite. S’il y a une chose que j’attendais, c’est que ce onzième festival de Benicassim nous propose des découvertes musicales. Bref, je voulais être surpris. Surpris, je l’ai été.
Je reviens avec The Robocop Kraus dans mes bagages. Ne connaissant que le nom de ce groupe de Nüremberg, je dis que c’est aujourd’hui une révélation. Formés en 1998, les cinq compères ont ramé longtemps mais ils sont sur le point de se faire connaître hors de leurs frontières après avoir écumé en concerts toutes les villes et provinces d’Allemagne. Toutefois, en 2003 ils avaient effectué trois dates en France. Descendants des Joy Division, ils distillent un punk dansant qu’on pourrait appeler dance-rock. Chaque chanson se vaut durant le concert. Pas une ne fit pas réagir le public. Autant dire qu’ils ont la pêche et savent la communiquer. En effet, The Robocop Kraus, qui nous rappellent des Ecossais à franges, sortent cette année une boîte à single pour dance-floor. L’effort s’intitule They Think They Are The Robocop Kraus (L’Age D’Or).
Sur scène, la chanteur n’est pas sans rappeler Ian Curtis, idole des jeunes. Le tronc droit, seuls les membres gesticulent. Frère caché de Frédéric Jean, il arrive à nous faire sourire. Non pas parce-qu’il est ridicule mais parce-qu’il ose tout avec sa grande taille, vit un corps maladroit et l’assume en se permettant toutes les fantaisies. Alors que les autres musiciens restent effacés, ce héros des temps modernes hypnotise le public. Celui-ci en redemandera encore mais Robocop Kraus n’a pu répondre à leurs besoins. Le timing était en effet serré.


Jay Mascis - Dinosaur Jr.

Dinosaur Jr. 01H30 Escenario Verde
Avec la malice qui me caractérise, j’avais prévu de commenter de manière fort irrévérencieuse la photo de Jay Mascis qui se trouve juste au-dessus, où ce dernier sacrifie au rituel de la conférence de presse, quelques minutes avant de monter sur scène… Et bien non. Par respect et amitié pour une association toulousaine, amie de la Foutraque, et qui est particulièrement friande des vieilles gloires «indé» des années 90, je ne m’abaisserai pas de la sorte. Non, ne comptez pas sur moi pour écrire que l’ami Jay ressemble à un fan de death-metal grabataire ou à un «dinosaure-noisy» qui aurait oublié d’aller chez le coiffeur… Non et non ! De tels commentaires ne passeront pas par moi… Voilà, c’est dit (!).
Et le concert ? Se demande le «trentenaire nostalgique» qui n’a pas pu se rendre au FIB cette année… Et bien, cela dépend où vont vos préférences musicales. Si les sonorités bien barrées et cradingues ne vous font pas peur, et que vous baignez dans le noisy-rock depuis votre plus tendre enfance, vous vous deviez d’en être ce soir là… Par contre, si vous ne jurez que par les Field Mice, The Pastels et Belle & Sebastian, je pense que le «mur du son» dressé par Lou Barlow et Jay Mascis aurait eu raison de votre patience et de vos sens auditifs ! Quoi qu’il en soit, j’avais choisi mon camp, et le plaisir d’entendre sur une scène en 2005 Freak Scene ainsi que la reprise (toute personnelle) du Just Like Heaven des Cure est quelque-chose qui n’a pas de prix… Les come-back, ça a parfois du bon !

Soirée Magic Night 1h30 Pista Pop
Magic est une revue de pop moderne. J’ai lu dans le programme du FIB qu’ils ont aujourd’hui un grand impact international et que ce magazine devient une des meilleures façons d’évaluer la pop et le rock aujourd’hui. Ainsi cette soirée là n’est pas comme les autres. Une fine délégation de quatre journalistes de la revue française (Luz, Nicolas Plommée, Alexandre Cognard et Robert Alvès) vient mixer et nous faire des leçons de choses. La «french touch du mix» allait s’exprimer pendant que David Carreta mixait sous un autre chapiteau en fin de soirée.
J’ai suivi cette soirée à partir de 2h45 jusqu’à la presque fin. Non pas parce-que je «claudiquais sur le dance-floor» mais parce-que j’attendais de la pop, du rock, du garage, des trucs sur lesquels on peut danser. Frustré, et je n’étais pas le seul, je suis parti.
Je peux m’emporter ? Oui. Okay. Au lieu d’une présentation de la pop moderne on a eu droit à un enchaînement de chansons électro-techno pas des plus étonnantes. De temps en temps, ils passaient des chansons rock à succès : Wonderwall des Oasis, Retreat de The Rakes, Last Night de The Strokes, Blue Monday de New Order ou I Predict A Riot de Kaiser Chiefs, etc.. Ce n’était pas énorme mais cela semblait donner une touche rock - c’est à la mode le rock cette année. Cependant cela reste un mix électro, mais de l’électro qui me faisait chier. Ils s’interdisaient même des morceaux électro-clash ou électro-punk. En plus, ils avaient l’air eux aussi de se faire chier à la vue de la gueule de Cognard. Par contre, je mettrai une étoile à Luz. Il exprimait son bonheur, sa folie passagère pendant toute la soirée, qu’il mixait ou non. Il était le seul à s’amuser. Se versant de l’eau, on dira que c’est de l’eau, se baignant dans un zeste de foule, le dessinateur a montré un bon esprit d’animation. Je ne vous dis pas sa tête quand ils passaient du LCD Soundsystem. Comme quoi la musique ça fait jouir !
Finalement, j’ai juste changé de point de vue sur cette revue de pop moderne. Ils se sont décrédibilisés à passer leur électro opportuniste. D’autant plus qu’après les concerts on trouve de l’électro sous tous les chapiteaux. Les popeux sont donc refoulés et invités à prendre le chemin du sommeil après les concerts.. ou condamnés à faire semblant.
Non, même si je l’achète fréquemment, je ne m’abonnerai pas à Rock’n’Folk, comme le brandissait fièrement un camarade francophone sur un panneau de carton devant la tête des dj’s. Ces derniers répondaient d’un doigt d’honneur. C’est très distingué... Cependant, Magic qui se permet de descendre des groupes impeccables comme Interpol ou Editors (et encense des «merdes» comme Texas ou le médiocre dernier album de New Order), est passé à côté de sa soirée… Cette nuit-là, la «bêtise branchouille» et la suffisance des journalistes de Magic auront montré leurs limites…

(Chronique écrite en compagnie de Brian Flysave)


www.fiberfib.com

auteur : Olivier Marin - olivier.marin@foutraque.com
chronique publiée le 17/10/2005

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